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La bataille de Charleroi - août 1914 (Baldin/Saint-Fuscien)

Charleroi

Dans cet ouvrage, Damien Baldin et Emmanuel Saint-Fulscien, tous deux enseignants à l’EHESS, nous proposent une étude de la bataille de Charleroi (21-23 août 1914) l’un des premiers grands chocs franco-allemand du 1er conflit mondial et l’un des plus sanglants. Souvent reléguée dans l’ombre de la bataille de la Marne qu’elle précède, la bataille de Charleroi est pourtant riche d’enseignements. Elle constitue à bien des égards, la « première bataille du XXe siècle ».

 

 

Contexte et déroulement de la bataille de Charleroi

Des deux côtés du Rhin le début du mois d’août 1914 est consacré à l’immense tâche de la mobilisation d’armées, qui sont de loin les plus importantes jamais levées en Europe (environ 1.300 000 hommes, répartis en 87 divisions et cinq armées du côté français). Ce processus de mobilisation d’ailleurs fort bien décrit par les auteurs est déjà révélateur de la complexité du conflit qui s’annonce. L’enthousiasme guerrier affiché par les images de propagande d’alors, ne résiste pas à l’étude des faits, bien qu’on ne puisse pas non plus parler de refus de combattre. Beaucoup de soldats partent au front, décidés à remplir leur devoir, tâche que tous espèrent courte.

Une fois les troupes mobilisées, encore faut-il les acheminer sur le front, puis les concentrer en vue d’une offensive. Si les chemins de fer sont bien évidemment l’infrastructure privilégiée pour ce faire, ils n’ont pas la capacité (surtout du côté français) de l’assumer complètement. Ainsi dans la chaleur étouffante du mois d’août ce sont d’impressionnantes colonnes d’hommes et d’animaux qui s’ébranlent le long des routes de l’est et du nord de la France. Noyés dans la poussière soulevée par leurs camarades et les quelques 800 000 chevaux qui permettent à l’armée française de se mouvoir, beaucoup de combattants arriveront sur la zone des combats épuisés, déshydratés, inaptes à l’action. D’autres décéderont simplement d’épuisement…

Tant à Berlin qu’à Paris, les états major ont opté pour des plans résolument offensifs. Joffre envisage deux offensives décisives vers la Moselle, à gauche par les Ardennes et à droite par la Lorraine. Dans ce plan, la 5e armée du général Lanrezac, celle qui combattra à Charleroi, est placée à l’extrême nord. En liaison avec la BEF (British Expeditionary Force)  et un corps de cavalerie, elle doit contenir une avance allemande en Belgique avant d’appuyer l’offensive dans les Ardennes. Du côté allemand, la IIe armée du général Von Büllow et la IIIe armée du général Von Hausen, appuyées par deux corps de cavalerie, ont pour mission de traverser la Belgique puis de se rabattre vers l’ouest pour envelopper une armée française contenue aux frontières. Il s’agit là du fameux plan Molkte inspiré de la bataille de Cannes remportée par Hannibal (principe de la bataille d’ailes par absorption). Au total c’est près de 200 à 300 000 hommes qui vont s’affronter lorsque ses deux masses entreront en collision.

Le fait est que ni les allemands, ni les français n’envisagent de mener des combats d’importance dans la région de Charleroi. La bataille qui va s’y dérouler sera essentiellement une bataille de rencontre, menée sur un terrain rendant les combats chaotiques. Non seulement la région offre des reliefs heurtés, mais de plus nombre d’affrontements vont avoir lieu dans des zones urbanisées et très industrialisées, au milieu des lotissements résidentiels et des usines.

Si beaucoup d’unités françaises arrivent au combat déjà éreintées par une longue marche, les soldats allemands ont eux déjà eu maille à partir avec l’armée belge qui leur oppose une belle résistance. L’incrédulité du commandement allemand face à cette résistance et à l’apparition des premiers renforts français (issus du corps de cavalerie Sordet), entraine l’émergence du fameux mythe des « francs tireurs » (réminiscence de la guerre de 1870) et son cortège d’atrocités commises à l’encontre des civils belges (massacre de Tamines notamment.). Les Allemands ont néanmoins pour eux d’avoir reçu là une certaine expérience du feu et vont faire preuve de plus de prudence dans leurs attaques.

