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Le temps des Capétiens (C. Gauvard)

captiensLe second tome de la série « Une histoire personnelle de la France » est écrit par la directrice de cette nouvelle collection des PUF, la grande médiéviste Claude Gauvard. Alors que le premier volume faisait commencer cette histoire de France à l’époque des Gaulois (avec les réserves qu’on peut y apporter) et allait jusqu’aux carolingiens, celui-ci s’intéresse à la période fondamentale des Capétiens, la dynastie la plus célèbre et la plus prestigieuse de la monarchie française, celle de Philippe Auguste ou Saint Louis. Mais Claude Gauvard, et c’est le principal intérêt de l’ouvrage, sort en partie des sentiers habituels.recommande

 

Refuser une histoire de France téléologique

Dans son introduction, Claude Gauvard, après une rapide présentation du contexte, explique sa démarche. Elle compte expliquer les effets politiques des bouleversements de l’époque, et montrer les cadres et les acteurs de ces mutations décisives. Acteurs qui font débat chez les historiens, entre ceux qui estiment que les paysans sont les moteurs de la croissance, et ceux qui voient plutôt l’importance des « investissements seigneuriaux ».

L’historienne présente sa démarche comme étant « une chronologie respectant à la fois le temps long de ces transformations, et le moment précis des scansions politiques », tout en s’intéressant également au « paysage de la France », rejoignant en cela Bruno Dumézil, auteur du tome « Des Gaulois aux Carolingiens ».

Surtout, la médiéviste précise bien qu’elle veut éviter une histoire téléologique, « d’envisager une période selon un avenir historique connu », ainsi que les anachronismes par des comparaisons basées sur nos propres critères, comme la séparation entre pouvoir laïque et pouvoir religieux.

Le temps des Capétiens

L’ouvrage traite de toute la période des Capétiens, de 987 (avènement de Hugues Capet) à 1328 (sacre de Philippe de Valois), se démarquant ainsi du volume de la collection Belin, « L’âge d’or des Capétiens » (de Jean-Christophe Cassard) qui allait de 1180 à 1328.

La première partie s’intéresse aux « premiers Capétiens » et couvre la période 987-1108, en revenant d’abord sur un débat historiographique bien connu des médiévistes, « la révolution de l’an mil », avant d’expliquer l’arrivée des Capétiens au pouvoir dans le contexte d’un royaume fragmenté en principautés, que Claude Gauvard qualifie de « puzzle ». Vient ensuite la « naissance de la dynastie », avec notamment Robert le Pieux, puis une partie fondamentale sur « le sacre et les pouvoirs thaumaturgiques ». Enfin, l’Eglise évidemment, « source du sacré », avec une partie courte mais très intéressante sur le pourtant très célèbre moment de « l’expansion de l’ordre de Cluny » et ses prolongements, comme « la paix de Dieu ».

La deuxième partie est centrée sur le XIIe siècle, période du « zénith » de l’expansion capétienne. Les transformations se font à tous les niveaux : techniques agricoles, essor des villes, et même « naissance des intellectuels ». Parallèlement, la société se hiérarchise, autour du droit féodal, du lien avec la terre, de la vie du château et de « l’idéal chevaleresque ». Le XIIe siècle est aussi le moment où les rois capétiens partent à « la conquête de leur royaume », partie qui permet à Claude Gauvard de s’intéresser à des souverains finalement assez peu connus du grand public : Louis VI et Louis VII.

La transition est logique avec ce qui peut être considéré comme l’apogée des Capétiens, celle des « rois reconnus dans leur royaume ». Ce sont les règnes de Philippe Auguste, Louis VIII et Louis IX (Saint Louis), Claude Gauvard insistant logiquement sur les deux plus célèbres. Le vainqueur de Bouvines, après une étude de son portrait par ses contemporains, est abordé par le biais de ses conquêtes et de sa lutte contre les hérésies. Louis IX quant à lui est montré comme « un personnage d’exception », un « croisé » qui a accompli des réformes politiques fondamentales.

La dernière partie est consacrée aux derniers moments des Capétiens, avec une volonté louable de sortir un peu des idées reçues et de montrer que cette période, loin de la décadence, a aussi connu des réformes très importantes, avec une « transformation des institutions » pour un « pouvoir royal renforcé ». C’est ici le personnage de Philippe le Bel qui est mis en avant. La partie se termine néanmoins par les « problèmes et résistances » que la monarchie affronte, révoltes comprises, jusqu’à la fin de la dynastie capétienne.

« Un royaume loin d’être unifié »

Contrairement à Bruno Dumézil, Claude Gauvard propose une courte mais indispensable conclusion à son ouvrage. Cela lui permet, entre autres, de dire l’importance de « l’écriture de l’histoire », particulièrement des « Grandes Chroniques », pièce maîtresse de la légitimation de la continuité de la dynastie capétienne.

La période, en plus de celle de l’affirmation de l’autorité royale, est celle de la définition des « frontières » du royaume, notion qui remplace celle de « marche ». Un territoire dont le centre devient Paris, notamment avec Philippe Auguste.

Enfin, Claude Gauvard insiste sur un élément déterminant, qui rompt avec ce qu’on entend le plus souvent sur cette période. Malgré les transformations, « le royaume est loin d’être unifié […] les langues y sont diverses […], l’étranger reste encore celui du village d’à côté », réalité et sentiments qui amènent à l’ostracisation et la persécution de certaines populations, comme les Juifs. On est à ce moment un brin frustré que l’historienne n’ait pas plus développé ces aspects dans le corps de l’ouvrage.

 

Ce tome n’en reste pas moins incontournable, car synthétique, clair, abordable, bénéficiant comme le volume précédent d’une chronologie et de cartes, ainsi que d’une bibliographie « succincte » mais amplement suffisante. L’ouvrage confirme la qualité de la collection proposée par les PUF, et on attend avec impatience la suite.

 

-          C. Clauvard, Le temps des Capétiens, PUF, 2013, 193 p.

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