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Le temps des Valois (C. Gauvard)

tps des valoisLa collection « Une histoire personnelle de la France » (PUF) continue avec ce troisième opus, signé une nouvelle fois Claude Gauvard. La grande médiéviste était déjà l'auteure du précédent, « Le temps des Capétiens », et est également la directrice de cette collection de vulgarisation qui confirme sa qualité ici encore. L'ouvrage balaie près de deux cents ans d'histoire de France, pour conclure le Moyen Âge, sortant en grande partie des sentiers battus, tout en restant remarquablement clair et concis.recommande

 

Les bornes chronologiques : 1328-1515

La collection des PUF se démarque de celle (remarquable) de Belin, consacrée elle aussi à l'histoire de France, par sa forme (plus simple et moins luxueuse), et ses choix chronologiques. Comme l'ont montré les deux précédents tomes, cette « histoire personnelle » de la France sort relativement des bornes habituelles, faisant par exemple commencer l'histoire de France aux Gaulois alors que chez Belin le choix avait été fait pour Clovis.
Ici, l'accent est plus porté sur les dynasties. Logiquement, donc, après les Capétiens viennent les Valois, avec l'avènement de Philippe VI en 1328. En revanche, le tome ne se termine pas exactement avec le dernier Valois, puisque celui-ci est Henri III (mort en 1589, et non Henri II – une coquille s'étant glissée dans l'ouvrage), mais avec François Ier. Choix tout à fait logique cependant, à bien des niveaux, et notamment si on s'intéresse aux débats actuels sur la fin du Moyen Âge, le XVe siècle, ou la pertinence de la notion de « Renaissance ».
Malgré tout, c'était une gageure de se lancer dans un ouvrage d'à peine 200 pages, où sont abordés entre autres la guerre de Cent Ans et les guerres d'Italie, et surtout les mutations profondes et décisives de l'Etat. Un pari qu'on peut d'ores-et-déjà qualifié de gagné.

Le royaume de France en crise au XIVe siècle

Le terrible XIVe siècle a en grande partie contribué à l'image sombre du Moyen Âge, jusqu'à aujourd'hui. Entre Grande Peste, crise de succession sur le trône et guerre de Cent Ans, il est clair que la situation du royaume de France n'était guère idéale. Il en allait de même d'ailleurs dans toute l'Europe occidentale.
Claude Gauvard choisit donc de consacrer sa première partie à cette crise du XIVe siècle. Tout d'abord « les caractères généraux de la crise », de la crise religieuse aux crises économique et démographique ; puis « les formes politiques de la crise », autour de la guerre et de la fiscalité, ainsi que les contestations. On est ici en plein dans les thèmes dont Claude Gauvard s'est depuis longtemps faite la spécialiste. Et c'est toujours aussi clair et passionnant. Viennent enfin, dans cette partie, « les résistances à la crise », avec par exemple le renforcement des institutions.

La guerre de Cent Ans

La seconde partie de l'ouvrage se concentre sur la dynastie des Valois et ses difficultés à s'imposer, mais plus encore sur la guerre de Cent ans. Période très mouvementée, entre défaites en série contre les Anglais et crises politiques internes comme l'affaire Etienne Marcel à Paris. Mais période qui se termine sur le règne de Charles V, grâce auquel la dynastie s'impose, et ce malgré la folie de son successeur, Charles VI, folie qui sert de transition à l'historienne pour introduire la partie suivante.

« Le royaume de France dans l'impasse »

En dépit des réussites de Charles V, le royaume est en grande difficulté dans la première moitié du XVe siècle. C'est une nouvelle ère de défaites contre les Anglais (menant au traité de Troyes, qui doit mettre en place la « double monarchie »), auxquelles s'ajoute une crise interne majeure, qui se meut en guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, conséquence des rivalités entre les Grands du royaume, et de la faiblesse du roi.
C'est également durant cette période qu'apparaît Jeanne d'Arc, à laquelle Claude Gauvard consacre un chapitre entier, concluant ainsi cette partie

« La grant monarchie de France »

La dernière partie aborde des temps qui ne sont pas forcément les plus connus du grand public. Tout d'abord les victoires de Charles VII, qui conduisent à la fin de la guerre de Cent Ans et surtout à de grandes réformes institutionnelles.
Les tensions internes n'en sont pas moins toujours présentes, illustrées par le règne de Louis XI, souvent caricaturé mais finalement « méconnu » comme le note Claude Gauvard. Un moment pourtant fondamental dans la construction de l'Etat.
C'est surtout néanmoins le dernier chapitre qui amène une plus-value supplémentaire à ce tome, puisqu'il s'intéresse à deux rois bien plus méconnus que Louis XI, de nos jours en tout cas : Charles VIII et Louis XII. Ce chapitre est certes trop court, mais il a le mérite de donner envie d'en savoir plus sur ces deux souverains, dont l'importance n'a rien d'anodine, que ce soit d'un point de vue politique (les guerres d'Italie par exemple), ou culturel (ils se sont intéressés, et leur femme Anne de Bretagne également, à la Renaissance italienne bien avant François Ier). Une partie, un peu courte elle aussi, évoque également le grand marchand Jacques Cœur.

Ce « Temps des Valois » s'avère finalement encore plus intéressant que l'opus précédent. Cette période de la guerre de Cent Ans et des débuts de la Renaissance (et de l'époque dite « moderne ») charrie souvent beaucoup d'idées reçues que Claude Gauvard écarte de façon très claire. Si évidemment, on ne peut nier que la crise est présente pendant une grande partie, c'est aussi et surtout le moment où se sont développées, de façon décisive, « les institutions qui ont façonné le royaume ».
Enfin, l'historienne revient, certes un peu brièvement, sur le débat toujours vif au sujet du « sentiment national », qui serait né durant cette période, et notamment avec le personnage de Jeanne d'Arc. Claude Gauvard semble d'abord ne pas trancher catégoriquement, préférant une réponse « décevante » (sic) : finalement, la défense du royaume incombe toujours aux nobles, seuls aptes à faire la guerre, le peuple, en « bon sujet » ne devant qu'obéissance et paiement de l'impôt. C'est cette société hiérarchisée qui, selon l'historienne, aurait malgré tout « tué dans l'œuf le sentiment national ».

C. Gauvard, Le temps des Valois, PUF, 2013, 228 p.

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