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Destins de la Grande Guerre (Editions Privat)

Mission centenaireLes éditions Privat proposent pour le centenaire de la guerre 1914-1918 une collection « Destins de la Grande Guerre » pour découvrir ce conflit à hauteur d'homme. Cette nouvelle collection regroupe des témoignages de contemporains, des témoignages parfois atypiques, qui sortent du lot, et permettent d'attaquer l'étude de la guerre sous un angle nouveau à travers le regard d'un philosophe pacifiste engagé dans la tranchée, d'un fonctionnaire de préfecture resté à l'arrière, de trois frères marseillais ou encore d'un militaire de carrière photographe amateur.recommande

 

« Si on avait écouté Jaurès » : lettres d'un pacifiste depuis les tranchées

Témoignage étonnant que celui de Charles Patard, philosophe des tranchées. Charles Patard, issu d'un milieu modeste et rural, se hisse par lui-même à un statut de ce qu'on pourrait appeler la petite bourgeoisie de village en prenant la tête d'une mercerie. En août 1914, il se voit contraint de rejoindre le 304e régiment de ligne, lui qui avait toujours espéré que la paix serait sauvée. Charles Patard est un intellectuel autodidacte, qui s'est forgé une philosophie de par ses rencontres et surtout ses lectures. Il porte un regard acidulé, clairvoyant et profond sur la guerre, sur les réactions de ses contemporains, mais aussi sur les hommes politiques. Pacifiste, il est difficilement assimilable à une tendance politique déterminée, la droite, la gauche ou encore les anarchistes n'échappent pas à sa plume assassine, seul Jaurès semble avoir son estime. Empreint d'humanisme, Charles Patard est un idéaliste plutôt qu'un idéologue. Les réflexions de son esprit toujours éveillé, il les couche sur le papier pour son jeune frère qu'il initie tel un mentor. Cette correspondance atypique d'un poilu est complétée par les courriers échangés avec sa sœur, religieuse, et par les quelques pages d'un carnet de guerre entamé en 1914.Destins de la Grande Guerre 4Ce témoignage étonnant et prenant est présenté par sa petite fille, Isabelle Jeger, qui introduit l'ensemble par un petit récit de vie. Enfin, l'ouvrage, bien illustré, est rendu accessible au plus grand nombre grâce à une judicieuse annexe comportant les notices bibliographiques des personnalités citées. 

Guerre à Mende. Journal de l'arrière du front

Témoignage très différent du précédent que celui d'Albert Jurquet, chef de division à la préfecture de Mende (Lozère) quand éclate la guerre. Loin du front, loin de la censure, dans un journal intime qui sera redécouvert que dans les années 2000 Albert Jurquet écrit du 26 juillet 1914 au 31 décembre 1918. Dans ce carnet, il met par écrit ses réflexions, ses opinions politiques, religieuses et morales, le tout guidé par les événements locaux, nationaux et internationaux qui rythment le quotidien de l'arrière.
Ce carnet est un témoignage exceptionnel de la perception de la guerre, au jour le jour, par un homme éduqué de la bourgeoisie de province. Commentaires de l'actualité, désillusions, pronostiques sur l'avenir, l'historien et la passion de la période trouve ici une occasion unique de saisir le niveau de compréhension et l'horizon d'attente qui ont pu être celle de cette classe moyenne informée éloignée des tranchées.
Ce témoignage inédit est préfacé par Jean Guiloineau, directeur de la revue Siècle 21, traducteur, historien, nouvelliste et biographe. Ce dernier offre une remise en contexte spatiotemporelle, en revenant sur Albert Jurquet au cours de cette guerre, sur Mende et sur le contexte d'écriture en général.Destins de la Grande Guerre 2b

 Une guerre d'hommes et de machines

L'avant dernier témoignage est celui de Désiré Sic, qui contrairement aux deux précédents est un militaire de carrière, en poste au Maroc quand éclate la guerre. Désiré Sic est officier dans le Génie, il rejoint la métropole, mais ce qui fait la particularité de ce soldat c'est sa passion pour la photographie ! Son appareil photographique en main, Désiré Sic ne cessera de saisir la guerre avec son objectif ! Ce dernier témoignage de la collection « Destins de guerre » est donc avant tout un témoignage visuel. Les tranchées, les abris, les moments d'attente, les travaux de voie ferrée pour le ravitaillement, la construction de ponts de fortune, la cuisine et l'équarrissage, les manœuvres, les marches, la fabrication des chevaux de frise, les pièces d'artillerie, les avions, les galeries de mine, les hommes et leurs officiers, les prisonniers allemands, les troupes alliées, les mascottes, les civils de l'arrière, rien n'échappe à sa volonté d'immortaliser par la photo !

