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Histoire des Etats-Unis (F.Durpaire)

histoire_eu_que_sais_jeA l’heure où, au rythme de la mondialisation, le monde vit les yeux tournés vers les Etats-Unis tandis que la crise et l’émergence chinoise remettent en cause son hyperpuissance, il paraît légitime de se tourner vers l’histoire de cette nation qui est souvent perçue, en France, à travers le prisme de l’antiaméricanisme et de la dénonciation de son hégémonie culturelle, économique et politique. François Durpaire nous propose d’explorer cette histoire, dans ce « Que sais-je ? ».

L’auteur

François Durpaire est docteur et agrégé en Histoire enseignant aujourd’hui à l’Université de Cergy Pontoise. Il est un historien bénéficiant d’une forte visibilité médiatique, étant souvent invité comme spécialiste des Etats-Unis dans les journaux télévisés, les chaînes d’information ou les émissions de débats, notamment depuis l’élection de Barack Obama en 2008 sur lequel il a écrit une biographie.  Il est, en tant que chercheur, membre du Centre de Recherches d’Histoire Nord-Américaine de l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne.  Sur le plan épistémologique,  il semble s’inscrire dans la démarche de l’histoire globale. F.Durpaire est donc un jeune chercheur, dynamique et s’inscrit dans une démarche historiographique novatrice, et est  habitué à adapter son discours au grand public.

L’auteur part du principe que la méconnaissance de l’histoire des Etats-Unis en France est à l’origine d’un malentendu, alors que ces deux pays ont de nombreuses choses en commun. La ligne directrice de son livre, qui conformément à l’esprit des ouvrages «Que sais je ? » se doit d’être synthétique et encyclopédique,  est de placer la relation unité-diversité comme moteur de l’histoire des Etats Unis.

A l’origine de l’unité : vers la formation des Etats-Unis

Avant l’arrivée du Mayflower en 1620 et le débarquement de protestants, l’Amérique du Nord était peuplée de Native Americans, que nous avons coutume d’appeler les Indiens d’Amérique, et qui ont laissé une empreinte indélébile sur la toponymie américaine (Chicago, Ohio, etc.). Peu à peu, au gré des migrations anglaises et irlandaises et de la venue forcée des esclaves africains, 13 colonies se forment, sous l’autorité de la couronne anglaise. Cette autorité sort renforcée après la défaite de 1763 : les anglais disposent d’un véritable empire en Amérique du Nord.

 

Hélas pour eux,  les 13 colonies, non représentées au Parlement, aspirent à une autonomie et sont peu à peu conquis par les idées libérales. Lasses des réformes impopulaires, les 13 colonies décident de se doter d’une assemblée puis  optent, le 4 juillet 1776, pour l’indépendance.  Les britanniques ne se montrent pas conciliants : c’est le début de la Guerre d’Indépendance Américaine. A partir de 1778, la France vient en aide auprès des 13 colonies, qui acquièrent finalement la victoire en 1783.
La rédaction de la Constitution débute en 1787, processus au cours duquel se pose une question, qui va devenir une constante de l’histoire américaine, autour de la place de l’Etat fédéral et le degré d’autonomie des Etats fédérés. Le compromis est délicat : de nombreuses institutions du niveau local au niveau fédéral sont mises en place afin de favoriser l’équilibre des pouvoirs, et un président élu permettra de garantir l’unité de la nation. Particularité du système américain, les lobbies sont considérés comme essentiels à la démocratie et constituant une autre forme de volonté populaire.

 

D’une manière quasi-continue au XIXème siècle, la frontière des Etats-Unis est repoussée vers l’Ouest, grâce à plusieurs facteurs. La découverte de l’or en 1849 est à l’origine de la formation de villes-champignons,  dans lesquelles l’autorité est difficile à se mettre en place, et sont à l’origine du mythe du Far West. Le développement des moyens de transport, tel le chemin de fer, combiné à de fortes migrations européennes, sont les forces motrices de cette conquête. Cette extension territoriale se fait au détriment du voisin mexicain ainsi que des Indiens. Ceux-ci sont définitivement vaincus lors de la bataille de Wounded Knee en 1890.

D’une guerre à la crise : l’union en recomposition

Les Etats-Unis sont traversés par une grande divergence Nord-Sud. Le Nord est urbain et industriel, le Sud est rural, marqué par la culture du coton et la pratique de l’esclavage. Le fossé se creuse, jusqu’à ce que, en 1861, la Caroline du Sud proclame sa sécession, accompagnée de 6 Etats. Les Etats du Sud, plus aguerris, dominent dans un premier temps les Etats du Nord. Ces derniers, par leur avantage démographique et technologique, renversent la vapeur à Gettysburg et arrivent à bout de leurs adversaires sudistes en 1865. La Guerre de Sécession est considérée comme une préfiguration des guerres totales du XXème siècle : grand nombre de victimes, une violence inouïe provoquée par l’usage d’armes nouvelles.

