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La Grande Guerre sans les clichés

cliché14-18, une guerre mais aussi un mythe dont vont s'emparer les politiques (et par conséquent l'enseignement...) que ce soit pour la chambre bleu horizon ou pour le régime de Vichy, avec Pétain vainqueur paternaliste de Verdun. L'histoire de ce conflit s'en est trouvée largement brouillée, mythifiée... Philippe Valode se propose de revenir sur une trentaine d'épisodes clefs de la Première Guerre sur lesquels le renouvellement de l'historiographie doit nous inviter à changer de regard.

Une volonté claire : démythifier 14-18

Auteur prolifique avec plus de soixante ouvrages à son actif, Philippe Valode (diplômé en Science politique et ancien directeur de la rédaction d'Actualité de l'Histoire) traite dans ce nouvel ouvrage de la Première Guerre mondiale qu'il souhaite démystifier. Le renouvellement de l'historiographie de la Grande Guerre est il est vrai un véritable leitmotiv en cette période du centenaire où tous les projecteurs vont être braqués sur les études contemporanéistes traitants de ce premier conflit mondial.

L'auteur rappelle que l'histoire de ce conflit a beau être très récente, elle en reste néanmoins mal connue du grand public, car elle a été glorifiée, manipulée, falsifiée ou enjolivée pour des intérêts politiques (comme l'Union Sacrée). C'est pourquoi un renouvellement de l'historiographie s'imposait à la lumière des archives. Des archives que l'auteur ne semble pas avoir fouillées lui-même mais ce dernier a travaillé à partir d'une riche bibliographie. Si la façon d'accentuer l'écart entre la représentation populaire et les faits (en disant par exemple que la Première Guerre mondiale est vue comme « chevaleresque » par rapport à la Seconde Guerre) la volonté affirmée de dire « la vérité » et d'évoquer des « dossiers noirs » de la guerre 14-18 peut révéler une accroche assez journalistique, l'ouvrage n'en demeure pas moins très heuristique. 

Un exemple : Verdun

Selon l'auteur, Falkenhayn n'a pas cherché dans un premier temps à saigner à blanc l'armée française à Verdun. Faute de forces suffisantes, il voulait d'abord infliger une défaite retentissante aux Français. Ce n'est qu'après l'échec de cet assaut que l'état-major allemand aurait pris la décision de saigner l'armée française à Verdun. Comme l'avait souligné Driant, Verdun est sous défendue, en 1915 Joffre a même fait démonter les pièces mobiles des forts ce qui expliquera par la suite la reddition sans combats de Douaumont (25 février 1916)! Un désarmement malvenu que Gallieni reproche à Joffre... Il faut dire que Gallieni n'apprécie guère Joffre qui s'est attribué « sa » victoire de la Marne... Alarmé par les indices de concentration de troupes allemandes, Joffre doit dans l'urgence revenir sur ses décisions.

L'offensive allemande a finalement lieu le 21 février 1916 après une intense préparation d'artillerie. Les obus ont tellement ravagé le paysage que ce terrain lunaire ralentit la progression allemande. Douaumont tombe, Joffre décide la défense à outrance, Pétain prend le commandement... Et se retrouve rapidement alité par une pneumonie... Néanmoins, Pétain fait garder sa maladie secrète et assume toutes ses fonctions en s'appuyant sur ses deux adjoints : Bernard Serrigny et Maurice de Barescut. Pétain souhaite constituer une nouvelle ligne de défense et assurer de bonnes lignes de ravitaillement (par route et par rail). Il décide aussi d'organiser la rotation des unités pour évacuer les troupes malmenées et démoralisées (690 tués, 16.000 disparus et 3100 blessés graves du 21 au 27 février 1916).

