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Leipzig : quand toute l'Europe affronte Napoléon

leipzig-16-19-octobre-1813-1272231-616x0Octobre 1813, il y a tout juste 200 ans Napoléon était battu lors de la bataille de Leipzig, dite « bataille des Nations », le plus grand affrontement des temps modernes jusqu'à la Première Guerre mondiale ! Dans son dernier ouvrage Walter Bruyère-Ostells,maitre de conférences à Science-Po Aix, revient sur cette bataille clef de l'histoire du nationalisme allemand.

 

Le retour de l'Histoire bataille

Le mouvement historiographique des Annales a eu beau relativiser l'intérêt heuristique de l'Histoire bataille, cette dernière a toujours su maintenir son vivier de lecteurs tout en apprenant de la Nouvelle Histoire pour intégrer toujours plus le choc lui-même, l'événement, dans un contexte plus large. Aujourd'hui, cette nouvelle Histoire bataille qui associe mouvement de bataillons et une mise en contexte plus large a retrouvé ces lettres de noblesse et fait l'objet d'une collection particulière aux Éditions Tallandier. Cette collection, « L'Histoire en Batailles », ne vous est pas inconnue puisque Histoire Pour Tous vous avait présenté l'an dernier le livre consacré à la bataille de Tannenberg par Sylvain Gouguenheim, celui de Damien Baldin et Emmanuel Saint-Fulscien sur Charleroy et enfin celui de Hélary sur Courtrai. Mais bien d'autres affrontements sont traités : Hasting, Omaha Beach, la Bataille d'Angleterre, Pearl Harbor, Alésia, Camerone, Diên Biên Phu et en ce qui concerne les batailles napoléoniennes Wagram et à présent Leipzig.
L'auteur, Walter Bruyère-Ostells s'était déjà illustré dans l'histoire de la Grande Armée avec son livre « La Grande Armée de la Liberté » (2009) où il revenait sur les carrières post-impériales de soldats de l'armée napoléonienne. Pour cette histoire de la bataille de Leipzig l'auteur s'appuie sur une bibliographie sérieuse composée d'études récentes (Thierry Lentz, Marie-Pierre Rey, Natalie Petiteau...) et de nombreux témoignages pris tant du côté français que du côté coalisé et du milieu civil. 

Un ouvrage complet sur la question

En un peu moins de 200 pages, l'auteur réalise une étude riche et détaillée de la fameuse bataille. Le premier chapitre pose en toute logique le contexte géopolitique qui pousse Napoléon à affronter ici les armées de Russie, de Prusse, d'Autriche, de Suède (et de Saxe après la trahison). L'auteur revient habillement sur la construction de l'Empire et du « système » napoléonien, sur les tentatives de normalisation des relations avec les anciennes monarchies, sur les attentes contradictoires des différents protagonistes, et enfin sur la désastreuse campagne de Russie qui contraint Napoléon à tenter une contre-attaque lors de cette campagne de Saxe qui abouti au drame de Leipzig. Le découpage des chapitres suivants reste classique et efficace : le prélude de Wachau, les combats du 16, la tentative d'armistice du 17, la reprise des hostilités le 18, la retraite, l'état calamiteux de l'armée qui va devoir défendre la frontière nationale...

Le huitième chapitre est particulièrement intéressant, l'auteur revient sur la défection des Saxons et tente d'en trouver les ressorts : le niveau où fut pris la décision, le choix entre différents aspects de l'honneur qui s'affrontent, la situation critique des Saxons à ce moment dans la bataille, la longue histoire des troupes allemandes appelées à combattre tantôt pour, tantôt contre Napoléon... La défection des Saxons, souvent décriée par les mémorialistes français, est ici en partie expliquée et intégrée dans un mouvement plus vaste de désertions et de défections (avec par exemple un régiment badois et un wurtembergeois qui font de même dès le 17). Plus largement, l'auteur s'attarde sur la création d'un sentiment anti-français dans l'espace germanique, justifié par les prélèvements et l'occupation, mais aussi instrumentalisé par les états prussiens et autrichiens qui accentuent la fiscalité pour leur propre réarmement en mettant sur le dos de l'occupant tous ces nouveaux prélèvements... Une exacerbation anti-française également alimentée par des journaux et des sociétés secrètes ou des philosophes et universitaires qui forment une jeunesse germanique exaltée par le nationalisme naissant. Toutefois, comme le montre brillamment l'auteur, le nationalisme allemand est un mouvement avant tout intellectuel et universitaire qui touche finalement peu la masse des populations germaniques, contrairement à l'image de la guerre de libération nationale véhiculée par les commémorations du XIXe siècle.D'un côté, la masse de la population est surtout inquiète de cette guerre qui amène des troupes de toute l'Europe avec leur lot de pillages et d'exactions, et de l'autre les élites rechignent à créer des mouvements populaires armés qui pourraient être aussi dangereux pour eux que pour les Français... Finalement, celle que pour des raisons mémorielles on surnomma la « Bataille des Nations » reste avant tout une bataille de princes visant à venger Austerlitz.

Pour conclure, nous avons là un excellent ouvrage sur la bataille de Leipzig qui est un bon exemple de la nouvelle Histoire bataille mêlant événements tactiques et stratégiques purs, eux-mêmes agrémentés de nombreux témoignages, à des considérations plus larges sur le contexte de la bataille et sur la reconstruction mémorielle qui en découle. A noter également, car ce n'est pas toujours le cas dans les ouvrages de ce format, que le livre est illustré de quatre cartes bien utiles permettant au lecteur de se repérer dans la campagne de 1813, Leipzig et ses combats. Un judicieux choix de lecture en cette période de bicentenaire !

Walter Bruyère-Ostells, Leipzig 16-19 octobre 1813, Tallandier, 2013.

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