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L'histoire de la sensibilité au temps qu'il fait

histoire de la sensibilité au temps« Qui parle du temps perd son temps ! » voilà bien le bon sens populaire. Mais de plus en plus, on parle du temps qu'il fait, de la météo, des prévisions, des humeurs face au temps. L'humain a toujours réagi au temps, a essayé de comprendre d'où venaient les différents phénomènes climatiques, en les attribuant selon les époques au Divin...Revenons sur ces éléments atmosphériques ou l'Histoire de la sensibilité au temps qu'il fait.

 

La pluie

Détestée ou attendue comme le messie, la pluie est pourtant nécessaire. Bien qu'après la sécheresse, une trop forte pluie entraine des désagréments, avec notamment la grêle, les bienfaits en sont immenses : la nature se réveille plus vigoureuse et les oiseaux chantent plus forts. Considérée un temps comme une alliée, elle prend un caractère divin à la fin du XVIII è siècle, car envoyée par Dieu. En effet, lors de la Fête de la Fédération le 14 juillet 1790, il a plu toute la journée et les contre-révolutionnaires s'en réjouirent « le déluge menace le bonheur, le soleil signe de gloire a disparu, le Ciel se déchaine » et l'on utilise le terme de Déluge. Les processions étaient courantes lorsque le besoin d'eau était grand, aussi bien dans Paris en invoquant Sainte Geneviève que dans toutes les régions françaises.

Prise négativement par les écrivains du XIX è siècle comme Stendhal ou Maine de Biran, Louis Philippe roi des Français en fera un objet politique : il passera en revue la garde nationale sous la pluie, sans manteau, ni parapluie, pour faire comme les gardes et sera particulièrement acclamé. Ce roi souhaitera la pluie pour partager avec le peuple et ne pas faire de différence. Récemment, les sorties du Président actuel de la République se sont déroulées bien souvent sous la pluie, sans parapluie...

Le soleil

Après la pluie et le soleil revenu, l'humain profite et devient presque insouciant. Pourtant déjà au temps d'Homère, le soleil était considéré comme néfaste. Hérodote disait « un pays mou fait des hommes mous, plus les hommes sont au soleil, plus ils sont sanguins et passionnés ». En 200 ans, il est passé d'une « noire détestation » à la délectation. Au XVII è siècle et début XVIII è siècle, le soleil était considéré comme néfaste, il fallait s'en prémunir même si Bailly écrivait en 1628 « la présence du soleil est indispensable à la vie...sans elle, tout serait mort au monde ». Les détracteurs sont nombreux, en particulier la médecine de l'Ancien Régime « la chaleur du soleil enflamme les esprits, réchauffe les humeurs, augmente la bille, ôte la vie en dissipant la chaleur naturelle » comme l'explique Porchon dans ses Règles de la santé en 1684.

soleilMadame de Sévigné mettait sans cesse en garde sa fille contre « l'air chaud d'Avignon qui enflamme la gorge ». Des quantités de recommandations étaient alors en usage « habiter une maison de campagne exposée du côté du Nord ; manger des bouillons, herbages et fruits s'opposant à la putréfaction ; se frotter le visage tous les soirs avec du fiel de bœuf, un glaire d'œuf bien battu pour guérir du teint brûlé du soleil et du hâle grossier » .

Des topographies médicales voyaient le jour entre 1770 et 1850 comme « Avignon : soleil ardent, tempérament tenant du bilieux et du sanguin ; Cambrai : ensoleillement faible, manque de vitalité, tempérament lymphatique ». Pinel dit carrément « que l'ensoleillement est cause de tous les dérangements de la raison, voire des mœurs, car le soleil échauffe le corps et favorise le bouillonnement des passions amoureuses ». Pour certains auteurs, le soleil classe les hommes « les Anglais et Français sont capables de policer leurs mœurs, alors que les peuples soumis à la présence continue du soleil ont tous les stigmates de la dégradation physique et morale ».

