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La Restauration, Les idées et les hommes

restauration yvertLa Restauration pose de nombreux problèmes historiographiques. Comment traiter d'une période qui voit le retour de la monarchie et des immigrés après l'Empire napoléonien et qui s'achève avec la révolution de 1830 ? Cette période mal-aimée, comme le déplorent de nombreux historiens, est pourtant l'objet de nombreux livres ces dernières années. Benoît Yvert, ancien président du Centre national du Livre, éditeur et auteur avec Emmanuel de Waresquiel d'une Histoire de la Restauration (1814-1830) : naissance de la France moderne, nous propose de redécouvrir cette période et les débats qui l'ont agitée dans ce recueil d'articles intitulé La Restauration, Les idées et les hommes publié aux éditions du CNRS.

Une période féconde en histoire politique et littéraire, et en bouleversements économiques

Ce livre est un recueil de neuf articles parus dans des revues ou des ouvrages collectifs. Après une préface qui pose bien les enjeux de la période, l'auteur débute avec un article sur les terreurs blanches (celles de 1795 et de 1815). Il montre les différences entre ces terreurs et explique les causes et le déroulement de celles-ci de manière approfondie. L'article suivant s'attarde sur l'action de Fouché lors de la mise en place de la Restauration. Ensuite, l'ouvrage entre réellement dans l'histoire politique et intellectuelle de la Restauration. L'article sur le doctrinaire Decazes et la politique du juste-milieu est à cet égard exemplaire. La pensée politique du ministre est exposée en détail et l'auteur explicite le fameux passage de son discours du 15 décembre 1817 : « Royaliser la nation, nationaliser le royalisme ». La pensée politique de Decazes est quasi-absolutiste : si le roi est infaillible, son ministre doit l'être aussi. Les ultras à la même époque s'opposent à cette vision et souhaitent une monarchie plus parlementaire où le roi aura seulement un rôle d'arbitre. Decazes est sous le coup d'autres critiques (personnelles et politiques) ce qui renforce l'incompatibilité et l'opposition entre les camps. Les conflits croissent à mesure que sa politique de désultracisation progresse. Il restaure la centralisation et l'autoritarisme napoléonien. L'article s'attarde également sur le gouvernement Villèle. Le suivant aborde la fin de la Restauration dans un récit très détaillé des événements où les actions des différents acteurs et leurs conséquences sont narrées de manière approfondie. On peut souligner la précision et la clarté du récit qui, malgré sa densité, ne nuisent en rien à la lecture.

La seconde partie de l'ouvrage est composée d'articles sur différents penseurs de la Restauration (la pensée doctrinaire, Auguste de Staël, Chateaubriand, Bonald ou encore Fiévée). Ces articles permettent de prendre la mesure de l'ébullition intellectuelle de cette époque servie par de grands écrivains. On sent la passion de l'historien pour cette époque tout au long du texte dont l'auteur ne se cache pas et qui est évoquée dès l'introduction (p. 19). Les articles se complètent et font la lumière sur des pensées très hétérogènes. La Charte, ce monument de la Restauration, est à de nombreuses reprises évoquées. Les différences d'interprétation sont présentes dès les débuts du régime. Ce compromis, ce traité de paix, qui tentait de faire le consensus est aussi à l'origine d'actions qui conduisent la Restauration à sa chute. Les ultras finissent ainsi par «forger une interprétation absolutiste de la Charte, dans laquelle l'esprit libéral du texte était en quelque sorte annulé par la nation d'octroi » comme l'avait noté P. Rosanvallon cité dans le texte. Cette lecture et son application sont facilitées par l'utilisation des ordonnances permise par l'article 14 qui provoque la chute de Charles X et la mise sur le trône du roi citoyen Louis-Philippe.

Notre avis

Les articles variés et très érudits sont agréables à lire. Les nombreuses citations ponctuent agréablement le récit et laissent la parole aux acteurs de la Restauration. L'objectif de l'auteur est de parvenir à une bonne vulgarisation de l'histoire : le propos doit être simple tout en faisant preuve de rigueur pour qu'il ne touche pas les seuls historiens universitaires et ainsi lutter contre la division entre l'histoire grand public et histoire savante. Par certains aspects, c'est une réussite. Mais l'absence de bibliographie à la fin de l'ouvrage ou à la fin des articles n'est-elle pas dommageable ? Le lecteur curieux n'aurait-il pas pu être intéressé par des références qui lui auraient permis d'approfondir tel ou tel point ? Les notes de bas de page ne comblent que partiellement cette lacune : ils renvoient parfois à des ouvrages scientifiques (dont de nombreux ouvrages très anciens) mais le plus souvent à des sources (des œuvres complètes ou des mémoires d'acteur de la période entre autres) s'ils ne complètent pas tout simplement le propos de l'auteur. En revanche, les repères chronologiques sur plusieurs pages au début de l'ouvrage sont très utiles.

Au final, c'est un recueil agréable à lire d'articles ou de contributions sur la politique et les idées sous la Restauration. Très classique, laissant une grande place aux citations, il permet de mieux comprendre cette période très peu étudiée dans le secondaire et pourtant fondamentale dans l'histoire de la vie démocratique en France même si, de par la nature de l'ouvrage, certains aspects de cette période ne sont pas abordés.

La Restauration : Les idées et les hommes, de Benoît Yvert. CNRS Editions, 2013.

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