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Les Furies de Hitler  (Wendy Lower)

Cover furies loverProfesseure d'histoire, mais aussi consultante pour l'US Holocaust Memorial Museum, Wendy Lower s'intéresse dans son nouvel ouvrage au rôle des femmes endoctrinées par l'idéologie nazie pendant la Deuxième Guerre mondiale; les "furies de Hitler".

 

Composition de l'ouvrage

Divisé en 7 grands chapitres, le livre de Wendy Lower aborde d'abord le contexte d'endoctrinement des femmes dans les deux premiers chapitres intitulés « La génération perdue des femmes allemandes » et « L'Est a besoin de vous ». Elle dresse ensuite le portrait de plusieurs femmes sélectionnées et classées par catégories « Les témoins », « Les complices », « Les exécutantes ». Elle s'intéresse enfin à leurs motivations avant de nous dire ce qu'elles sont devenues. Par le biais de diverses sources variées : journaux intimes, correspondances, compte-rendu d'audiences de procès et entretien avec des témoins de ces années sombres, Wendy Lower détermine le rôle essentiel des enseignantes, des infirmières, des secrétaires et des épouses dans les massacres perpétrés par les nazis.

Des femmes actrices de la guerre

Infirmière faisant le salut naziDans les premières années du mouvement nazi, l'idéologie hitlérienne entend redonner à l'Allemagne sa place de grande puissance européenne ce qui passe par la conquête de territoires fertiles à l'est de l'Europe. Les femmes recrutées sont alors envoyées au plus près du front pour soigner les soldats allemands, endoctriner les populations ou travailler dans des entreprises. Nous rencontrons par exemple Erika Ohr, fille de berger et servante dans la maison du pasteur de Ruppertshofen, approchée par les agents recruteurs nazis en 1938 pour rentrer dans les rangs de la Ligue des jeunes filles allemandes. N'ayant pas le choix, elle adhère à l'organisation, mais ne fut pas très assidue aux réunions, travaillant encore au sein de la cuisine de son employeur. Elle fait la connaissance de deux infirmières de la Croix rouge, une rencontre certainement arrangée par le parti nazi, mais qui joua un rôle essentiel dans son avenir puisque dès qu'elle eut 18 ans, en 1939, elle s'inscrivit à l'école d'infirmières de la ville. Sa candidature correspondant au déclenchement des hostilités elle arriva à point nommé et put être formée dès octobre 1940. Elle fut affectée en novembre 1942 en Ukraine.

Le portrait de Ingelene Ivens permet à l'auteur d'évoquer la place des enseignantes à l'Est dans l'endoctrinement des populations. Partie en Pologne en 1942 pour y porter la bonne éducation allemande, Ivens fut formée au métier d'enseignante à Hambourg et fut l'une des centaines de maîtresses d'école que l'Allemagne envoya dans les villages reculés de la région du Warthegau en Pologne pour y enseigner dans des petites écoles à classe unique. Bien que les autorités nazies n'étaient pas favorables à l'envoi de femmes célibataires dans ces avant-postes ruraux, il n'y avait pas d'autre choix. Quels que soient les risquent encourus par ces femmes, les dirigeants nazis étaient décidés à poursuivre leur mission civilisatrice à l'Est et les écoles faisaient partie d'institutions clés permettant de convertir la population à la cause nazie.

Enfin, l'historienne évoque également les plus grandes contributrices aux opérations quotidiennes de la guerre déclenchée par Hitler : les secrétaires et les employées d'administration. Le portrait de Isle Struwe permet de présenter un exemple de parcours de ces jeunes femmes. Aux obsèques de sa mère, à 14 ans, Isle rencontra trois jeunes filles, membres de la Ligue des jeunes filles allemandes, qui lui firent forte impression et l'invitèrent à les rejoindre. Battue par un père grossiste en fruits et légumes et membre du parti nazi, elle se rendit compte avec l'âge qu'il existait des moyens d'échapper au joug familial et au village. Elle partit s'installer à Berlin pour y faire ses études et apprendre le métier de secrétaire malgré les réticences de son père qui voulait la marier. Elle chercha un emploi au service de l'armée afin de fuir l'autorité paternelle. Elle fut envoyée dans des bureaux à Paris en 1940, puis en Serbie en 1941 et en Ukraine en 1942. Elle devait ouvrir le courrier, taper des rapports à la machine et publier et transmettre des documents et communiqués aux postes de la Wermarcht. Représentante des 500 000 femmes auxiliaires militaires du Reich, qui avaient pour rôle d'assister l'armée de terre, l'armée de l'air et la marine, Isle fut également, comme 200 000 de ces femmes, envoyée dans les territoires occupés.

