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Lumières et révolutions (O. Coquard)

lumièresAprès « L'Ancien Régime » de Jean-Marie Le Gall, la collection PUF « Une histoire personnelle de la France » continue son voyage dans l'époque moderne avec cette fois-ci rien moins qu'un tome englobant les Lumières, la Révolution et l'Empire. C'est l'historien Olivier Coquard qui s'est attelé à cette tâche en apparence impossible : résumer en un peu plus de deux cents pages un siècle d'une des périodes les plus mouvementées, mais aussi les plus passionnantes, de l'histoire de France.

 

Des bornes chronologiques originales

Comme l'explique Olivier Coquard dans son introduction, ce volume rompt avec une tradition historiographique dans le choix des bornes chronologiques. Généralement, la période des Lumières, ou plus simplement le XVIIIe siècle (voire le XVIIe siècle, abordé dans le tome précédent pour cette collection), sont étudiés par les historiens à part de la période Révolution et Empire, ces deux derniers étant parfois aussi séparés, sans parler des coupes plus « thématiques » (tout en étant aussi chronologiques) comme « l'ère des Révolutions » de Jacques Godechot.
L'historien explique son choix par le fait que la Révolution, puis l'Empire, sont « le résultat d'un long travail, celui de la croissance des Lumières ».
L'ouvrage commence donc l'année de la mort de Louis XIV (1715), pour s'achever avec la chute de l'empereur Napoléon (1815).

« Le grand XVIIIe siècle »

La première partie de l'ouvrage court de 1715 à 1763, mais n'est pas construite comme une simple histoire chronologique et politique. Olivier Coquard a préféré traiter cette période par le biais thématique ; tout d'abord, « un temps de croissance », chapitre que l'on qualifiera rapidement d'économique. Vient ensuite un chapitre s'intéressant à l'histoire des mentalités, et qui touche plus directement les Lumières, « Le bonheur et l'énergie ». Enfin, « L'Europe française » est la partie « histoire politique », même si bien d'autres aspects sont abordés.

« L'impossible réforme de la monarchie »

Cette seconde partie continue le règne de Louis XV et se termine au mois de mai 1789, alors que Louis XVI convoque les Etats généraux. C'est évidemment une partie principalement axée sur les difficultés et la crise qui frappent la monarchie dite absolue.
Pourtant, plutôt que de montrer cette période comme une introduction à la Révolution, Olivier Coquard sort d'une vision téléologique (étudier l'avant Révolution en pensant à la Révolution) pour s'intéresser à la complexité de ces années, notamment dans la volonté réelle d'une réforme de la monarchie, d'une adaptation aux idées nouvelles des Lumières et plus largement aux « mutations économiques et sociales » de la France (et de l'Europe) de cette fin de XVIIIe siècle.
La plupart des chapitres sont donc consacrés aux réformes : l'Etat (chapitre II), l'économie (chapitre III), les esprits (chapitre IV). Toutefois, cette volonté de changement se heurte au « talent conservateur » (chapitre V), particulièrement celui de l'Eglise, ainsi qu'au contexte de crise, notamment économique.

« Le temps des révolutions » et « les convulsions nationales »

Les parties suivantes embrassent, dans un cadre chronologique plus connu, puis thématiquement, les révolutions. Un pluriel qui n'a rien d'anodin, Olivier Coquard parvenant ici à montrer la complexité et la diversité des événements qui frappent la France entre 1789 et 1799.
Une très bonne idée pour ouvrir la partie plutôt chronologique, une (courte) introduction à l'historiographie de la période. Ensuite, nous sommes dans un déroulement clair de l'engrenage révolutionnaire : « une monarchie dans l'impasse » (des Etats généraux à la nuit du 4 août) ; « un pays en mutation » (jusqu'au massacre du Champ de Mars du 17 juillet 1791 (et pas 1789 – une coquille s'étant glissé dans l'ouvrage)) ; « une époque tragique mais fondatrice » (chapitre qui s'arrêt avec la Directoire, « République bourgeoise »).
La partie suivante, thématique, s'avère encore plus intéressante. Elle s'ouvre par « la question religieuse », puis continue par deux sujets classiques, mais traités avec l'œil d'une historiographie qui l'est moins : « la violence révolutionnaire » et « la Terreur ». On sort ici, et c'est salutaire, des innombrables clichés sur ces révolutionnaires assoiffés de sang et destructeurs, cette Révolution prémices des totalitarismes du XXe siècle. La violence n'est évidemment pas niée ou minimisée mais contextualisée, de façon très claire.
Enfin, fondamental bien entendu : les conséquences de la Révolution, qu'Olivier Coquard résume dans son chapitre « l'invention d'un monde nouveau ».

« Le granit et le sang »

La dernière grande partie clôt logiquement la Révolution avec l'avènement de Napoléon Bonaparte, puis sa chute, entre 1799 et 1815. Le premier chapitre est surtout chronologique, comme son titre l'indique : « de la dictature à l'Empire ». Plus intéressants, les deux chapitres suivants. Le premier sur les nombreux changements sociétaux et politiques amenés par Napoléon, dans les institutions notamment. Le second, au beau titre (« La démesure tragique »), semble un peu court par rapport aux sujets passionnants qu'il effleure : « la Grande Armée », « l'Europe napoléonienne », ou « la chute et la mémoire ».

En conclusion, ce nouveau tome des « histoires personnelles de la France » que nous propose les PUF présente les mêmes qualités et défauts de ces prédécesseurs : très clair (et notamment très bien écrit, dans un style aisé et agréable, par Olivier Coquard), inspiré par la plus récente historiographie, donnant véritablement envie d'aller plus loin, l'ouvrage passe cependant rapidement sur certains thèmes que l'on aurait aimé plus amplement explorés. Il faut donc le prendre pour ce qu'il est : une excellente introduction à ce « grand XVIIIe siècle » qui a tant compté dans l'histoire de France. Pour approfondir, on s'appuiera sur la bibliographie évidemment proposée en fin d'ouvrage.

O. Coquard, Lumières et révolutions, PUF, 2013, 232 p.

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