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Les Grecs, les Arabes et nous (collectif)

grecs-et-nousSouvenons-nous de la polémique de l’année 2008 qui avait enflammé le pourtant très austère milieu des médiévistes français : Sylvain Gouguenheim, un spécialiste de l’Ordre Teutonique, affirmait dans son ouvrage « Aristote au Mont Saint-Michel », que l’Occident ne devait finalement pas grand-chose aux musulmans dans le transfert du savoir grec. Il allait bien plus loin en insistant sur, selon lui,  l’incompatibilité entre la langue arabe et une possible compréhension de la philosophie grecque dans toute sa complexité…

Le débat avait été vif mais le malaise certain : après avoir été publié dans une grande maison (au Seuil), Gouguenheim a d’abord été ardemment défendu par une partie non négligeable des medias, et pas seulement de droite, avant d’être récupéré par l’extrême droite sans que cela ne semble le gêner plus que ça ! Il était salué pour mettre fin à un soi-disant mythe, imprégné de « bienpensance », qui voyait dans l’Islam une sorte de messager idéal et tolérant à qui nous devions tout dans notre connaissance de la sagesse grecque…Les spécialistes de la question, qui firent tribune sur tribune pour protester mais aussi pour tenter de répondre à la thèse de Gouguenheim furent le plus souvent méprisés. Ils n’étaient que des rats de bibliothèques obtus et « staliniens » (même Le Goff a fustigé les attaques contre Gouguenheim !), alors qu’enfin l’historien martyr faisait tomber la légende de cet Islam des Lumières duquel nous étions redevables.

Les grecs, les arabes et nous

Cet ouvrage collectif entend avant tout répondre à Gouguenheim, mais aussi revenir sur la polémique et sur ce qu’elle a montré bien au-delà du domaine parfois un peu poussiéreux (ou vu comme tel) des médiévistes.

Décliné en trois parties (« Tabula Rasa », « De Mahomet à Benoit XVI », « La discipline historique »), il détaille d’abord la polémique elle-même, en démontrant que les enjeux vont bien plus loin que de sombres débats entre spécialistes, débordant jusqu’à l’idéologie et la politique, où la science est instrumentalisée à des fins plus que douteuses. Puis, les auteurs entreprennent de démonter point par point les « thèses » de Gouguenheim (tout en montrant qu’il a aussi enfoncé beaucoup de portes ouvertes), en terminant sur les enjeux et les difficultés de l’enseignement de l’histoire de l’Islam aujourd’hui et de la remise en question de certains concepts gravés dans le marbre, comme la notion de civilisation de Braudel.

Si certains articles peuvent sembler particulièrement pointus voire âpres pour les non-connaisseurs, il ne faut pas hésiter à faire l’effort tant les enjeux sont importants, surtout dans le contexte actuel.

Car à l’avenir, le risque est de voir d’autres ouvrages de « vulgarisation » tel cet « Aristote au Mont Saint-Michel » être édités et diffuser cette « islamophobie savante » qu’évoque le sous-titre du présent ouvrage. On conclura par une boutade : « Les Grecs, les Arabes et nous : enquête sur l’islamophobie savante » a été aussi bien accueilli par la critique que le livre auquel il répond. Espérons qu’il aura le même succès…

Extrait de la préface :

« Aristote au Mont-Saint-Michel développe une vision du monde qui s’insère très précisément dans la philosophie de l’histoire sarkozyste à la rencontre de trois axes majeurs : (1) exaltation de la France toute chrétienne, celui du “long manteau de l’Eglise” jeté sur nos campagnes ; (2) revendication assumée de l’“oeuvre positive” de la colonisation - puisque la science est, par essence, européenne ; (3) volonté de “liquider” définitivement Mai 68. Et l’on se trouve confronté à ce paradoxe, typique de notre temps, où l’auteur le plus en phase avec la doxa des idéologues officiels - on songe à celui qui, aux premiers jours de la Restauration (26 juillet 2007), composa l’inoubliable discours de Dakar - est décrit comme un parangon d’indépendance et de courage par diverses crécelles médiatiques. (...)

Les Arabes sont des Arabes, dit l’islamophobie savante, de peur qu’eux aussi ne soient grecs, comme nous le soutiendrons. Cela ne se dit qu’à la troisième personne : “eux les Arabes”, ceux qu’on désigne de loin, des banlieues aux universités, sur tout le trajet de l’islamophobie savante. Qui aujourd’hui peut dire : “Nous les Arabes” sans s’attirer les pires soupçons ? Raison de plus, aujourd’hui, pour que nous le fassions. Les Grecs, les Arabes. Et nous ? Nous les Grecs, bien sûr. Nous les Arabes pas moins. Mais nous les Latins, aussi bien que nous les juifs, nous tous les absents de la nouvelle Restauration, nous tous les autres, nous qui n’entrons pas dans les “synthèses”, “hélléno-chrétiennes” ou celles qu’on voudra, nous les composites. »

« Les Grecs, les Arabes et nous : enquête sur l’islamophobie savante », dirigé par Philippe Büttgen, Alain de Libera, Marwan Rashed, Irène Rosier-Catach, Fayard, 2009, 373 p, disponible dans notre boutique

A lire aussi : « Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne », Sylvain Gouguenheim, Seuil, 2008, 277 p.

« L’islam médiéval en terres chrétiennes : science et idéologie », dir. Max Lejbowicz, Septentrion, 2009, 177 p.

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