Ce témoignage photographique est présenté par Alexandre Lafon, docteur en histoire contemporaine, et Colin Miège passionné de la Grande Guerre et petit-fils de Désiré Sic. Ils nous offrent une présentation thématique, structurée autour de trois axes majeurs : la guerre des matériels (aménager, entretenir et ravitailler la zone de front), une guerre Destins de la Grande Guerre 3bdes machines (sur terre, sous terre ou dans les airs) et enfin une guerre des hommes (la mise en scène de soi, les camarades, les chefs, les autres...). Les auteurs nous offrent une analyse approfondie de ce que nous montrent ces clichés du quotidien des hommes, mais aussi de la perception de Désiré Sic lui-même. 

Trois frères en guerre. Martin-Laval. Une famille de Marseille en 1914 – 1918

Le quatrième et dernier tome paru de la collection « Destins de la Grande Guerre » est consacré à la correspondance et aux notes de trois frères de la famille Martin-Laval (famille aisée de petit armateur de la cité phocéenne) envoyés au front : Antoine, caporal infirmier mobilisé, André qui s'est engagé volontairement et enfin Fernand qui est sous-officier. Tous trois finissent officiers. Ces documents ont été conservés par Mireille Martin-Laval, fille d'André, qui les a cédés aux Archives des Bouches-du-Rhône. Certaines de ces lettres avaient déjà été publiées dans le célèbre recueil « Paroles de Poilus », mais l'immense majorité restait inédite. Serge Truphémus, professeur d'Histoire, s'est chargé de retranscrire et d'organiser ce corpus documentaire pour le rendre accessible à un large public à travers cet ouvrage somme toute imposant de 730 pages.

Après une préface de Jean-Yves La Naour (docteur en Histoire, spécialiste de la Première Guerre mondiale), l'auteur nous présente dans son introduction l'histoire de ce projet et la façon dont il a abordé et sélectionné ce fonds d'archives. Vient ensuite une présentation de la famille Martin-Laval avec des notices individuelles illustrées. Ce n'est qu'après cette mise en contexte nécessaire que l'on aborde la mémoire des combattants à travers un savant mélange de lettres et d'extraits de carnets, là encore entrecoupés de multiples illustrations notamment photographiques.Trois frères en guerre

Ce recueil regroupe le carnet de route réalisé par André Martin-Laval et sa correspondance relativement complète ainsi que celle de ses frères. Écrits par des individus éduqués et maitrisant parfaitement l'écriture, ces documents se révèlent des sources précieuses pour l'historien et l'amateur d'Histoire. On y décèle ce paradoxal entrelacement d'élans patriotiques et de stratégies d'évitement pour ne pas se retrouver aux postes les plus exposés, ce recourt systématique à la Foi en ces heures funestes... Mais on trouve aussi les lettres des femmes de l'arrière qui permettent de jauger leur perception du front depuis un département géographiquement éloigné de la guerre. Quelques dessins d'enfants viennent aussi nous ouvrir l'univers mental de ces derniers.

Ces archives nous parlent de la guerre, de la façon dont chacun l'a perçue, mais elles nous parlent aussi du rapport de chacun à la mémoire : de ces poilus qui écrivent lettres et carnets, qui les renvoient avec les lettres reçues par colis, qui les conservent après guerre voire les recopient... Ces archives qui sont conservées par les familles puis confiées aux archives départementales avant d'être publiées pour répondre à notre demande mémorielle en cette période de centenaire...

In fine

En définitive, les éditions Privat nous offrent avec cette collection « Destins de la Grande Guerre » une série de témoignages qui brillent par leur intérêt historique et leur atypisme. Dans le cadre de la préparation du centenaire (à noter qu'Alexandre Lafon est conseiller pédagogique de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale et membre du CRID 14-18), ces quatre ouvrages nous offrent l'occasion singulière d'aborder ce conflit à travers quatre prismes très différents. Documents sources, ces témoignages sont aussi des outils utiles pour toute étude de la Première Guerre mondiale du point de vue des perceptions et de l'Histoire des idées.

• JEGER Isabelle, « Si on avait écouté Jaurès ». Lettres d'un pacifiste depuis les tranchées, Éditions Privat, Destins de la Grande Guerre, 2014.

• GUILOINEAU Jean, Guerre à Mende. Journal de l'arrière front 1914-1918, Éditions Privat, Destins de la Grande Guerre, 2014.

• LAFON Alexandre & MIEGE Colin, Une guerre d'hommes et des machines, Editions Privat, Destins de la Grande Guerre, 2014.

• TRUPHEMUS Serge, Trois frères en guerre. Martin-Laval une famille de Marseille en 1914-1918, Éditions Privat, Destins de la Grande Guerre, 2014.

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