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La nuit du Titanic (Walter Lord)

couverture_w_lordLe tout récent centenaire du naufrage du Titanic a été pour les éditions l’Archipel l’occasion de rééditer un ouvrage fondateur dans l’historiographie du paquebot transatlantique : celui de l’écrivain américain Walter Lord, La nuit du Titanic (A Night to Remember en anglais). Ce célèbre titre largement diffusé est paru pour la première fois en 1955, et a inspiré trois ans plus tard un film éponyme, lui aussi à succès, de Roy Baker. Walter Lord n’en resta pas là et, jusqu’à sa mort en 2002, il passa pour une autorité pour tout ce qui concernait le Titanic.


 

Rendu partiellement obsolète par la découverte de l’épave en 1985, La nuit du Titanic fut complété l’année suivante par un autre ouvrage de Lord, Les secrets d’un naufrage (The Night Lives On). Cette réédition s’ajoute au titre de Gérard A. Jaeger sur le même thème, Il était une fois le Titanic, paru chez l’Archipel il y a quelques mois.

Un incontournable du Titanic

C’est justement Gérard A. Jaeger qui est mis à contribution par l’éditeur pour préfacer La nuit du Titanic. Fils d’un armateur de Baltimore, Walter Lord s’était passionné très jeune pour l’histoire maritime, et notamment pour le Titanic après un voyage à bord de son sister-ship, l’Olympic. Diplômé d’histoire et de droit, il se lança dans l’écriture en 1954. Son attrait pour l’histoire militaire allait s’exprimer au cours des trois décennies suivantes au travers d’une série d’ouvrages sur divers épisodes de la Seconde guerre mondiale la guerre de Sécession ou la révolution texane de 1836. La « patte » caractéristique de Walter Lord était l’accent très prononcé mis sur le témoignage ou le document d’archive brut, donnant un style « journalistique » qui contribua beaucoup à son succès en tant qu’auteur.

On retrouve ce style dans La nuit du Titanic. Pour l’écrire, Walter Lord a interrogé une soixantaine de rescapés du naufrage encore en vie en 1955, s’appuyant également sur ceux qui avaient couché par écrit leurs souvenirs au cours des années précédentes. En dix chapitres, Lord passe en revue ce que fut la catastrophe du Titanic, des dernières minutes du dimanche 14 avril 1912, quand le transatlantique rencontra l’iceberg qui allait l’envoyer par le fond, à l’arrivée à New York du Carpathia, chargé des rescapés du naufrages, quatre jours plus tard. Dans ce court opus – le corps du texte en tant que tel ne fait guère que 170 pages environ – s’étalent à la fois les forces et les faiblesses du style de Walter Lord.

Les forces, parce que la puissance d’évocation du récit qu’il tire de ces témoignages est indubitable. Qu’il s’agisse des passagers ayant vaguement senti, dans leur cabine, le ronflement de l’iceberg frottant contre la coque d’acier, ou de la lutte désespérée du second officier Lightholler et de ses compagnons pour rester debout, en équilibre instable, sur la quille retournée du radeau B, les récits plongent le lecteur au cœur de la tragédie. Les souvenirs se succèdent ainsi, poignants. Ceux des hommes de la chaufferie numéro cinq, tellement incrédules quand on leur annonça que leurs quartiers, à l’avant, étaient inondés, qu’ils en éclatèrent de rire. Ceux des épouses, des fils ou des filles, embarquant sur les canots de sauvetages en disant au revoir à des pères, des maris ou des frères qu’ils ne reverraient plus jamais.

Un recueil de témoignages

Walter_LordUne autre force de La nuit du Titanic est que toutes les catégories de passagers – ou plus exactement de rescapés, tous n’ayant pas été égaux devant la mort cette nuit-là – sont représentées. On suivra aussi bien le passager de troisième classe Jim Farrel que le graisseur Fred Scott, l’opérateur radio Harold Bride ou le jeune Jack Thayer qui voyageait en première classe. Ainsi, la mosaïque des témoignages permet de se faire une image forcément fragmentaire, mais néanmoins globale, de la catastrophe. C’est encore le meilleur moyen pour appréhender à quel point la perception d’un événement auquel on prend part peuvent être différentes en fonction d’où, de quand et de comment l’on se trouve à l’instant T.

C’est aussi, paradoxalement, une de ses faiblesses. Car Walter Lord nous livre des témoignages bruts, sans les éclairer d’un regard critique ni les croiser entre eux. Il en résulte un récit manquant parfois du recul de l’historien. Pour cette raison, si l’ouvrage de Lord a posé un des principaux jalons de l’historiographie, il a aussi contribué à pérenniser certaines légendes entourant le naufrage. La plus connue – et peut-être la plus dommageable – concerne le navire Californian et son commandant (son homonyme Stanley Lord), accablés par des témoignages aujourd’hui considérés par Gérard Jaeger comme sujets à caution. En outre, il est absolument certain que le Californian était bien plus loin que Walter Lord ne l’écrit. À sa décharge, l’auteur de La nuit du Titanic ignorait la position réelle du Titanic, rectifiée seulement en 1985 lorsque fut trouvée l’épave.

Seul le onzième et dernier chapitre renferme non pas une analyse, mais un bref rappel de faits, principalement chiffrés. Lord y répond à quelques questions, mais le tout ne tient que sur guère plus de cinq pages. L’auteur prend davantage de place – presque huit pages – pour remercier les témoins qui ont bien voulu répondre à ses questions. De ce fait, le lecteur sera beaucoup aidé par la préface de Jaeger, qui pointe avec justesse les qualités et défauts de La nuit du Titanic. L’Archipel a également eu la riche idée de conserver les appendices d’une précédente édition, en 1998 : une préface d’Alain Bombard détaillant l’évolution de la sécurité en mer après le naufrage, et une postface de Jean-Luc Majouret éclairant le travail de Walter Lord à la lumière des connaissances acquises depuis que l’exploration de l’épave.

La nuit du Titanic est donc un ouvrage assez ancien, non exempt de défauts… mais non exempt de qualités pour autant. Court, d’une lecture aisée, passionnant, il conserve une grande valeur documentaire qui en fait un incontournable sur le sujet, en dépit de ses cinquante-sept printemps.

 

Walter LORD, La nuit du Titanic, Paris, l’Archipel, 2012.

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