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Les derniers des fidèles (A. Boquel & E. Kern)

Les derniers des fidèles 2Belle surprise en ce début d'année que cet ouvrage qui ravira amateurs d'Histoire et de romans d'Aventures ! Excellant dans l'alchimie délicate de la littérature et de la science historique, Anne Boquel et Étienne Kern nous invitent à un incroyable voyage dans le temps aux côtés de ces soldats de la Grande Armée qui, après la chute du Premier Empire, sont venus fonder une colonie au Texas avec l'espoir fou de continuer la guerre contre les Bourbons et de fonder un nouvel empire napoléonien en Amérique latine ! Quand l'Histoire surpasse les plus beaux scénarii de fiction le lecteur ne peut que se laisser porter par une narration talentueuse.coup-de-coeur

 Synopsis

1815, le retour fulgurant de Napoléon s'achève dans les mornes plaines de Waterloo. L'Empereur déchu qui s'était livré à la bienveillance britannique est envoyé finir sa vie sur une minuscule île battue par les vents et les pluies. Les soldats de la Grande Armée rejoignent leurs foyers, où errent dans les cabarets des villes, racontant à qui veut l'entendre les heures fastes de l'Empire... Mais les Bourbons ne veulent plus entendre parler de la geste de cet usurpateur : vétérans renvoyés à la vie civile, officiers en demi-solde, ces héros vivent mal ce déclassement brutal. Refusant de vivre sous la coupe des rois, craignant parfois la terreur blanche, des milliers d'entre eux vont choisir l'exil. Et parmi toutes les terres d'exil qui s'offrent à eux, une semble offrir la possibilité de construire un monde nouveau : l'Amérique ! Pendant la Révolution, l'Amérique avait déjà accueilli momentanément quelques aristocrates fuyant la Terreur. En 1815, les soldats de Napoléon y rejoignent les anciens planteurs qui avaient été contraints de fuir les îles à sucre au début du siècle. Une microsociété française se met en place, avec ses établissements, ses journaux, et rapidement sa colonie : « la Colonie de la Vigne et de l'Olivier ». Tels les légionnaires de Rome, certains espèrent que le moment est venu d'abandonner le glaive pour la charrue et de mener une fin de vie paisible. Quelques grandes figures de l'Empire aspirent à une vie calme en attendant une éventuelle invitation à revenir en France. Mais pour d'autres les braises de l'Empire sont encore trop chaudes, ils n'attendent que l'occasion pour souffler un grand coup dessus, embraser la région, s'attaquer aux Bourbons (qui tiennent le Mexique et la Floride) et ressusciter un Empire napoléonien.

Parmi ces Picaros se trouve le Général Lallemand (1774 – 1839), vétéran des campagnes napoléoniennes depuis l'Égypte et Haïti, fidèle parmi les fidèles de l'Empereur qui avait tenté un coup d'État bonapartiste avant même de savoir que Napoléon s'était évadé de l'île d'Elbe, et membre le plus virulent du petit groupe qui accompagna l'Empereur sur le Northumberland. C'est d'ailleurs ce caractère trop fougueux qui fera que les Anglais lui interdiront de suivre son maitre à St-Hélène... Plus rien ne le retient en France où les Bourbons l'ont condamné à mort, et au terme d'un périple romanesque il accoste en Amérique. Là, après s'être parfaitement intégré à l'intelligentzia française, il met sur pied une opération audacieuse : profitant de l'état insurrectionnel du Mexique, où les indigènes remettent en cause le pouvoir de l'aristocratie espagnole, il décide de fonder une colonie en plein territoire « ennemi » ! Environ 150 hommes et femmes le suivent plus ou moins aveuglément pour s'installer... Au Texas ! Certains en manque d'action partent tambour battant pour cette nouvelle entreprise, d'autres n'ont tout simplement pas réalisé qu'ils venaient de se lancer dans une aventure des plus hasardeuses... Alors que « la Colonie de la Vigne et de l'Olivier » baignait dans le pacifisme, cette nouvelle colonie se veut être un véritable avant-poste ! On l'appellera « le Champ d'Asile », en référence à l'Asylum de Romulus fondant Rome, ce nom est une promesse : celle d'un nouvel Empire.

