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Auguste, maître du monde, Actium, 31 av. J.-C

auguste cosmeEn cette année du bimillénaire de la mort d'Auguste, les expositions et publications affluent. Auguste en tant que premier empereur de l'Empire romain a frappé l'imagination. Il n'était pourtant pas le mieux placé pour atteindre cette place. La bataille d'Actium le 2 septembre 31 av. J.-C. lui donne définitivement l'avantage sur ses concurrents et la victoire. Pour autant cette bataille a-t-elle été si décisive ? C'est à cette question que Pierre Cosme, professeur d'histoire ancienne à l'université de Rouen et spécialiste de l'histoire militaire romaine, tente de répondre dans son nouvel ouvrage Auguste, maître du monde, Actium, 2 septembre 31 av. J.-C publié aux éditions Tallandier à la suite de nombreux autres ouvrages d'histoire militaire dont certains ont été recensé par Histoire pour Tous.

 

Une analyse claire des enjeux, des acteurs et des forces en présence

Le premier chapitre de l'ouvrage dresse un portrait de la décennie précédant la bataille entre Octave et Marc Antoine. De l'établissement du second triumvirat à la conquête de l'empire parthe et à la lutte contre Sextus Pompée, la pleine compréhension des événements est nécessaire pour comprendre les atouts et les faiblesses de chaque camp. Ce panorama permet d'éviter le récit téléologique qui mènerait inévitablement à la victoire d'Octave. L'auteur parvient bien à retranscrire l'incertitude de cette période : Octave n'était pas certain de l'emporter. Le jeu politique précédant la rupture n'est pas absent de l'ouvrage. Le second chapitre s'attarde sur les différents croissants entre les deux triumvirs menant à la rupture finale. Les chapitres suivants s'attardent sur les forces et les motivations de chaque camp et leurs objectifs dans ce conflit sont très bien explicités. L'auteur montre bien que les deux triumvirs avaient des difficultés similaires : Marc Antoine en s'octroyant l'Est hérite de provinces qui ont des difficultés économiques croissantes suite aux conflits des dernières décennies tandis qu'Octave en mettant en place une fiscalité lourde doit faire face à des troubles qu'il réussit à contenir grâce à des manœuvres politiques habiles. Chacun des deux camps mobilise aussi bien ses forces militaires que politiques et tente de gagner la bataille à Rome. Très vite, une partie du débat tourne autour du rôle de Cléopâtre auprès de Marc Antoine. Un certain nombre de partisans de ce dernier ont compris très tôt qu'elle était un problème politique important manipulé par Octave. L'auteur rappelle que Paul Veyne qui est très sceptique quant à l'utilisation du terme propagande dans l'Antiquité l'accepte dans ce cas précis. La guerre n'a-t-elle pas été déclarée contre elle et non contre Marc-Antoine ?

Cléopâtre, enjeu politique et clé de l'Orient

L'ouvrage éclaire les relations entre Marc Antoine et Cléopâtre sous un autre angle. Si l'histoire d'amour entre les deux protagonistes a fait couler beaucoup d'encre, l'auteur s'en dispense et analyse leur relation d'un point de vue géopolitique. Cléopâtre apparaît comme essentielle pour Marc Antoine : bien que le royaume lagide ne soit pas le seul royaume allié au triumvir, il lui fournit des moyens importants pour frapper la monnaie et son importance s'accroît à la suite de l'échec de la campagne parthique de 36. Cléopâtre fournit également 200 navires et a les moyens de construire une flotte considérable suite à la cession par Marc Antoine de territoires lui permettant de s'approvisionner en bois ou lui offrant des sites portuaires. La conquête de l'Égypte avait déjà été envisagée quelques décennies auparavant mais celle-ci n'eut pas lieu car l'on craignait que certains puissent tirer des avantages consistants de la gestion ou de la conquête de la future province (crainte qui après la conquête perdure et est à l'origine du statut particulier de l'Égypte gérée par un préfet d'origine équestre nommé par l'empereur). Tant que le royaume lagide était faible, il n'était pas nécessaire d'intervenir. Or la situation change avec la politique de Cléopâtre de restauration de la puissance lagide grâce au soutien de Marc-Antoine. Pour autant, l'influence considérable de la reine d'Égypte sur Marc Antoine que les historiens lui ont prêtée est un héritage de la campagne de dénigrement organisée par Octave et ses partisans. De nombreux éléments montrent qu'une grande partie des sénateurs (la majorité selon Plutarque) et certains chevaliers n'étaient pas complètement dupes. En revanche, les avantages d'une conquête sont nombreux pour Octave : écarter définitivement une menace et fournir des ressources considérables pouvant intéresser l'ensemble de la société romaine.

Une bataille décisive

La seconde partie de l'ouvrage est consacrée aux opérations militaires des deux belligérants. Les stratégies utilisées sont replacées dans leur contexte. La stratégie de Marc Antoine d'attirer Octave hors de l'Italie et d'éviter un affrontement direct entre légions n'est pas nouvelle et a déjà été mise à l'épreuve sans succès lors des précédentes guerres civiles. Cependant, le triumvir a un avantage supplémentaire : le soutien de l'Égypte lui offre une profondeur stratégique que n'avaient pas ses prédécesseurs. Il pouvait réussir là où Pompée, Brutus et Cassius avaient échoué. Mais Agrippa, le fidèle amiral d'Octave, décèle les faiblesses de l'ennemi et retourne la situation. En prenant l'initiative, en mettant en place un blocus et en évitant des combats directs, le temps joue pour eux. Les défections dans le camp adverse se poursuivent tout au long du conflit. L'affrontement final aura lieu sur mer à Actium. L'auteur montre bien quels sont les tenants et les aboutissants des actions de Marc-Antoine. La fuite d'Actium n'est pas un acte murmuré par la perfide égyptienne mais la dernière chance pour le camp oriental de s'en sortir. Mais le moral des troupes est de plus en plus faible ce qui fragilise le plan conçu. La défection de Quintus Dellius sonne la fin des espérances de Marc-Antoine en révélant le plan à l'ennemi. Le récit de la bataille est clair et mesuré. L'auteur relate la fuite de Cléopâtre tout en se demandant si celle-ci agissait ainsi par opportunisme ou si elle était déjà dans le plan de bataille. Il interroge la perception des acteurs qui ont pu avoir du mal à connaître sur le moment l'issue de la bataille. Le dernier chapitre s'attarde sur les lendemains de la bataille jusqu'à l'avènement du principat.

L'auteur nous offre donc un ouvrage synthétique, clair et précis de la bataille d'Actium. En refusant, l'approche téléologique, il développe beaucoup la stratégie et les objectifs des vaincus en montrant qu'ils n'étaient pas irréalistes. L'anecdote finale illustre bien l'attente et l'incertitude qui a régné en Italie quant à l'issue du conflit. Pourtant, que se serait-il passé si Octave n'avait pas gagné cette bataille ? Pour l'auteur, cela n'aurait pas changé la face du monde car les sénateurs étaient prêts à rallier l'un ou l'autre des deux camps (des antoniens ont participé au fonctionnement du principat). L'ouvrage Auguste, maître du monde, Actium, 2 septembre 31 av. J.-C permet donc de lever une partie du voile qui entoure cette bataille et ravira tous les lecteurs désireux d'en apprendre davantage. Pour les plus impatients, ils peuvent également consulter l'article de notre site sur cette bataille.

Auguste, maître du monde. Actium, 2 septembre 31 av. J.-C, de Pierre Cosme. Edtions Tallandier, mars 2014.

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