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Austerlitz (F. Messina)

MessinaPour son premier livre, François Messina s’attaque à la bataille la plus célèbre de l’Histoire : la victoire d’Austerlitz remportée par Napoléon sur les empereurs d’Autriche et de Russie le 2 décembre 1805. L’auteur nous offre un récit haletant, dans un style familier et direct qui assure une grande fluidité de lecture et une grande accessibilité pour un public même néophyte sur l’histoire du Premier Empire. Des préparatifs de campagne au choc des trois empereurs, de la déroute coalisée à l’apothéose de la Grande Armée, François Messina dresse le portrait d’un empereur français qu’il considère comme bien meilleur stratège que politique.

Synopsis

L’ouvrage commence par une phase consacrée à la présentation des acteurs. La France impériale qui tente de terminer la Révolution et faisant l’amalgame des héritages républicains et monarchiques. Un pays prêt à envahir l’Angleterre après la rupture de la paix d’Amiens, mais qui doit se résigner face à l’attentisme de l’amiral Villeneuve et s’élancer vers une autre menace : l’Autriche. L’Empire français déploie ainsi sa Grande Armée formée de vétérans des campagnes de la Révolution contre les armées austro-russes financées par l’Angleterre. L’Angleterre, qui se croit intouchable par son insularité, a en effet donné les moyens financiers à l’Autriche et à la Russie et tente de convaincre la Prusse. L’Autriche, grande vaincue des guerres précédentes, tente de recouvrir ses terres et son prestige. La Russie et son armée, composée de bougres commandés par une élite internationale, compte bien affirmer sa place en Occident. Les deux nations marchent sur la Bavière pour faire leur jonction à Ulm où elles espèrent que le voisin prussien se joindra à leur croisade. C’est justement là que le feld-marshal Mack se fait surprendre par la rapidité de l’armée française et se retrouve encerclé dans la ville où il capitule avec le gros de l’armée autrichienne. Pour cela Mack en prend pour son grade, l’auteur ne l’épargne pas et trace le portrait d’un officier incompétent, toujours vaincu par les Français, et qui ne doit son commandement qu’à ses fanfaronnades convaincantes auprès d’un empereur autrichien piètre militaire lui-même.

L’archiduc Charles étant occupé à guerroyer en Italie contre Masséna, l’armée russe commandée par Koutousov (qui lui est présenté comme un vieux général populaire, mais indécis, tout juste bon à être utilisé comme une icône pour la troupe)se replie à l’annonce du désastre ce qui ne lui attire pas non plus les éloges de l’auteur. Pendant ce temps l’avant-garde française semble tout bousculer sur son passage (il manquerait d’ailleurs une carte pour que tout un chacun puisse suivre cette progression), d’Ulm jusqu’à Vienne dont les ponts sont pris non par la force, mais par la ruse de Murat qui parvient à faire croire aux Autrichiens que l’armistice est signé. Une nouvelle occasion pour l’auteur de montrer le manque de lucidité des officiers ennemis… Finalement en ce début de campagne seuls Ney et Murat semblent trouver grâce aux yeux de François Messina qui les décrit comme deux héroïques meneurs d’hommes culbutant tout sur leur passage. Vision qui a du vrai. Finalement, la débandade ne semble prendre fin qu’à l’arrivée du Tzar Alexandre, présenté comme un mystique exalté, qui rassure François Ier et ordonne à Koutousov de stopper sa retraite pour attendre de pied ferme les troupes de l’Antéchrist révolutionnaire. La préparation de la bataille, le choix du terrain, fait d’ailleurs l’objet de tout le troisième chapitre : l’auteur analyse tout particulièrement l’émulation côté coalisés, ce qui donne l’impression que ces derniers ont totalement l’initiative et le contrôle de la confrontation qui se prépare.