Des catégories de femmes

Meseritz-Obrawalde Euthanasia en 1945Parmi ces femmes, beaucoup entendent participer au régime nazi soit en tant que témoins des atrocités nazies. C'est le cas de Erika Ohr et Isle Struwe qui assistèrent à des massacres de juifs en Pologne les traumatisants en partie. Ces évènements, elles ne les approuvèrent pas, mais ne purent pas les empêcher non plus ce qui fait d'elles de simples spectatrices des crimes nazis.

Ces femmes ne furent pas des cas exceptionnels, elles le devinrent après la guerre puisque peu d'entre elles s'exprimèrent sur les atrocités dont elles furent témoins. Toutefois, si la figure de l'exécutant est souvent masculine, de nombreuses femmes ont également été complices de ces actes ou parfois exécutantes. Ce fut le cas de Liselotte Meieir, la concubine et secrétaire de Hermann Hanweg, chargé de rendre la région de Lida Judenfrei, libre de la présence des juifs. Les femmes travaillant dans les bureaux SS préparèrent en effet des milliers de rapports sur les Einsatzgruppen ou la Solution finale. Himmler considérait également que les femmes constituaient une force de travail décisive dans la mise en œuvre de son programme génocidaire. Les secrétaires Liselotte Meieir se trouvaient au centre de la machine génocidaire nazie et comme beaucoup d'autres elles choisirent de tirer profit de la proximité qu'elles entretenaient avec le pouvoir et de participer au pillage par toutes sortes de moyens pervers.

Il ne faut pas oublier d'ajouter à ce tableau les exécutantes. Toutefois, la première des criminelles nazies ne fut pas la gardienne de camp de concentration, mais l'infirmière. En effet, les opérations génocidaires planifiées par le pouvoir central ne commencèrent pas dans les chambres à gaz, mais dans les hôpitaux du Reich et les premières victimes furent les enfants. Pendant la guerre, des infirmières administrèrent à des milliers de nourrissons mal formés ou à des adolescents infirmes des surdoses de barbituriques, des injonctions létales de morphine ou les privèrent d'eau et de nourriture. Les exécutions massives de patients dans les hôpitaux psychiatriques sont également bien connues des historiens comme celui de l'asile de Meseritz-Obrawalde, une ville située à la frontière germano-polonaise. Entre 1942 et 1944 des transports affrétés depuis 26 villes allemandes y arrivèrent. Ceux qui partirent de Hambourg en 1944 transportèrent 407 patients handicapés, dont 213 hommes, 189 femmes et 5 enfants. Peu survécurent. Les infirmières qui avouèrent le meurtre des patients de Meseritz donnèrent les détails sordides de l'exécution donnant à la Solution finale un aspect de véritable politique d'État.

Notre avis

femmes-nazies-jugees-en-1946-a-luneberg 5381883Les portraits de ces femmes nous plongent au plus près de l'horreur nazie. Tantôt témoins, coupables ou exécutantes il est toutefois délicat d'expliquer leurs gestes aujourd'hui. Si l'auteur tente de comprendre le pourquoi de leur participation, il reste qu'après-guerre elles furent bien souvent excusées ou considérées comme avoir été dans l'obligation d'obéir aux ordres. Ces suppositions ne leur donnèrent pas nécessairement de place sur le banc des accusés et ce qui explique qu'elles furent, la plupart du temps, acquittées. On sait néanmoins aujourd'hui que les femmes ont participé activement au IIIe Reich.

Si les motifs individuels évoqués par Wendy Lower sont divers et variés, les scientifiques s'accordent la plupart du temps à dire que l'environnement est le facteur le plus important dans le comportement génocidaire. Nombreuses furent les personnalités et les professions qui contribuèrent au fonctionnement et à l'expansion de la machine de destruction nazie. Si ce fut une invention allemande, elle ne fut pas manœuvrée uniquement par des Allemands puisque beaucoup d'autres, qui ne l'étaient pas, contribuèrent et se montrèrent tout aussi opportunistes et antisémites qu'eux.

Il est toutefois à noter que la richesse de l'ouvrage de Wendy Lower est incontestable ! Les portraits présentés permettent de donner une nouvelle place aux femmes dans l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et notamment de l'idéologie nazie. Bien loin de la simple figure de femme soumise aux ordres nous pouvons voir que leurs choix furent souvent les conséquences de parcours aussi divers que varié et s'inscrivent dans une véritable logique d'endoctrinement perpétré par les nazis. Ce livre ravira tous les passionnés de cette période qui cherchent un nouvel éclairage sur le rôle des femmes dans la solution finale. Il correspond également aux nouvelles logiques historiques en matière d'histoire des femmes et du genre, car si les femmes furent souvent les grandes oubliées de l'histoire Wendy Lower leur redonne ici une place au sein de l'histoire allemande.

Les Furies de Hitler , de Wendy Lower. Texto, 2016.

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