Peu à peu, les progrès de la chimie et la science des Lumières vont être moins catégoriques, les analyses sur les mécanismes de la photosynthèse en 1787 vont transformer l'attitude envers le soleil, la lumière et le soleil vont avoir des vertus nouvelles « le soleil rend les êtres vivants, bien vivants » ; Rousseau demande que l'éducation des enfants se fasse dehors, qu'on les habille un peu moins, que les maisons soient moins confinées grâce à une nouvelle architecture qui laisse entrer le soleil. Malheureusement les années de très grosses chaleurs (1793, 1803, 1811) vont être néfastes pour l'évolution des mentalités face au soleil.

Au XIX è siècle, les romantiques utilisent des termes plus délicats « il excite l'odorat, emplit l'air d'un doux poudroiement d'effluves qui vient titiller la membrane. Le soleil est positif et harmonise la nature, fait un lien entre l'homme et la terre, le bonheur humain, le plaisir de la contemplation ». Malgré tout, il en sera comme pour la pluie : en manque de soleil, les processions et autres actes sont courants, comme en Provence en 1854, le curé était plongé dans une fontaine ou aspergé d'eau avec un soulier.

Heureusement, vers 1840, les traités de médecine sont en faveur du soleil qui offre à l'humain vigueur et énergie, prescrivant des cures d'air, de lumière et de soleil qui vont devenir en vogue ; au XIX è siècle, grâce aux travaux de Pasteur, le soleil devient un agent thérapeutique. Le corps se découvre de plus en plus, le bronzage apparait, l'époque moderne tend à faire usage des bains de soleil comme le mentionnent les premières publicités en 1938 « Passez l'été sur la Côte d'Azur, il n'y pleut pas »...on ne veut plus que du soleil et du « beau fixe ».

Le vent et la tempête

tempêteSi l'on se souvient, dans les contes et légendes, la notion du vent est très présente, bien plus que la pluie et le soleil. Particulièrement dans les contes régionaux où dès les premières lignes, l'auteur installe son récit dans un paysage souvent venteux. Selon la région, le vent se nomme « autan, bise, cers ou encore mistral », ayant chacun d'eux une signification et un pouvoir. Fléau destructeur ou bienfait, le terme tempête est plus souvent utilisé en Atlantique ; la mer associée au vent et à la tempête sont des éléments indissociables en Bretagne et font partie des mœurs des habitants. Dans les légendes, le vent est associé aux punitions ; dans d'autres cas, c'est un bienfait car il fait tourner les ailes d'un moulin pour produire de la farine ou pour faire avancer un bateau qui transporte une cargaison ; mais un récit d'aventure maritime serait impensable sans une bonne tempête...

La neige

La neige revêt un caractère un peu particulier avec des précipitations solides, saisonnières et inchangeables : c'est en effet le seul élément qui soit toujours blanc, sans odeur, faisant le même bruit en tombant. Mais surtout c'est un énorme souvenir d'enfance au temps de Noël. La neige était déjà utilisée dans l'Antiquité romaine comme rafraichissant pour le vin, le lait et autres mets. Cette coutume est reprise à la Renaissance comme nous le raconte Montaigne lorsqu'il voyageait en Italie en 1580 « on est ici dans l'habitude de mettre de la neige dans les verres avec le vin ». En 1703, le goût de « boire frais » se transforme au café Procope : les glaces et sorbets sont couramment consommés. Puis aux XVIII è et XIX è siècles, la neige est délaissée au profit de la glace, meilleur rafraichissant et conservateur.

A la Renaissance, on s'intéresse à sa forme « les flocons sont toujours sexangulaires, avec à chaque fois six rayons, velus comme de petites plumes ». La conjoncture de Kepler venait de naître ! Descartes décrira des flocons à douze branches. Au même siècle, on la retrouve dans les peintures d'artistes du Nord de l'Europe, bien que le courant artistique soit né dans le Sud, notamment en Italie vers 1400. Après Bruegel l'Ancien, les paysages de neige ne seront pas peints régulièrement, mais les artistes du XIX è siècle lui accorderont une grande place dans leurs œuvres.