AusterlitzL’implication de Napoléon dans le choix du champ de bataille, les reconnaissances qu’il fait lui-même sur le terrain, la confrontation avec ses maréchaux, le choix de ne pas occuper le plateau de Pratzen, tout ceci est bien entendu évoqué (le contraire eut été gênant), mais c’est bien le camp des coalisés que l’auteur nous fait suivre en priorité. C’est d’ailleurs pour lui l’occasion de s’attaquer à Weyrother (général autrichien qui obtient le commandement des forces austro-russes), présenté comme un incompétent de plus, qui lui aussi ne vaut pas grand-chose militairement vu qu’il était à l’origine du plan d’attaque qui se solda par la défaite de Rivoli. Il est vrai que, comme le montre le chapitre suivant, le déploiement des forces coalisées brille par sa désorganisation et que cela aura de gros effets sur la coordination et donc sur l’efficacité des offensives sur l’aile droite française. Le seul officier de l’armée des coalisés qui trouve grâce aux yeux de l’auteur dans cette offensive en plein brouillard sur l’aile française est Langeron, officier français immigré. Si la désorganisation coalisée est bien rapportée, l’auteur est peu loquace quant aux changements de plan de dernière minute dans le camp français, les travaux d’Oleg Sokolov traitent cet aspect : le plan de bataille de Napoléon change complètement dans la nuit.

Toutefois, François Messina nous offre un récit haletant de la bataille : tandis que l’aile droite française fait une résistance héroïque entre Telnitz et Sokolnitz, tandis qu’au Nord Lannes tient tête à Bagration et que la cavalerie de Murat tient en respect la cavalerie russe largement supérieure en nombre, au centre le corps de Soult avec Saint-Hilaire et Vandamme, prend possession du fameux plateau de Pratzen ! Les énergiques et perspicaces contre-attaques de Langeron contre Saint-Hilaire restent vaines, mais les 4ème et 24ème régiments d'infanterie de ligne de Vandamme sont durement étrillés par la cavalerie de la Garde russe. La liaison entre son centre et son aile gauche étant menacée, Napoléon envoie les Chasseurs à Cheval de Morland, puis les Mamelouks de Rapp et les Grenadiers à Cheval d’Ordener qui culbutent l’élite de l’armée russe et sauve le dispositif français. Il ne reste alors plus qu’au centre français à fondre sur la gauche coalisée pour l’écraser et remporter la victoire…

Pour l’auteur, la victoire d’Austerlitz montre le génie militaire de Napoléon. Mais pour lui ce génie militaire n’a d’égale qu’une navrante naïveté politique. François Messina déplore ce Napoléon conciliant avec les monarchies européennes, cherchant en vain à se faire accepter de ceux qui le haïssaient, tant bien même qu’il aurait pu être le héraut (et le héros) d’un nationalisme révolutionnaire triomphant n’accordant aux souverains européens que le privilège d’une mort rapide…

 

Notre avis

Nous avons là un ouvrage grand public de vulgarisation sur la campagne de 1805. Le style est clair et familier (les soldats russes sont d’autant plus efficaces qu’ils sont bêtes), mais parfois un peu rapide dans ses conclusions (l’amiral Villeneuve ne risquait pas de réussir sa mission, car depuis des siècles la marine française échoue face à son homologue anglaise). On retrouve un petit côté romancé à la Max Gallo, l’auteur s’immisçant dans les pensées de Napoléon, mais aussi dans celles du tirailleur corse voyant progresser vers lui la ligne autrichienne. On comprend rapidement que l’auteur, bien que connaissant son sujet, ne cherche pas à faire un ouvrage érudit de référence dans un style universitaire et rigide. L’absence totale de bibliographie semble aussi aller en ce sens. On lit l’histoire de la troisième coalition quasiment comme on en parlerait lors d’un repas de famille : avec humour et sans retenue. Cette façon de faire apporte une grande fluidité, une grande facilité de lecture, une grande ouverture aux néophytes, mais risque également de caricaturer un peu des situations complexes. Le discours s’appuie sur une série de cartes, on aurait aimé qu’elles soient plus nombreuses et en couleur, mais c’est déjà une très bonne chose d’avoir intégré ces cartes (il est de toute façon indispensable d’avoir au moins un petit atlas des batailles napoléoniennes pour suivre les livres d’histoire militaire). Dans l’ensemble, cependant, François Messina offre un texte documenté et accessible qui brille par sa capacité à capter l’attention et à tenir en haleine même les néophytes par un style direct et sans chichi !

MESSINA François, Austerlitz, Grancher, 2012.

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