Au sortir de la guerre, il faut ressouder la nation, veiller à l’application de l’abolition de l’esclavage dans les Etats du Sud : l’Etat fédéral en sort renforcé. Vient le temps des migrations massives d’européens, de la venue de juifs, de slaves, d’italiens : de la diversification de l’immigration découle l’idée (ou plutôt le mythe) du melting pot. Le drapeau et un ensemble de valeurs (individualisme, capitalisme) rassemblent tous ces Américains.  Les Etats-Unis s’imposent peu à peu sur la scène internationale, le détonateur étant véritablement sa participation à la Première Guerre mondiale. Au lendemain du conflit, l’Amérique bénéficie d’une forte croissance et d’un engouement inédit. Un engouement vite stoppé, par la grave crise économique de 1929, aux conséquences désastreuses : les banques ferment, l’activité se rétracte.

La puissance dans l’unité, l’unité dans la puissance

L’élection de Franklin D. Roosevelt en 1932, qui deviendra l’un des présidents les populaires des Etats-Unis, est un véritable tournant dans l’histoire des Etats-Unis. Il est celui qui, par sa politique de relance et son célèbre New Deal, renforce les prérogatives du président et de l’Etat fédéral. L’auteur accorde une importance toute particulière à la situation sociale de cette époque, marquée notamment les farmers fuyant l’érosion des terres (Dustl Bowl) et les migrations des noirs vers le Nord industriel.

Les problèmes intérieurs résorbés, la puissance montante doit faire face à un danger extérieur : le Japon, alors en pleine expansion en Asie. Les Etats-Unis entrent en guerre après l’attaque surprise de Pearl Harbor le 7 Décembre 1941. Au prix de lourdes pertes, d’une intense mobilisation des moyens industriels, économiques (usines d’armement) et technologiques (Bombe atomique), les Etats-Unis et leurs alliés viennent à bout des forces de l’Axe en 1945. L’autre victoire américaine est sur le plan culturel, intellectuel et économique : la culture américaine (jazz, cinéma) s’impose et rayonne, sa puissance économique est inégalée et de nombreux scientifiques et intellectuels se trouvent désormais aux Etats-Unis.

Confrontés à la montée en puissance de l’URSS, les Etats-Unis se placent en protecteur du monde libre : c’est le début de la guerre froide.  Dans ce contexte, les années 1950 sont marquées une peur maladive du communisme que le maccarthysme illustre parfaitement. Le Sénateur Mac Carthy dit posséder les noms de membres de l’administration américaine étant aussi des sympathisants ou des membres du Parti Communiste. De nombreux artistes (Charlie Chaplin), scientifiques, intellectuels vont aussi subir cette véritable chasse aux sorcières.

La décennie 1960 est marquée par de nombreuses oppositions internes et des mutations sociétales majeures. Ce sont d’abord les revendications croissantes des noirs qui, toujours privés dans les faits de certains droits civiques, se rassemblent autour de grandes figures, tel Martin Luther King. C’est aussi l’essor du mouvement hippie, naissant d’une contestation de la société de consommation qui s’est établie après la guerre. La dimension sociale constitue un angle très intéressant et innovant de l’ouvrage de F.Durpaire : place est faite aux femmes, aux minorités, aux noirs, à la question de  l’identité.

De la fin de la guerre froide à l’Amérique d’aujourd’hui

Les Etats-Unis, minés par les oppositions sociales internes, reprennent dans les années 1980 confiance en eux au cours des deux mandats du républicain Ronald Reagan : « America is back ! ». La politique intransigeante de Reagan fut sans doute l’une des causes de la disparition de l’URSS, laissant ainsi l’Amérique seule aux commandes du monde. Pas pour longtemps toutefois : la décennie 2000 fait prendre conscience aux Américains qu’ils ne peuvent désormais plus décider seuls et tenir du caractère multipolaire d’un monde en recomposition.

La période récente est aussi un tournant sur le plan interne. Désormais, les Etats-Unis, considérés comme un pays anglo-saxon, doivent composer avec des minorités bientôt majoritaires, comme le montre le dynamisme démographique de la population hispanique. Une Amérique « post-raciale » et métissée composant avec différentes puissances émergentes : il s’agit des enjeux de demain.

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Notre avis

Le caractère à la fois encyclopédique et synthétique paraît d’abord entièrement réussi. L’ensemble de l’histoire américaine est remarquablement balayé, dans un ouvrage très accessible. D’aucuns signaleront quelques manques factuels et parfois des erreurs de date, mais effectuer une synthèse nécessite de faire des choix dépendants de la sensibilité de l’auteur. L’écriture simple, limpide de l’auteur facilite la lecture et son accessibilité au grand public.

L’un des grands atouts du livre résite surtout dans la dimension historiographique. Une grande place est accordée aux points de vue des historiens sur des aspects importants de l’histoire américaine : ces renvois sont essentiels pour ceux désirant prolonger la lecture. De plus, l’auteur accorde une importance toute particulière aux grandes questions de société, aux évolutions sociales mais aussi à la question de l’identité américaine.

Ce « Que sais-je » constitue donc une très bonne introduction à l’histoire américaine et nous invite à explorer plus encore une histoire plus riche qu’elle n’y parait.

Histoire des Etats-Unis, de François Durpaire. Que sais-je, PUF, janvier 2013.

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