Qui dit neige, pense sports d'hiver. En Scandinavie, des sortes de skis existaient 2 000 ans avant J.-C.. Alors qu'au XIV è siècle, on représentait des boules et bonhommes de neige, les premiers sports de glisse naquirent vers 1879 avec le Telemark. Plus au Sud, Davos et Chamonix accueillent les premiers skieurs au début du XX è siècle. Pourtant en France, par temps de neige et surtout en montagne, on restait chez soi dans son habitation, les skis n'avaient pas d'utilité. La neige était aussi mal considérée, à cause des avalanches. Les sports de glisse prendront leur essor au XX è siècle. Réservés d'abord aux classes supérieures, peu à peu les citadins prennent plaisir à la neige en montagne.

Le brouillard

brouillardCet élément lié à la terre et à l'eau, l'un des plus redouté des navigateurs, était considéré comme tueur de plantes, d'animaux et d'hommes jusqu'au début du XVIII è siècle. Dégageant des volutes et particulièrement dans les marais où résidait une odeur pestilentielle, on l'accusait de véhiculer des germes infectieux. Assimilé à un passage entre la vie (lorsqu'on sort du brouillard) et la mort (lorsqu'on y entre et y reste), c'est le domaine de prédilection des fantômes. Avec son voile, le brouillard « habille les vallées et déshabille les montagnes » et peut être source de rêves. Dans le domaine artistique, les photographes nous laissent imaginer des créatures mystérieuses et fantastiques.

Les orages

Ces phénomènes peu naturels, caractérisés par des bruits de tonnerre consécutifs, s'abattent localement, même si les prévisions météo les annoncent avec plus ou moins d'exactitude. Selon l'intensité, on emploie les termes de tempête ou d'ouragan auxquels est attribué un nom précis. Au XIII è siècle, le vent précédant l'orage était considéré comme favorable, puis particulièrement défavorable au XVII è siècle. Grâce aux poètes qui en font « un tableau plein de poésie et sentiments d'humanité », on recherche les orages au XVIII è siècle, on se consacre à leur aspect scientifique, à tel point que certains gravissent le Mont Blanc en 1788 pour être au plus près des nuages et des éventuels orages de montagne.

carte de BuacheA la suite du fameux orage du 13 juillet 1788, Buache réalise la première carte de ces précipitations. Certaines personnes vont rapidement l'assimiler aux prémices de la Révolution Française, il n'y a qu'un pas pour dire que ce fut l'évènement fondateur du 14 juillet 1789. Avec les romantiques, les orages deviennent « beaux et désirés »...et de nos jours, les « chasseurs d'orages » sont nombreux !

De nos jours

Avec le temps les croyances ont cédées la place aux demandes toujours plus grandes, les prévisions météo datent du XVIII è siècle. C'est un véritable besoin de savoir, une vraie obsession et « les fêlés de la météo » ne font plus rien, sauf si le temps est au beau fixe ! Les prévisions sont écoutées par tous dès 1950 jusqu'à leurs apogées en 1980 où elles ont leur journal. Les compagnies d'assurance proposent leur service dès 1961 « assurance pluie, promettant de se prémunir contre le désastre du mauvais temps ». Les « météomanes » s'abonnent aux sites de l'internet et supportent de moins en moins l'aléa climatique.

De ce fait, en hiver, l'humain est plus dépressif lorsque les jours sont plus courts et plus nuageux. Cela existait déjà au temps d'Hippocrate qui disait « la température mélancolique est en correspondance avec la terre sèche et froide, ainsi qu'avec l'automne, saison dangereuse où la bille noire exerce sa plus grande force ».
Et lorsque nous entendons régulièrement « il n'y a plus de saisons », ne serait-ce pas la nostalgie du temps de notre enfance avec des hivers blancs et des étés brûlants ?

« L'histoire de la sensibilité au temps qu'il fait », sous la direction d' Alain Corbin. Aubier, novembre 2013.

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