C'est alors les débuts de la « Voix sacrée » (route Bar-le-Duc / Verdun) sur laquelle circule presque un quart du parc automobile de l'armée française ! Les renforts arrivent, au 6 mars Pétain a reçu 200.000 hommes et 25.000 tonnes de munitions et de matériel militaire. Au total l'armée française a disposé 400.000 hommes pour défendre Verdun. Pétain fait également réarmer dans l'urgence les forts pour tenir la Meuse. Les Allemands ouvrent certes le front sur la rive gauche le 5 mars mais leur progression s'enlise, sans que la visite de Guillaume II n'y puisse rien changer. Pétain en profite pour réorganiser sa défense sur trois lignes, pour réorganiser la défense de l'artillerie et ainsi préparer l'armée française à une défense sur le long terme.

attaque-chars-juillet1918-francois-flamengAu 15 mars les pertes françaises sont supérieures à 70.000 hommes, les unités en premières lignes ont en moyenne 20% de perte, le moral fléchi et Pétain plaide pour une rotation plus régulière des unités dans le secteur de Verdun. Ainsi faisant, Pétain (et son successeur Nivelle) va organiser un vaste roulement sur le front de Verdun où passeront peut-être 5 millions de Français ! Les trois quarts des poilus ont fait un passage à Verdun ! Ce roulement rapide, accompagné de temps de repos, permet à Pétain de maintenir tant bien que mal le moral de son armée, ce qui n'est pas du tout le cas du côté allemand où l'on se contente de remplacer les morts et les blessés...

Au final, Verdun fit environ 317.000 morts, blessés et disparu côté français, à peine moins côté allemand. L'auteur souligne que Pétain aurait « usurpé » sa popularité grâce au Petit Journal, laissant croire que son action permit d'épargner des hommes et qu'il était soucieux de leur bien-être alors qu'il s'est contenté de faire tourner les régiments et que les pertes, elles, n'ont jamais cessées d'augmenter du 26 février au 16 mars.

Si effectivement Pétain n'a pas fait diminuer les pertes à Verdun, on peut reprocher à Philippe Valode de ne pas reconnaitre comme une réelle mesure « de bien être » le roulement rapide des troupes sur le front alors que cela a, comme il le dit par ailleurs, un réel impact sur le moral des troupes. Il est aussi étonnant que les mesures prises par Pétain quand il succède à Nivelle ne soient pas évoquées. Enfin il est aussi dommage de ne pas expliquer dans ce chapitre le pourquoi de cette bonne réputation de Pétain : parce qu'il tranche avec les massacres qui ont lieu sous son successeur (Nivelle), et parce que le régime de Vichy a par la suite beaucoup mis en valeur cette image de Pétain vainqueur paternaliste de Verdun. 

Trente-et-un grands thèmes pour comprendre 14-18

Outre Verdun, Philippe Valode revient ainsi sur une trentaine de thèmes clefs de la Grande Guerre : les responsables de la guerre, le plan français XVII, le pantalon rouge, la défense de la Belgique en 1914, Gallieni vainqueur de la Marne, l'injuste limogeage du général Lanrezac par Joffre, le renvoie des officiers supérieurs, le mobilisation dans les empires coloniaux, la victoire japonaise de Tsing Tao, la résistance allemande en Afrique-Orientale, le torpillage du Lusitania, Noël 1914, les prisonniers de guerre, les gaz, les massacres de civils dans le NE français et en Belgique, le martyre des soldats anglais après la défaite de Kut Al-Amara, les Dardanelles, les bombardements de civils, Marasesti, Nivelle, la censure, les mutineries de 1917, l'engagement des troupes américaines, Mata-Hari, les « camps de concentration français », la grippe espagnole...

Le but poursuivi par l'auteur semble toujours de montrer une guerre crue et cruelle, totale, qui sur bien des aspects n'a rien à envier à la Seconde Guerre mondiale. Au final, malgré un titre accrocheur qui annonce des révélations, cet ouvrage qui se contente de puiser dans des ouvrages antérieurs ne semble pas apporter de « révélations ». Il reste néanmoins un bon ouvrage synthétisant de façon claire et organisée des réponses à des questions clefs de la guerre de 14-18.


VALODE Philippe, La Grande Guerre sans les clichés, L'Archipel, 2013.

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