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Prêcher la croisade (J. Flori)

prêcherAuteur de nombreux ouvrages sur les croisades, l'historien Jean Flori se concentre avec son nouveau livre (Prêcher la croisade) sur l'aspect religieux de ces pèlerinages religieux, et plus particulièrement les mobiles de tous ceux qui ont participé aux croisades, et les ont prêchées. Trop souvent encore aujourd'hui, la tendance est à considérer ces expéditions guerrières comme uniquement des entreprises de conquêtes, motivées par l'appât du gain et de territoires. Or, il est difficile de comprendre les croisades si l'on estime que le facteur religieux n'était qu'un prétexte...

 

A l'origine des croisades : la guerre sainte

Le sous-titre de l'ouvrage, « Communication et propagande », renseigne bien sur l'angle choisi par Jean Flori. Après avoir tenté de définir la croisade dans un précédent essai (La croix, la tiare et l'épée), l'historien s'intéresse ici à la prédication de la croisade, comment papes et prédicateurs ont pu persuader des dizaines de milliers de personnes à prendre les armes pour reconquérir la Terre sainte, puis pour la protéger.

Néanmoins, l'auteur ouvre son essai par « les fondements idéologiques » de la croisade, soit les origines de la guerre sainte. Pour cela, il reprend essentiellement ses travaux précédents, qu'on peut notamment trouver dans Guerre sainte, croisade et jihad : violence et religion dans le christianisme et l'islam (Seuil, 2002). En résumant, on peut dire qu'il fait remonter l'origine de la guerre sainte aux théories de saint Augustin, avec une évolution jusqu'au XIe siècle, notamment certaines expéditions de la Reconquista (Barbastro, 1063), considérées parfois comme des pré-croisades. En revanche, et c'est heureux, Jean Flori ne s'attarde pas sur le jihad, qu'il traite amplement dans l'ouvrage cité plus haut (on conseillera sur le sujet, M. Bonner, Jihad : origines, interprétations, combats, Téraèdre, 2005).

Ces bases idéologies posées, l'historien n'entre pas encore directement dans le sujet. Il revient sur les origines de la croisade, ou ses prémisses, en évoquant en particulier les motivations de la papauté par rapport à l'Empire byzantin, dans le contexte que l'on sait tendu, et pas seulement depuis le célèbre schisme de 1054. L'auteur s'attarde ici sur le rôle de Grégoire VII, mais rappelle aussi l'impact de la destruction du Saint-Sépulcre par le calife Al-Hakim en 1009, même si l'on sait qu'il a été finalement assez minime dans les motivations de la croisade, qui n'a été prêché que presque 90 ans plus tard...Toutefois, Jean Flori a parfaitement raison d'affirmer que l'importance croissante du pèlerinage au Saint-Sépulcre (et à Jérusalem) au XIe siècle a pesé dans la prédication future de la Première croisade.

Le chapitre suivant est un prolongement du précédent, en se concentrant sur les relations avec Byzance, ainsi que sur le rôle de Pierre l'Ermite, qui remonterait avant même l'appel d'Urbain II.

Prêcher les croisades

Le reste de l'ouvrage utilise un plan plus classique. Chronologique, il reprend aussi, pour l'essentiel, le déroulement des croisades « canoniques », académiquement parlant, même si l'on sait que les débats continuent sur la définition des croisades (voir pour cela le compte-rendu de La croix, la tiare et l'épée). Commençant évidemment à l'appel d'Urbain II, il se conclut à la Huitième croisade, celle qui voit la mort de Louis IX, futur Saint-Louis.

Pour chaque partie, Jean Flori montre le rôle des prédicateurs et des papes dans ce qu'il appelle une « propagande » de la croisade, d'abord pour persuader les pèlerins d'aller libérer la Terre sainte, puis, entreprise plus compliquée, pour qu'ils la défendent une fois Jérusalem libérée en 1099. Parmi ces hommes, si bien entendu on retient Urbain II, Bernard de Clairvaux ou Innocent III (qui bénéficie d'un chapitre entier), on (re)découvre d'autres personnalités fondamentales de cette période, parmi lesquelles Henri d'Albano, Martin de Pairis, Jean d'Abbeville ou Gilbert de Tournai.

En plus du rôle de ces hommes, l'historien essaye de montrer l'évolution et les mutations de l'idéologie de croisade, et des mentalités de l'époque. Car la croisade est prêchée dans des contextes qui diffèrent beaucoup entre le XIe et le XIIIe siècle. Les raisons de partir pour la Terre sainte, ou de la défendre, évoluent donc dans le temps et selon le contexte.
On s'arrêtera particulièrement sur les chapitres concernant la croisade dite « des enfants », et sur les deux derniers, consacrés aux croisades de Louis IX. Jean Flori a la bonne idée de ne pas se cantonner à la France et à la papauté, il étudie également l'idéologie de la croisade chez les Anglais ou encore dans l'Empire, avec notamment le personnage toujours passionnant de Frédéric II Hohenstaufen.

Comme souvent avec Jean Flori, l'ouvrage est enrichi par une bibliographie imposante, mais surtout par de nombreux documents tels des lettres et discours d'Urbain II, des encycliques ou des bulles papales, documents classés par croisades. Un véritable plus à saluer.

Dense, cet essai se lit toutefois assez facilement, sans que l'on soit obligé nécessairement d'en suivre l'ordre, même s'il est tout à fait logique et clair. Certes, pour ceux qui connaissent les autres ouvrages de Jean Flori, on peut y avoir quelques redites. On peut également débattre sur les analyses et les conclusions de l'historien. Mais quelqu'un qui s'intéresse aux croisades peut difficilement passer à côté.

- J. Flori, Prêcher la croisade, XIe-XIIIe siècle. Communication et propagande, Perrin, 2012, 526 pages.

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