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Les espions d'Hitler (Yves Bonnet)

couv espions hitlerL'Amiral Wihlelm Canaris, chef de l'Abwehr, et Reinhardt Heydrich, dirigeant du SD de la SS, ont constitué les deux principaux piliers de l'appareil de renseignement du IIIème Reich. Au cœur de cet ouvrage, Yves Bonnet propose d'effectuer un portrait croisé de deux hommes, aussi différents qu'essentiels dans l'histoire du renseignement et l'histoire de la Seconde guerre mondiale.

 

Heydrich et Canaris avant la prise de pouvoir d'Hitler

L'auteur propose donc de retracer le parcours de deux hommes aux trajectoires bien différentes, mais parfois croisées. Après de bonnes études, Canaris décide en 1905 de s'engager dans la marine. Il met son intelligence au service du Ministère des affaires étrangères, en fournissant, au fil de ses voyages et de ses missions, des informations sur les colonies et les pays visités. La Première Guerre mondiale est pour lui l'occasion d'un premier contact avec le monde du renseignement, alors qu'une blessure l'a contraint à être affecté hors des combats, en Espagne. Très marqué par la défaite, il accepte malgré tout la mission qui lui est confiée par la République de Weimar dont il se méfie, qui est de participer à la restauration de l'ordre dans la Marine. Nationaliste, il se compromet, dans cette époque mouvementée de la sortie de guerre en Allemagne, avec des corps francs. Affecté à Berlin, il entame une carrière à l'Etat-major, où il participe notamment à un réarmement discret de la Marine allemande. Toutefois, la victoire du SPD le pousse à retourner en mer. En 1931, il est capitaine de vaisseau.

heydrichEngagé dans les corps-francs à 15 ans, Heydrich est ensuite mobilisé dans la Marine, où il fait la connaissance de Canaris à bord du croiseur Berlin. Les deux hommes semblent alors entretenir une bonne relation. Il pénètre dans le monde du renseignement suite à une formation d'officier subalterne de renseignement et à une promotion en 1926. Ces écarts de conduite le font toutefois exclure de la Marine ; il s'engage dès lors, en 1931, au sein de la SA (branche armée du Parti Nazi), et fait dès le mois de juin la rencontre d'Himmler. Séduit par ce grand aryen, le chef de la SS lui propose créer un service de sécurité interne, mis sur pied en Aout 1931 : le SD.

L'ascension des deux hommes

Si Canaris n'est pas un partisan du nazisme, il connaît une ascension assez rapide après la prise de pouvoir d'Hitler en 1933. Le régime nazi dispose alors de plusieurs services de renseignement : d'une part, l'Abwehr, qui est le service de renseignement de la Wehrmacht créé en 1919; et le SD, service de sécurité du NSDAP ; la Gestapo, sous la direction de Goering, mais qui passe rapidement sous le giron de la SS.

Les relations ne sont pas cordiales entre ces différents services, en raison notamment de la mort de plusieurs membres de l'Abwehr lors de la Nuit des longs couteaux, coup de force organisé par les SS contre les SA en 1934. Cette situation entraîne la démission du chef de l'Abwehr, profitant ainsi à Canaris, nommé à sa tête en janvier 1935. Ce dernier tente alors d'arrondir les angles et de favoriser une répartition claire des tâches : l'Abwehr se charge du renseignement militaire ; le SD de la police politique et du contre-espionnage. Par ses réseaux à l'étranger, Canaris est aussi utilisé afin de faciliter des rapprochements diplomatiques, notamment en Italie, mais surtout avec les nationalistes espagnols. Proche de Franco, Canaris a grandement contribué à l'envoi de matériels, de conseillers et des renseignements aux forces nationalistes.

canaris
Plusieurs affaires sont venues plomber les relations entre le SD et l'Abwehr : l'affaire Toukhachevski – du nom d'un maréchal soviétique exécuté suite à une machination du SD –l'affaire Blomberg-Fritsch, ainsi que l'Anschluss (rattachement de l'Autriche à l'Allemagne) en 1938, qui exacerbe les tensions entre les deux services. Si elles contribuent à la prise de distance de Canaris vis-à-vis du nazisme, elles ne font que renforcer l'aura d'Heydrich auprès de la frange la plus radicale. Dans l'entourage de Canaris, une conjuration contre Hitler, menée par son adjoint le Général Oster, s'organise, sans que le chef de l'Abwehr ne s'y oppose. L'affaire tchécoslovaque accentue une nouvelle fois le fossé, Canaris étant opposé à une intervention armée.