Les premiers combats de la bataille de Charleroi se déroulent dans la région de Tamines puis de Namur et voient les français descendre des hauteurs de la Sambre pour garder le contrôle des ponts dont les allemands tentent de s’emparer. C’est d’emblée un massacre. Pilonnés par une artillerie allemande supérieure, les colonnes de fantassins français sont balayées par le feu des mitrailleuses.

Le lendemain les contre offensives françaises menées pour enrayer l’inexorable avancée allemande, continuent d’être menées selon les règlements en vigueur à l’époque, soit en opposant  « l’élan » et le courage du combattant aux rafales des armes automatiques adverses. Au bout de quelques heures elles se révèlent toutes être des échecs retentissants. Von Büllow pensant alors l’armée de Lanzerac brisée, tente d’exploiter la situation en débordant les français par l’ouest de Charleroi.

Seulement cette fois ci ce sont les français qui sont en position défensive sur les hauteurs de la Sambre. Et pas plus que l’élan hexagonal, la discipline prussienne n’est capable de briser le rideau de feu imposé par l’artillerie et les mitrailleuses modernes. Nulle part les offensives de Von Büllow ne se révèlent décisives. Cependant Lanzerac  conscient de l’épuisement de ses hommes et du fait que les autres armées françaises reculent (ainsi que les Britanniques), décide sagement de se replier d’une vingtaine de kilomètres au soir du 23 août.  Une décision qui ne sera pas pour rien dans le succès défensif des combats de la Marne du mois de septembre.

En un peu moins de trois jours d’affrontements non anticipés, environ 25 000 soldats allemands et français ont perdu la vie. Le 22 août est certainement l’une des journées les plus de l’histoire de l’armée française avec peut être plus de 5000 morts. A titre d’exemple le 3e bataillon du 75e RI subit ce jour là un taux de pertes effarant de 70%...Ainsi à bien des égards la bataille de Charleroi préfigure les saignées de la Somme ou de Verdun.

Notre Avis

Tous les amateurs d’histoire militaire ne pourront que se réjouir à la lecture de cet ouvrage, concis et pénétrant. Au-delà de l’aspect purement descriptif de la bataille étudiée, les auteurs nous offrent là des analyses de qualité. L’une des thèses principale de l’ouvrage à savoir l’inadaptation des outils militaires français et allemands aux conditions de la guerre moderne est amplement démontrée.

Ainsi on découvre des deux côtés du Rhin, des hauts commandements et des officiers généraux qui vont vite se révéler dépassés par la complexité du conflit. Von Büllow tout comme Lanzerac sont constamment mal renseignés sur les dispositifs adverses et ignorent parfois quelles unités ils affrontent. Leurs commandants de corps ou de divisions sont débordés par l’ampleur de la tâche (surtout du côté français, ce qui explique les fameux limogeages qui suivront) et ne se montrent pas suffisamment réactifs. De chaque côté se sont finalement les officiers subalternes et les sous officiers qui s’imposent comme figures du commandement, à l’occasion de combats chaotiques et morcelés.

Tout à l’esprit d’offensive, allemands comme français, sous estiment la puissance de feu des armements modernes, et ce malgré les leçons qu’ils auraient pu tirer du conflit russo-japonais. D’autre part des innovations telles que l’aviation (on appréciera les quelques anecdotes montrant soldats français et allemands tirer sur leurs propres avions par simple peur.) ou les nouveaux moyens de communication sont loin d’être maitrisés.

De cette lecture il ressort une impression de grand désordre inhérent à toute bataille de rencontre. La logistique est dépassée, les services de santé le sont aussi et les combats se mènent souvent au hasard à l’initiative de petits chefs courageux. On est bien loin de la guerre issue du XIXe telle que rêvée par les états majors. Avec Charleroi on entre véritablement dans le XXe siècle militaire.

On pourra reprocher à l’ouvrage d’avoir trop mis en avant dans son introduction des témoignages de combattants qui pour certains ne participeront pas aux combats de la bataille concernée (comme De Gaulle, alors capitaine et blessé le 15 août) ou dont les écrits resteront sous exploités (comme ceux de Drieu La Rochelle).

Quoi qu’il en soit ce Charleroi 21-23 août 1914 constitue une lecture très agréable, qui a le mérite de mettre en valeur un épisode la 1ère guerre mondiale souvent négligé par l’historiographie, une bataille qui aura pourtant d’importantes conséquences pour la suite de la guerre.

D BALDIN et E SAINT-FUSCIEN, Charleroi 21-23 août 1914, Tallandier, Paris, 2012.

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