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Le mariage forcé ou Marie-Antoinette humiliée

mariage forceDans cet essai, Jean-Pierre Fiquet propose de résoudre l'énigme des sept années de mariage infécond de Louis XVI et Marie-Antoinette. Les travaux de ces dernières années ont laissé entrevoir un personnage de Louis XVI plus complexe qu'on l'avait longtemps pensé. Il en ressort également un rapport moins simpliste à Marie-Antoinette dont il n'était vraisemblablement pas l'amoureux éperdu et malheureux décrit par nombre d'auteurs.

 

Louis XVI et Marie-Antoinette : couple improbable

C'est en s'appuyant sur cette connaissance que Jean-Pierre Fiquet a fondé sa recherche en s'appuyant sur des archives qu'on nous présente comme inédites. A vrai dire, il s'agit surtout là d'emphase éditoriale car les archives viennoises sur le sujet ont déjà maintes fois été compulsivement consultées et mentionnnées, ne serait-ce que par Pierrette et Paul Girault de Coursac.

L'idée force de Fiquet consiste à montrer que, au début de son mariage, le futur Louis XVI encore dauphin, se serait sciemment refusé à sa femme. En effet, celle-ci ne voulait pas se séparer de l'abbé de Vermond, son ancien précepteur, ce qui importunait son mari. En ne consommant pas son union, le jeune homme espérait pouvoir faire annuler son mariage et renvoyer sa femme en Autriche. S'il est probable qu'il y ait eu là sujet de discorde, s'il est certain que la possibilité d'un renvoi de Marie-Antoinette ait été sérieusement envisagée, cette seule idée est un peu courte pour expliquer une situation qui a duré sept ans, même en expliquant que c'est ensuite la reine qui se serait refusée au roi.

On se retrouve donc avec un ouvrage dont la thèse tient en une page et dont le contenu majeur est constitué de choses bien connues et souvent répétées. C'est d'autant plus fâcheux que ce texte complémentaire révèle une maîtrise défaillante de la méthode historique par l'auteur. A plusieurs reprises, on a le sentiment qu'il privilégie uniquement les informations qui abondent dans son sens au détriment de celles qui les nuancent ou les infirment. Par exemple, il n'hésite pas à prétendre que c'est Choiseul, allié de Marie-Antoinette, qui aurait répandu la fable de la nécessité d'une opération pour le dauphin. Il oublie là que, bien avant Choiseul, Louis XV parlait lui-même de cette éventualité d'une opération dans sa correspondance avec l'infant de Parme. Cette correspondance est pourtant connue par Fiquet puisqu'il la mentionne plusieurs fois.

De la même manière, si Louis XVI était si hostile à Marie-Antoinette, on ne comprend pas pourquoi il ne l'a pas renvoyée effectivement et surtout, pourquoi il prenait si grand soin de donner au public l'image d'un couple uni dont la diffusion était si largement assurée par l'anecdote, les almanachs, les chansons, le théâtre et l'estampe. De fait, c'est là l'une des spécificités des premières années du mariage, Louis XVI est présenté à ses contemporains comme un mari comblé.

On remarque aussi que l'auteur convoque souvent les témoignages de mémorialistes qui ont écrit bien longtemps après les fait et dans un contexte politique différent comme Madame Campan et l'abbé Georgel. Les historiens ont depuis longtemps montré la fiabilité très douteuse des affirmations de la première. En outre, l'auteur connaît relativement mal l'historiographie de la période. Lorsqu'il évoque le pamphlet sur Marie-Antoinettte d'Angelucci que Beaumarchais avait été chargé d'intercepter, il y voit une manœuvre de Louis XVI pour nuire à l'Autriche et à sa femme. D'une part, il oublie de mentionner que ce pamphlet ne ménage pas Louis XVI quand il parle de son « aiguillette nouée » et d'autre part, une lecture de Simon Burrows et de Robert Muchembled aurait fait comprendre à l'auteur que la pratique consistant à fabriquer de faux pamphlets pour faire chanter les puissants était devenue courante et lucrative pour les aventuriers comme Beaumarchais.

Ces défauts paraissent d'autant plus frappants qu'ils sont renforcés par des choix éditoriaux malheureux. La préface est ainsi signée Gonzague Saint-Bris, auteur bien connu d'ouvrages historiques très médiocres. Si personne d'autre ne voulait s'en charger, sans doute valait-il mieux s'en passer. Le sujet, une affaire sexuelle, est sensible, vouloir présenter une théorie novatrice alors qu'on n'est pas historien de métier est tout aussi risqué, aussi il faut vouloir se tirer une balle dans le pied pour y ajouter le nom de Gonzague Saint-Bris. De la même manière, on ne comprend pas les choix malhabiles des citations mises en exergue des chapitres. Que viennent faire ici Les Chroniques de l'oeil-de-boeuf , ouvrage d'anecdotes scandaleuses du XIXe siècle, si ce n'est accroître l'effet de « gaudriole franchouillarde » dont le sujet se passerait bien ?

Notre avis

Malgré de bonnes intuitions, cet ouvrage pèche par une connaissance très fragile de la période, de ses sources et de la méthodologie historique par l'auteur. En se concentrant uniquement sur les toutes premières années du mariage, vues toujours à travers le même prisme, il ne parvient pas à développer une hypothèse convaincante pour résoudre l'énigme du mariage de Louis XVI et Marie-Antoinette.

Le mariage forcé ou Marie-Antoinette humiliée, Jean-Pierre Fiquet, Tallandier, avril 2015

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