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Au Pays des sans-nom (Giaccomo Todeschini)

pays sans nomVéritable catalogue des « infâmes », l'ouvrage de Giacomo Todeschini est une véritable réflexion sur l'exclusion et les codes sociaux de la société du moyen âge à l'époque moderne. À travers ce livre, l'auteur redonne la parole à ces Sans-nom, les oubliés de la grande Histoire.

 

Gens de mauvaise vie, personnes suspectes ou ordinaires du Moyen Age à l'époque moderne

C'est en s'appuyant sur les ouvrages des théologiens, magistrats et législateurs que G. Todeschini catalogue et décrit la condition de ces exclus de la société également considérés comme des infâmes, c'est-à-dire les êtres qui ont perdu leur réputation (la fama) et sont alors privés de droits dans une vie sociale fondée sur l'honneur. Les nombreux extraits de sources présents au sein de l'ouvrage nous montrent la multiplication des débats qui poussent à établir des codes et des classifications entre les individus et les groupes, qui poussent à l'exclusion de la communauté chrétienne. De nombreuses questions ressortent donc de l'ouvrage et font l'objet de véritable débat au sein de la société d'Ancien Régime : faut-il autoriser un sarrasin ou un juif à l'église ? Des domestiques chrétiens dans une maison juive ? Peut-on accepter le témoignage d'un indigent sachant que, précisément parce qu'il est dans la misère, il est corruptible et susceptible d'être animé par un esprit de vengeance ? Les pauvres, d'ailleurs, qui sont-ils ? Des mendiants professionnels, envieux, paresseux, « semblables à des mouches ou à des puces voraces », ou, par religion ou mimétisme, aspirent-ils sincèrement à la pauvreté pour imiter les apôtres ?

G. Todeschini dessine une archéologie de l'exclusion sociale à travers un catalogue d'infâmes composés d'infidèles juifs ou hérétiques, sacrilèges, violeurs de tombes, incestueux, parjures, déserteurs, homicides, calomniateurs « vivandiers du diable », fous, prêtres concubins, d'étrangers, mais aussi de personnes dont la profession est jugée déshonorantes, mais légale, telle que les bourreaux, geôliers, bouchers, chirurgiens, boulangers, prostituées ou encore usurier.

Si les considérations et le tableau social décrit par Todeschini semblent assez lointains et ancrés dans une société dépassée, l'auteur suggère cependant que cette lente construction des modèles sociaux n'est pas étrangère à l'organisation sociale sur laquelle s'est fondé le marché économique ultérieur. En effet, avant même la syntaxe de l'exclusion sociale ou les doctrines abstraites, les premiers vecteurs de la transmission dans le temps de cette logique de l'inégalité, évidente aux yeux des intellectuels du XVIe siècle, furent les difficultés objectives auxquelles allaient être confrontés la majeure partie des soi-disant « citoyens » dans la participation au « marché ». Cette défiance, pesant sur le plus grand nombre, diffusée par les différents langages de la modernité, va produire des formes de conscience et de représentation de soi fortement marquées par l'insécurité et le doute à propos de ce qu'il fallait entendre par « valeur » ou appartenance des individus. Les marginaux, institutionnellement définis comme tels par les sociétés européennes à travers leur stigmatisation en tant que fous, misérables, délinquants, contagieux y apparaitront donc toujours davantage comme la frontière menaçante que la majorité des citoyens a en permanence sous les yeux et qu'elle craint de pouvoir, ou de devoir, outrepasser.

Notre Avis

Véritable ouvrage d'érudit, Au pays des sans-noms de Giacomo Todeschini est un ouvrage riche de nombreuses sources et documents qui l'inscrivent dans une démarche d'histoire sociale, mais aussi d'histoire économique. Cependant, l'ouvrage aurait, peut-être, mérité l'apport de sources plus variées telles que les minutes des procès ou les archives juridiques qui nous auraient certainement permis de comprendre le point de vue de ces marginaux puisque c'est du point de vue des sources officielles que ces personnes de mauvaise vie nous sont présentées. L'ouvrage, bien que brillant, est cependant assez difficile pour un public qui n'est pas familier de la démarche scientifique historique, le manque de vulgarisation peut être un frein bien que le livre mérite d'être connu et étudier par les passionnés de ces questions.

Giacomo Todeschini, Au pays des sans-nom, gens de mauvaise vie, personnes suspectes ou ordinaires du Moyen Age à l'époque moderne, Verdier, mars 2015, 400 p.

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