Canaris et Heydrich face « aux réalités de la guerre »

Dans la deuxième partie de son ouvrage, Yves Bonnet entre véritablement dans le vif du sujet, faisant entrer ses deux personnages dans les tourments de la 2de Guerre mondiale. L'invasion de la Pologne le 1er septembre 1939, précédée quelques jours plus tôt par le pacte germano-soviétique, a bouleversé Canaris, sans remettre en cause sa fidélité au régime. Les massacres perpétrés par les hommes du nouveau RSHA – le nouvel Office central de sécurité, rassemblant la Gestapo, Kripo et SD, créé en 1939 et confié à Heydrich – se livrent à des massacres qui rebutent Canaris.

Une fois la Pologne vaincue, la guerre se prépare à l'Ouest. L'Abwehr pâtit cependant d'un manque crucial de renseignements sur les armées françaises et britanniques. De plus, certains militaires, voulant provoquer la chute d'Hitler par une défaite allemande, auraient fait passer par le biais du Vatican les plans d'invasion allemands aux Alliés, avec l'assentiment de Canaris. D'autre part, Canaris est envoyé en Espagne pour pousser Franco à entrer en guerre aux côtés de l'Allemagne, option que le général espagnol refuse.

canaris et heydrichParallèlement, Heydrich est au cœur de la politique d'extermination des populations dans l'Est de l'Europe. Celle-ci est concrétisée par la conférence de Wannsee, tenue le 20 janvier 1942, et dans laquelle Heydrich apparaît comme l'un des grands artisans de la « solution finale », à savoir l'extermination systématique de tous les juifs. Le grand blond est alors au sommet de sa gloire : chef du RSHA, il est aussi « protecteur de Bohême Moravie », une région proche de l'Allemagne qu'il est nécessaire de bien tenir. Voyageant entre Berlin et Prague, il est un homme très occupé, agissant avec un zèle inégalé pour écraser la résistance tchécoslovaque. Pourtant, celle-ci organise depuis Londres, une opération visant à assassiner Heydrich. Le 27 mai 1942, trois résistants organisent un attentat, blessant Heydrich. Or, en raison des hésitations et des erreurs des médecins, cette blessure s'aggrave : Heydrich meurt d'une septicémie le 4 Juin 1942. Tous les hauts dignitaires, y compris Canaris, sont émus.

Le chef de l'Abwehr est de plus en plus tiraillé, entre l'obéissance à la hiérarchie et sa volonté de respecter les conventions militaires : aussi participe-t-il notamment au sauvetage de quelques centaines de juifs. Cela vaut à l'Amiral d'être de plus en plus suspecté par certains SS, dont Schellenberg, haut responsable du SD. De plus en plus éloigné du nazisme, convaincu que la défaite est proche, Canaris est sur une position intenable : Schellenberg, notamment informé de la bienveillance de Canaris vis-à-vis de certains opposants à Hitler, contribue à sa chute. Le 12 février 1944, Himmler créer un service de renseignement unifié, qui aboutit de facto à la disparition de l'Abwehr. Canaris est placé en résidence surveillée. Pire, après l'échec de l'attentat contre Hitler le 20 Juillet 1944, il est soupçonné d'être l'un des instigateurs de la tentative d'assassinat. Mis aux arrêts, il est condamné à mort par un tribunal SS, et est exécuté le 9 avril 1945.

Notre avis

Canaris et Heydrich sont indubitablement les deux grandes figures du renseignement sous le IIIe Reich. Ils symbolisent à eux deux, la dualité du régime nazi, se basant sur les institutions de l'Etat et de l'armée, et d'autre part sur les organismes nazis. L'un est un militaire traditionnel, nationaliste, qui prend peu à peu ses distances avec le régime nazi – prise de distance qui a contribué au façonnement d'une légende autour de Canaris – et un nazi fanatique et radical, grand artisan de la solution finale. La mise en parallèle de leurs deux parcours est en ce sens plutôt pertinente. L'ouvrage est bien construit, relativement bien écrit et facilement accessible.
On peut regretter quelques manques non négligeables : notamment l'absence total de références bibliographiques, d'autant plus que les sujet du renseignement est parfois l'objet de publications des plus farfelues. Ce manque n'entache pas l'intérêt que nous avons porté à ce livre, et que nous recommandons à qui s'intéresse à l'histoire de l'espionnage et au Second conflit mondial.

L'auteur

Yves Bonnet est un grand spécialiste du renseignement. En témoigne son passage à la DST ( Direction de la Surveillance du Territoire, ancien service de contre-espionnage français) qu'il a dirigé entre 1982 et 1985, et la multitude d'ouvrages qu'il a consacrés à cette question. Devenu aujourd'hui écrivain, il propose d'apporter un éclairage sur une période faste pour le renseignement, en s'interrogeant sur deux personnages marquants du renseignement de l'Allemagne nazie et soulignant de prime abord le lien naturel entre régime totalitaire et pratiques de surveillance.

Les espions d'Hitler, par Yves Bonnet. Editions Ouest-France, 2012.

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