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Sexe, Mensonges et Politique (P. Lunel)

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Sous-titré « Ces obsédés qui nous gouvernent », la couverture même de cet ouvrage ne laisse pas beaucoup de place à l’imagination. D’un DSK souriant à un Berlusconi malicieux, en passant par Bill Clinton, l’auteur Pierre Lunel se propose d’étaler les frasques et obsessions lubriques d’un panel très sélectif d’hommes politiques. Un rapide coup d’œil sur la bibliographie de l’auteur nous apprend qu’il fait partis de la kyrielle d’écrivains qui s’est jetée sur le pseudo-phénomène annoncé des Borgias à l’automne 2011. Cette unique considération ne laisse rien présager de bon, et la lecture de cette « étude » ne fait que confirmer cette impression.

 

 

De l’exploitation du racoleur

Ce livre ne semble pas avoir d’autre but ! Faites une petite expérience : inscrivez en gros et en gras le mot « Sexe » en titre d’un article, ou en entête d’un blog. La fréquentation dudit site/blog explosera ; il en va de même pour un magasine ou un livre. Le concept même de sexualité (ou ses déclinaisons sémantiques) ayant pour objectif d’attirer le chaland en flattant ses bas instincts et son besoin de voyeurisme. Ici le sujet est traité de manière crue, voir vulgaire. Attention, il existe des dizaines d’ouvrages de qualité qui abordent la question avec finesse et profondeur ; là il est uniquement question de savoir qui couche avec qui, dans quelle position, à quelle fréquence, à combien et où cela se passe !

Si l’ouvrage s’intéresse aux hommes politiques, il aurait traité de la même manière les acteurs, les peoples ou encore les « stars » de la téléréalité.  Le style n’a rien à envier à celui d’un journal à scandale ; l’auteur fait prendre la parole à ses personnages comme si ils étaient issus d’un roman de fiction. Pierre Lunel use et abuse d’expressions répétitives: Mussolini séduit avec « ses magnifiques yeux noirs », la garçonnière de JFK c’est « le repos du guerrier » comme le sont les concubines de Mao ou les parties fines de Berlusconi.   Jamais les faits ne sont véritablement questionnés, ils sont avancés brutalement et on passe à autre chose ! Parfois, il est amené un hasardeux « comme son père », « c’est le milieu qui veut ça »… Et pourtant  il y a de la matière, des problématiques, on peut légitimement se demander si ces obsédés sexuels notoires, le sont par nature ou à cause de leurs fonctions et de l’aura procurée par cette dernière. Pour paraphraser Henry Kissinger, le pouvoir est l’aphrodisiaque absolu (cette citation est aussi répétée à de nombreuses reprises), et pourtant Mussolini journaliste était déjà un coureur, de même JFK ou Mitterrand qui n’ont pas attendu d’accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat pour se construire une réputation d’amateurs parfois boulimiques du beau sexe.

Du sensationnel ou du cochon ?

Plutôt que de présenter des personnages dont on ne sait rien, et ainsi réaliser un ouvrage qui apporte de nouveaux éléments, l’auteur nous décrit les aventures d’hommes politiques dont on sait presque tout ! Dans un premier temps, il s’intéresse aux dictateurs. Staline a l’honneur d’être le premier, il est décrit comme un porc  trop porté sur les femmes et la bouteille. Personne n’en doute ! De plus Staline était réputé pour son vocabulaire imagé, Pierre Lunel en profite et nous impose des morceaux de dialogue aussi riches qu’une chanson paillarde. Au niveau des révélations, on découvre que Staline a assassiné Lénine, une théorie intéressante mais pas suffisamment fiable pour être aussi clairement affirmée.