Charles LallemandCharles Lallemand et Antoine Rigau, véritable gueule cassée des guerres révolutionnaires, seront les deux pères fondateurs de cette implantation tragi-romantique qui inspirera Victor Hugo et Balzac. Cette bande aussi hétéroclite que la Grande Armée (on y trouve des Français, des Espagnols, des Italiens, des Polonais, un Allemand, un Belge, un Irlandais...) va vivre une expérience hors normes au milieu des déserts, des corsaires, des ouragans, des Indiens cannibales... Le tout sous le regard anxieux et menaçant des cours franco-espagnoles et de la jeune et ambitieuse République américaine.

« Perdus dans le tourbillon des premières années du siècle, parvenus à ce point où l'héroïsme confine à la folie, l'utopie à la secte et la foi à l'absurde, les colons du Champ d'asile se sont rués vers l'échec avec un aveuglement sublime. Mais la vanité de leurs espoirs, leur désillusion, leur chute même leur confèrent la grandeur de ceux qui cherchent à faire ployer le réel devant la force d'une idée ». 

Notre avis

Soyons clairs, soyons brefs, « Les derniers des fidèles » est une excellente surprise dans les publications napoléoniennes ! L'ouvrage d'Anne Boquel et d'Étienne Kern n'est pas un ouvrage de type universitaire, les deux auteurs sont très clairs là-dessus et explicitent très bien leur démarche dans un intéressant post-scriptum. Il ne s'agit pas non plus d'un roman, mais ce qu'ils appellent un « narrative nonfiction », autrement dit une Histoire narrativisée. Histoire, car les faits rapportés se veulent vrais (en l'état actuel de nos connaissances historiques sur le sujet) et ont fait l'objet d'un véritable travail de recherche. En effet, cet ouvrage se base sur les travaux historiques menés sur le sujet et sur un travail conséquent en archives (Archives nationales, Service Historique de la Défense, Centre des archives diplomatiques, Archives de la Ville de Paris, Archives départementales...).

Autrement dit, on retrouve là la démarche classique pour tout travail historique sérieux. D'ailleurs, l'ouvrage offre une place importante aux notes, chapitre par chapitre, où les auteurs reviennent sur les sources utilisées, les éventuelles contradictions, les choix qui ont été faits. Par contre, et c'est là que nous nous éloignons d'un travail de recherche historique de type universitaire, les auteurs revendiquent un caractère très littéraire où ils ne cherchent pas à étouffer leurs affects dans le culte de la neutralité. Présenté en cinq actes, comme dans une tragédie classique, le récit est profond et vivant. L'écriture est fluide, entrainante, et une petite touche de romantisme savamment dosée finit d'envouter le lecteur. Entre Galveston et la Trinity river, ce dernier sent la moiteur tropicale qui assomment les ouvriers de la colonie, le désespoir et la mélancolie, la tension et l'euphorie... Il s'agit d'une histoire à peine croyable, portée par une plume talentueuse, qui ravira bien entendu tous les napoléoniens passionnés, mais aussi tous les amateurs d'Histoire et de romans d'aventures.

Les derniers des fidèles bCe type d'ouvrage est exemplaire en termes de vulgarisation historique, il fait honneur aux Lettres en renouant avec le romantisme historique. Il se lit comme un roman, avec la même fougue, la même envie de connaitre la suite, la même familiarité qui se tisse avec les personnages... Il devient de fait accessible au plus grand nombre, amateurs d'Histoire et/ou d'Aventure, alors qu'une exposition froide des faits n'aurait attiré l'attention que de quelques spécialistes. Mais cet élan littéraire ne se fait au détriment ni de la recherche, ni de la transparence. Le choix du style littéraire est parfaitement expliqué, les faits sont réels, les sources clairement données et le tout a fait l'objet de plusieurs relectures d'historiens comme Jacques-Olivier Boudon. Qui plus est, ce livre est illustré de cartes à différentes échelles et de gravures (portraits des principaux protagonistes, représentations du Champ d'asile...) facilitant encore l'immersion complète dans l'univers retranscrit. En définitive, le lecteur se délecte avec un livre qui distrait autant qu'il instruit !


Anne BOQUEL & Étienne KERN, Les derniers des fidèles, Flammarion, 2014.

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