Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Livres Essais Professer l'Empire (P. Singaravélou)

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Professer l'Empire (P. Singaravélou)

professerempireL’histoire coloniale française est le plus souvent abordée à travers le prisme des rapports de domination, notamment la conquête puis l’exploitation des territoires et des populations colonisées. Les postcolonial studies, censées déconstruire le rapport Orient/Occident, si elles ont permis de donner un nouveau regard sur la colonisation, ont aussi affiché leurs limites en ayant tendance à essentialiser l’Occident. L’ouvrage de Pierre Singaravélou, Professer l’Empire (Publications de la Sorbonne), a pour ambition de dépasser ces débats et d’étudier la colonisation par le biais des sciences sociales, en abordant la question des « sciences coloniales ».


 

 

Pierre Singaravélou, spécialiste de l’histoire coloniale

L’auteur est maître de conférences à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et, note la revue L’Histoire, il multiplie les projets, comme le montre le lancement de la revue Monde(s). Pierre Singaravélou s’intéresse en effet non seulement à l’histoire coloniale, mais plus largement à la world history et à l’histoire contrefactuelle. On lui doit notamment L’Empire des géographes. Géographie, exploration et colonisation (Belin, 2008), ou plus récemment (en collaboration avec J-F. Klein et M-A. De Suremain), L’Atlas des empires coloniaux : XIXe-XXe siècles (Autrement, 2012). L’ouvrage qui nous intéresse ici, Professer l’Empire. Les sciences coloniales en France sous la IIIe République (Publications de la Sorbonne, 2011), est extrait de sa thèse de doctorat soutenue en 2007.

Une histoire sociale des sciences coloniales sous la IIIe République

Dans sa préface, l’historien Christophe Charle, directeur de recherches de Pierre Singaravélou, présente le travail de ce dernier comme la « double ambition » de faire une histoire de la société impériale et « une histoire des disciplines et de l’enseignement supérieur à travers l’histoire sociale et politique », rompant ainsi avec les habitudes historiographiques et disciplinaires.

L’auteur lui-même, dans son introduction, explique comment il en est venu à construire « un objet non identifié de l’histoire des sciences sociales ». Pierre Singaravélou présente alors « les savoirs dits coloniaux » dans le contexte du XIXe siècle, et leur place au sein des sciences humaines de l’époque. Puis, il fait un état des lieux historiographique de cette question, plaçant son travail en perspective des Postcolonial et des Subaltern studies, se situant lui-même plus proche des Cultural et des Sciences studies, et appelant à « une histoire sociale et intellectuelle des savoirs coloniaux ». Pierre Singaravélou présente son étude comme étant axée sur « l’histoire sociale des sciences coloniales [les sciences sociales uniquement] sous la IIIe République […], tournant impérial des sciences humaines françaises », et plus spécifiquement dans « l’enseignement supérieur colonial ».

« L’institutionnalisation des sciences coloniales »

La première partie de l’ouvrage est une présentation complète des « sciences coloniales » et de leur mise en place dans l’enseignement supérieur de la IIIe République. Cette partie débute logiquement par une définition de ce que Pierre Singaravélou appelle une « catégorie indigène ». Vient ensuite le moment de la création des « humanités coloniales ». Qui dit « sciences coloniales » dit professionnalisation, ce que l’auteur développe dans le chapitre 2 avec « le parcours impérial des professeurs », chapitre qui rompt avec les idées reçues selon Christophe Charle. Le chapitre suivant, « La République des lettres coloniales », montre comment les « sciences coloniales » et leur enseignement infusent dans la société, à travers des réseaux, des revues ou la fondation de l’Académie des sciences coloniales en 1923. Cette diffusion des « sciences coloniales » n’empêche cependant pas « une crise de l’enseignement supérieur colonial dans l’entre-deux-guerres », objet du dernier chapitre.

« L’Empire des sciences »

La seconde partie de Professer l’Empire se veut, selon Pierre Singaravélou, « une histoire intellectuelle des savoirs coloniaux ». Pour Christophe Charle, l’historien défend ici la thèse de savoirs coloniaux comme « espace intellectuel d’innovation », et « [corrige] de manière décisive les jugements erronés établis à propos de ces branches disciplinaires pour en souligner le dynamisme et les innovations ». Ainsi, Pierre Singaravélou s’intéresse dans cette partie à « la géographie coloniale », se demandant s’il s’agit d’une « science de l’impérialisme », ainsi qu’à « la construction de l’historiographie coloniale sous la IIIe République », aux « sciences du gouvernement colonial », et enfin à la « psychologie coloniale ».

« Un paradigme colonial des sciences humaines ? »

En conclusion, Pierre Singaravélou se pose la question de l’éventuelle influence coloniale sur les sciences humaines sous la IIIe République. Pour cela, il revient par exemple sur « l’unité des sciences coloniales », qui concernent tous les aspects des sciences sociales en étudiant « trois objets contigus : l’indigène, la colonie et la colonisation ». Mais en tant que « microcosme scientifique », les « sciences coloniales » se trouvent, selon l’historien, marginalisées dans le champ universitaire, malgré ce qu’elles ont pu apporter aux sciences humaines en les ouvrant à d’autres espaces. L’auteur n’en conclut pas moins que « la IIIe République correspond [au « moment colonial »] de l’histoire des sciences humaines ».

Enfin, comme le note Christophe Charle dans la préface, et comme le propose Pierre Singaravélou dans sa conclusion, une « histoire de l’enseignement des sciences coloniales » à l’échelle de l’Europe pourrait être la prochaine voie à explorer, pour montrer les différences, similitudes et interactions entre les systèmes universitaires des nations coloniales.

L’avis d’Histoire pour tous

Remarquable travail, abordant un champ de recherche en grande partie inédit, Professer l’Empire. Les sciences coloniales en France sous la IIIe République, est un ouvrage dense qui n’est pas forcément accessible à tous, et dont un simple résumé ne permet pas de rendre compte de la richesse. Il n’en est pas moins indispensable, évidemment à ceux qui s’intéressent à l’histoire coloniale, mais également aux étudiants préparant les concours de l’enseignement et la question « Les sociétés coloniales a l'âge des Empires : Afrique, Antilles, Asie (années 1850-années 1950) ». Le livre de Pierre Singaravélou étant assurément incontournable sur le sujet.

 

- P. Singaravélou, Professer l’Empire. Les sciences coloniales en France sous la IIIe République, Publications de la Sorbonne, 2011, 409 p.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire