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Vercingétorix : Celui qui fit trembler César (D. Porte)

porte vercinVercingétorix, le héros national, fait à nouveau parler de lui. Qui est cet illustre inconnu ? Danielle Porte, latiniste maitre de conférences à la Sorbonne, nous propose une nouvelle biographie sur ce personnage qui fascine encore aujourd'hui intitulée Vercingétorix : Celui qui fit trembler César. L'auteur avait déjà écrit des livres en liens avec Vercingétorix comme L'Imposture Alésia en 2004 qui a fait grand bruit où elle défendait la thèse d'André Berthier de la localisation d'Alésia dans le Jura à Chaux-des-Crotenay. Pourquoi rappeler cet épisode ? Parce que pour elle, la bonne compréhension de cette bataille est indispensable pour savoir qui était Vercingétorix et en particulier s'il était un piètre militaire ou un génie à l'égal de César.

La philologie contre l'histoire et l'archéologie ?

Pour comprendre ce livre, il faut peut-être comprendre en quoi la méthode de l'auteur s'oppose à celle des historiens qui défendent Alésia. Depuis le XIXe siècle, il y a des fouilles sur le site d'Alise-Sainte-Reine qui ont révélé des quantités de traces d'une bataille à Alise-Sainte-Reine (de nombreux éléments d'armements). Celle-ci est datée archéologiquement grâce au monnayage frappé à l'effigie de Vercingétorix. Les lignes et les camps établis par César ont été en grande partie retrouvés grâce à des fouilles et à l'archéologie aérienne. Danielle Porte conteste ces fouilles en indiquant qu'il y a eu des « falsifications » lors des premières fouilles organisées par Napoléon III. Falsifications réelles ou imprécisions ? Michel Reddé, grand spécialiste d'Alésia, penche pour la deuxième hypothèse. Le problème majeur pour Danielle Porte est celui-ci : le site ne correspond pas exactement au texte césarien.

En s'appuyant essentiellement sur l'étude des textes (la philologie), Richard Adam dans son article « À propos d'une nouvelle Alésia comtoise » publié dans la Revue Archéologique de l'Est et du Centre-Est en 1984 démontre que l'hypothèse comtoise n'est pas recevable. Michel Reddé aussi argumente contre cette localisation dans son livre Alésia, l'archéologie face à l'imaginaire (nous avons utilisé la seconde édition de 2012) en reprenant les sources littéraires et archéologiques. Voici ce qu'il dit sur l'utilisation des textes antiques : « On dispose donc de trois versions antiques, opposées entre elles, et c'est à partir des seuls éléments des textes que l'on vient de citer – il n'en existe absolument aucun autre – que chacun reconstitue, à sa guise, l'itinéraire suivi par César. Comment voulez-vous que chaque auteur n'ait pas sa version des faits, au vu des renseignements, à la fois très maigres et contradictoires, dont nous disposons ? » (p. 48).

Défense de Vercingétorix ou d'Alésia ?

Le livre est intéressant dans le sens où, après sa lecture, on comprend mieux pourquoi la question d'Alésia est si épidermique pour ceux qui défendent une autre localisation : Alésia semble être une tache dans la carrière de Vercingétorix. Une tâche qui est très bien exprimée aux pages 59 et 60 : « Soulignons simplement ici la dichotomie irréductible qui oppose les deux faces du personnage » (le brillant chef de guerre avant Alésia et le chef de guerre « aveuglé » par une « métropole religieuse » aux « piètres possibilités défensives »). Rétablir la localisation est donc un moyen de réhabiliter le héros national Vercingétorix. On comprend mieux alors la dédicace du livre à Franck Ferrand qui est lui aussi partisan de la localisation jurassienne d'Alésia. Certains peuvent se demander à la lecture de ce compte-rendu si l'auteur ne contesterait pas d'autres localisations. Qu'ils se rassurent Uxellodunum et Gergovie ne sont pas correctement localisés par les historiens "officiels" mais l'auteur ne s'y attarde pas car ces lieux ne sont pas importants pour son propos.

Un livre en réaction à l'historiographie de son temps

Vercingétorix mérite d'être réhabilité car il est le « seul » à avoir eu « le privilège » de donner « un socle idéologique au beau pays de France (p. 372) ». La nation est « l'idéologie qu'il suscita dès le début de son action ». « Qu'on le veuille ou non, Vercingétorix fut bel et bien le créateur de la nation française, en ce que, tout le premier, il rassembla autour d'une seule idée, la Liberté, les forces vives de quarante-deux tribus » (toujours p. 372). Si on veut détruire cette figure c'est que notre époque est celle des « anti-héros p. 373 ». Ces idées sont très problématiques pour l'historien d'aujourd'hui. Ces thèmes font furieusement penser à ceux des « historiens de garde ». La science détruit des mythes, la science historique fait de même. On comprend ainsi sa position véhémente contre Goudineau qui démontre que Vercingétorix ne portait ni barbe ni moustache (p. 14-18) ou que la reddition de celui-ci était plus banale que celle visible sur le célèbre tableau de Lionel Royer (p. 364-367). Page 7, l'auteur écrit : « L'hypercritique dans laquelle se complait actuellement la recherche historique finirait par nous faire douter que César fût même allé en Gaule pour y vaincre cet inconnu ». La dérision et l'ironie sont très souvent utilisées pour dévaloriser les positions dites « officielles » allant même jusqu'à leur prêter une mauvaise foi à leurs défenseurs qu'ils n'ont pas toujours.

 

Cet ouvrage tente donc à travers la biographie de Vercingétorix de défendre à nouveau la thèse jurassienne. Le livre est d'une lecture facile et agréable. Les notes de bas de page nombreuses, les illustrations en couleur et les index sont les bienvenus même si ces derniers révèlent des partis pris assez éclairants (ainsi dans l'index des noms propres apparaissent, outre les noms attendus, les historiens du XIXe siècle et des personnalités contemporaines comme Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand ou Jean-Marie Le Pen mais pas les historiens contemporains qu'elle vilipende). C'est donc au final un ouvrage à lire avec précaution.

Porte, Danielle, Vercingétorix : Celui qui fit trembler César, Paris, Ellipses, 2013.

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