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Les historiens de garde : De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson

les_historiens_de_garde_4Quand apparurent les premières critiques du Métronome de Lorànt Deutsch sur sa méthode et son traitement historiques il y a près d’un an, le débat se déplaça très rapidement sur le plan politique, s’enlisant dans des polémiques occultant les problématiques d’origine. Le présent ouvrage rédigé à six mains par William Blanc, Aurore Chéry, Christophe Naudin, et préfacé par Nicolas Offenstadt, permet enfin de revenir aux origines de l’affaire et de l’analyser pleinement sous un angle d’historien. Mais il permet également d’alerter et de dénoncer un inquiétant retour en force dans les médias d’une histoire réactionnaire et révolue, erronée et dépassée, fondée sur le « roman national » et dont Lorànt Deutsch n’est que l’arbre cachant cette forêt des « historiens de garde ». Malgré un certain parti pris, il s’agit d’un livre nécessaire voire incontournable face aux manipulations et aux détournements souvent politiques que certains font de l’Histoire.recommande


 

Le cas Lorànt Deutsch

Nous pourrions présenter le livre sous trois grandes parties dont la première s’intéresse avant tout à Lorànt Deutsch et à sa conception de l’histoire. Son Métronome est alors méticuleusement passé en revue, permettant d’expliquer son discours, sa méthode mais également la portée de ses erreurs historiques. En effet, il ne s’agit pas de relever les erreurs factuelles du livre, déjà fait et sans réel intérêt, mais de comprendre ce qu’elles induisent et entrainent. Au delà de la vision royaliste de l’histoire de Lorànt Deutsch participant au rejet de l’histoire scientifique et scolaire tout en contribuant à valoriser son roman national, considéré par le comédien comme historiquement authentique, le lecteur peut finir par se demander si les « erreurs » du Métronome ne sont pas volontaires afin d’accréditer sa « chapelle ». Sommes-nous dans les égarements d’un passionné ou au contraire dans une volonté délibérée de manipuler l’histoire ? La question est posée et il fallait le faire car derrière l’auteur du Métronome, se massent d’autres champions du retour au roman national, au patriotisme et à la glorification d’une France éternelle grâce à des personnages de notre passé élevés au rang de héros mythiques de la nation – alors même qu’elle n’existait pas encore –. Par ailleurs, ces « champions » tout comme Lorànt Deutsch, occupent le devant de la scène médiatique et c’est là, le second problème pointé dans Les historiens de garde.

L’histoire comme outil de médiatisation politique

L’affaire aurait pu rester anecdotique si le Métronome n’était pas devenu un best-seller du « livre d’histoire ». Si Lorànt Deutsch s’est toujours défendu d’être un historien, il n’en est pas moins devenu une figure d’autorité, plébiscité par les médias et les lecteurs, bien aidé par un formidable marketing. Les auteurs du présent ouvrage montrent comment Lorànt Deutsch a été érigé en véritable référence face au silence global des universitaires, une référence lui permettant de présenter sa vision – faussement affirmée comme exacte – de l’histoire tout en fournissant aux autres historiens de garde une vitrine de premier choix. Dès lors, la porte est ouverte à de douteuses productions bénéficiant de la collaboration du sympathique et passionné comédien comme avec Patrick Buisson sur le documentaire consacré à Louis-Ferdinand Céline. Si l’on ajoute la complaisance voire la désinformation de certains médias, l’histoire pourrait se cantonner à ne servir que : « le patriotisme le plus primaire » remontant à une longue tradition de près d’un siècle.

Le roman national, une tradition séculaire

La fin du livre s’intéresse aux tenants de cette tradition pour le roman national. Les auteurs abordent ce qu’ils nomment la vieille garde symbolisée par des personnages comme Jacques Bainville ou Sacha Guitry avant de s’attaquer à la nouvelle garde. À ce titre, le dernier chapitre s’avère fondamental pour prendre conscience des dangers que représente le retour en force, depuis le début des années 2000, d’une histoire réactionnaire, se défendant – faussement – de toute idéologie et s’estimant – toujours faussement – ostracisée par la pensée unique. Les thèmes de cette histoire réactionnaire sont alors présentés à travers leurs différentes plumes : outre Lorànt Deutsch et Patrick Buisson, citons Jean Sévillia, Franck Ferrand et Dimitri Casali principalement, ou encore Eric Zemmour et Stéphane Bern, beaucoup plus brièvement évoqués. Quant à leurs thèmes : repli identitaire, néonationalisme, rejet de « l’historiquement correct », dénonciation aveugle de la Révolution française, etc., ils présentent les dérives de la vulgarisation de l’histoire à des fins politiques et commerciales par des pseudos historiens – tout dépend de qui – présentant une menace pour la disciple en elle-même mais également pour le public.

Pour conclure : la nécessité d’une démarche critique

Comme le précise Nicolas Offenstadt en préface, le présent ouvrage n’est pas seulement un livre à charge, il permet également de rétablir les fondements de la recherche. Si l’histoire appartient à tout le monde, elle doit être maniée avec rigueur et distanciation en se fondant avant tout sur une démarche critique et non sur l’affabulation. Le livre Les historiens de garde démontre l’importance de l’histoire et de son étude tout en dénonçant les impostures et les mensonges visant à façonner cette disciple scientifique selon une idéologie. Nous regretterons seulement deux points. Il s’agit tout d’abord de la relative complaisance envers les universitaires qui, s’ils possèdent des circonstances atténuantes, ne sont pas totalement innocents à la présente situation de l’histoire. En effet, la coupure entre ces derniers et le grand public n’est pas nouvelle. Si les médias ont eux aussi leur part de responsabilité, ils ne sont pas les seuls. Enfin, nous resterons également sceptiques quant aux solutions possibles présentées en conclusion, trahissant un certain positionnement politique. Mais ces remarques relèvent plus de l’anecdotique tant cet ouvrage apparaît comme une bouffée d’oxygène et surtout la première pierre d’un édifice qui, nous l’espérons, permettra de réfléchir à l’avenir de la médiatisation de l’histoire.

Les historiens de garde - De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, de William Blanc, Aurore Chéry, et Christophe Naudin. Préface de Nicolas Offenstadt. Éditions Inculte, Mars 2013.

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