Mussolini est un coureur comme son père, voir comme tous les romagnoles, ces derniers apprécieront ! Il séduit grâce à ses magnifiques yeux noirs, aucune femme ne lui résiste. Alors des yeux et du pouvoir, quelle est l’arme de séduction massive ? Mao, lui est sale et collectionne les concubines qu’il reçoit par wagons entiers. Des chapitres entiers sont consacrés à la crainte de perte de la vigueur sexuelle du grand guide. S’ensuit un long passage sur Jean-Bedel Bokassa, on y apprend qu’il est violent et sans cœur, grande nouvelle ! Plus étonnant, « l’Empereur » de Centre-Afrique est décrit comme libertin ! Doit-on rappeler que Bokassa avait tendance à faire enlever par les militaires les femmes qui lui plaisaient ? Ensuite de les séquestrer, les violer et ainsi les forcer à accepter le mariage ? Nous sommes bien loin de la définition que l’on peut apposer au concept de libertinage ! Ajoutons que l’auteur affirme que tous les africains sont polygames, un célèbre animateur récemment décédé n’aurait pas dit mieux !

La seconde partie est consacrée aux hommes politiques d’outre-Atlantique. Une photo de starlette nue en entête de chaque chapitre façon The Sun n’aurait pas tranché. La saga des Kennedy est relatée dans les grandes lignes, on a le droit à une description par le détail des frasques de papa Joe et de tous ses fils. Le glamour fait son apparition avec la malheureuse Jackie Kennedy, mais l’on s’intéresse surtout à la sexualité débridé de ces messieurs. C’est un festival, il y a  des actrices, des starlettes, des mannequins et des groupies souvent nommées ; mais le cœur du sujet est plutôt consacré à la fréquence, la position, le lieu et idéalement le nombre ! Ce long chapitre peut se résumer en une idée avancée par l’auteur : « Jack [Kennedy] n’est pas différent de tous les Irlandais. Pour eux, il existe deux types de femmes : les mères et les épouses, et les autres. Avec les premières, le sexe est ennuyeux. Avec les secondes, il est champagne ». Nos excuses à toutes les mères et épouses irlandaises. Les chapitres sur Bill Clinton et Arnold Schwarzenegger sont sans surprise, si ce n’est que Pierre Lunel s’étonne que la mère de l’enfant naturel de Terminator « ne soit pas un prix de beauté », reconnaissons que faire un enfant à la femme de chambre n’est pas une faute particulièrement grave si cette dernière en vaut le détour. Mais là, non seulement c’est une employée de maison mais en plus elle est bien vilaine, on comprend la juste indignation de l’auteur !

Enfin, la dernière partie s’attaque aux hommes politique « bien de chez nous ». Là non plus rien de bien neuf, François Mitterrand a eu une fille cachée, Valery Giscard d’Estaing avait l’habitude de disparaitre de l’Elysée pour se rendre à des rendez-vous mystérieux au parfum de scandale. Berlusconi est un cochon de la pire espèce, grand consommateur de prestations sexuelles tarifées et n’hésitant pas à confier un portefeuille ministériel à une ancienne stripteaseuse. Jacques Chirac est comme toujours sympa mais humain, il ne semble pas vraiment avoir sa place dans cette assemblée polissonne. Pour terminer, c’est sans surprise qu’on découvre le dernier héros de cette triste série, le principal protagoniste du scandale sexuel de 2011 : DSK ! Tous les éléments sont réunis, du sexe mêlé de mensonge à la veille d’une présidentielle. Mais c’est trop, le sujet est vu et revu depuis maintenant une année, on n’apprend absolument rien, si ce n’est la signification profonde du mot « saturation »

En conclusion : à éviter ?

La réponse est oui sans hésitation. Un coup d’œil sur la bibliographie nous apprend que « Sexe, mensonge et politique », est issu de la digestion d’une foule de ces ouvrages qui fleurissent sur les étals le temps d’un éphémère ramdam médiatique avant disparaitre tant des librairies que des consciences. Un de plus pourrait-on dire ! Il existe tant de beaux et bons ouvrages que l’on n’a jamais le temps de lire, épargnez-vous la peine de consacrer de précieuses heures à celui-ci...

Sexe, mensonges et politique, de Pierre Lunel. L'Archipel, mai 2012.

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