Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Livres Essais La guerre romaine (58 av. J.-C. – 235 ap. J.-C.)

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

La guerre romaine (58 av. J.-C. – 235 ap. J.-C.)

la guerre romaineL'armée romaine fascine encore de nos jours. Les fêtes gallo-Romaines, de plus en plus nombreuses en France, permettent aux visiteurs d'avoir un aperçu de ce qu'étaient les légions romaines. Si de nombreux ouvrages sont parus sur le sujet, peu se sont intéressés à la guerre romaine dans son ensemble. La guerre n'est pas seulement une succession de combats mais un moment singulier dans la vie d'une collectivité qui mobilise toutes les sphères qu'elles soient politiques, culturelles, sociales, juridiques ou encore religieuses. Ce sujet vaste est emblématique du renouveau de l'historiographie militaire. Yann le Bohec nous propose dans son ouvrage La guerre romaine (58 av. J.-C. – 235 ap. J.-C.), publiée en 2004 aux éditions Tallandier, une très bonne synthèse sur ce dossier.

 

Une histoire thématique

L'auteur nous propose un panorama de la guerre romaine de la fin de la République à la fin de la dynastie des Sévères. Le choix d'intégrer la guerre des Gaules est fortement lié aux sources nombreuses sur le sujet. Rome doit affronter des ennemis importants tout au long de cette période : les Gaulois, les Germains et les Bretons souvent représentés au cinéma mais aussi les Iraniens et les Juifs moins présents à l'esprit du grand public lorsqu'on évoque ce sujet. La confrontation des différentes guerres menées par Rome apporte des éclairages importants sur le sujet et permet de mesurer le pragmatisme et la souplesse de l'armée romaine. Tout ceci permet à l'auteur de brosser au final un portrait assez fin et complet de la guerre romaine. L'auteur revient souvent sur le vocabulaire utilisé par les Romains ce qui lui permet d'aborder les nombreux points impensés par ces derniers. Ce dernier pont pose aujourd'hui encore un certain nombre de difficultés pour l'historien qui utilise un vocabulaire plus moderne pour décrire des situations passées.

La construction de l'ouvrage

L'ouvrage est divisé en grandes thématiques : l'armée comme institution, l'environnement de la guerre, vers le combat, la stratégie et enfin la tactique. On peut regretter que l'auteur ait eu du mal à masquer le désintérêt qu'il éprouve à décrire les subtilités de l'armée romaine dans le premier chapitre : « Il fallait présenter les unités, la hiérarchie et le recrutement de l'armée romaine pour que l'on puisse comprendre la tactique ». Ce chapitre est très complet mais souffre de l'effet « catalogue » certainement nécessaire pour ce genre de sujet. De plus, l'auteur ponctue son propos de remarques telles que « les cohortes dites equitatae ont donné matière à des débats inutiles » p. 44 ou encore « la cavalerie légionnaire a fait couler davantage d'encre, alors qu'elle ne regroupait [...] que peu d'hommes. » Malgré certaines parties assez laborieuses, le chapitre comporte des parties bien plus plaisantes à lire regorgeant d'informations précieuses et intéressantes. Le chapitre suivant sur l'environnement de la guerre s'inscrit véritablement dans la nouvelle histoire militaire et embrasse de nombreux sujets variés tels que la question de l'impérialisme romain, le contexte social, juridique, politique et religieux mais aussi les réflexions philosophiques sur la guerre. Nous ne développerons pas le contenu des autres chapitres en raison de la clarté de leur titre. L'ouvrage est accompagné d'index et d'un sommaire très développé permettant de trouver ou retrouver un passage plus particulier.

Un ouvrage non neutre

L'auteur emploie un ton très personnel tout au long de l'ouvrage. En effet, il n'hésite pas à critiquer certains historiens ou à critiquer certains points historiographiques. On peut cependant reprocher la brutalité de certaines critiques peu argumentées. Par exemple, aux pages 55-56, l'auteur traite du rôle des empereurs dans la guerre traité, indique qu'« Auguste était un grand militaire, contrairement à ce que l'on a dit », argumente solidement son propos puis aborde quelques lignes plus loin ses successeurs. Il fait une liste des bons et des mauvais empereurs qui ne bouleverse pas réellement les canons historiographiques hormis sur le cas Trajan où il se contente d'écrire « nous pensons que [celui-ci] a été plus un « communiquant » qu'un stratège ». L'empereur n'est pas répertorié dans l'index des noms propres et aucune note de bas de page ne vient compléter ce propos. Il revient en revanche plus tard dans l'ouvrage sur Trajan (pp. 309-310) et écrit que les succès militaires sont relatifs car la défaite des Daces était inéluctable alors que ses échecs sont plus importants. L'auteur ne fait aucune référence à des ouvrages récents sur le sujet et ne semble pas avoir évoqué les Daces à un autre moment (les Daces sont absents du passage dans lequel l'auteur présente les ennemis de Rome). La petitesse du royaume ne peut expliquer à elle seule la facilité de la conquête. Si cet exemple est à nos yeux celui qui suscite le plus de questions, d'autres passages de l'ouvrage sont aussi gênants, comme indiqué précédemment, en raison des remarques rapides et non développées émaillant le texte et laissant le lecteur averti sur sa faim et un quelque peu perplexe.

Malgré certaines réserves, ce livre est très certainement destiné à être un ouvrage incontournable pour une première approche sur le sujet. L'auteur propose un récit complet et dans l'ensemble accessible à tous. Yann le Bohec démontre bien que si l'Empire romain est un empire de la paix, la guerre est omniprésente durant cette période (rares sont les empereurs à ne pas avoir été confronté à une guerre). Mais les Romains n'ont-ils pas été les auteurs de cette maxime : « Si vis pacem, para bellum ».

La guerre romaine : 58 avant J.-C. - 235 après J.-C, de Yann Le Bohec. Tallandier, août 2014.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire