Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Patrimoine France : Sud-Est Lyon à l'époque des Lumières - Histoire et patrimoine

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Lyon à l'époque des Lumières - Histoire et patrimoine

hotel dieu lyonA partir du XVIIIe siècle, Lyon ne va plus offrir le même visage qu'au temps de la Renaissance. Les fondements de sa fortune et l'équilibre de ses activités ont évolué. L'héritage du passé n'est pas perdu pour autant, mais la capitale du grand commerce et de la banque est devenue une ville intellectuelle foisonnant des idées révolutionnaires et des Lumières. L'espace urbain évolue également, conférant aux élites et à la ville un style nouveau et moderne.

 La mise en place d'une république des lettres

Un centre intellectuel

A l'époque des Lumières, Lyon devient le lieu de passage de plusieurs grands philosophes de son temps et notamment Jean Jacques Rousseau qui séjournera deux fois dans la ville mais n'en fera pas une description très alléchante, la décrivant comme un lieu où « règne la plus affreuse corruption ». Lyon va aussi souffrir de sa réputation de ville marchande et bourgeoise, synonymes d'étriquée pour beaucoup. Léonard Michon, un notable et échevin de la ville, pointe le côté peu intellectuel de ses concitoyens et Lamartine n'hésitera pas à renchérir en affirmant « cette ville est une des moins intellectuelles des villes de France parce que son génie industriel et mercantile se tourne tout entier vers le travail ».

Jean-Jacques RousseauPourtant, il y a bien une vie intellectuelle au cœur de l'ancienne capitale des Gaules. Lyon ouvre en 1731 la première bibliothèque publique tandis que les bibliothèques privées se multiplient. La ville fait édifier un théâtre à l'italienne en 1756 qui est dirigé successivement par deux femmes. C'est également à Lyon que Rousseau s'improvise compositeur lors de son dernier séjour en 1770, là également qu'on y donna sa première représentation de Pygmalion joué avec le Devin du Village. L'académicien Charles Bordes fut un adversaire de Rousseau et l'Académie qui fut créée en 1700 par Claude Brossette fût le théâtre de débats, sur l'éducation, l'enseignement technique ou encore la peine de mort.

Lyon fût également une ville scientifique, la médecine progressa notamment grâce à l'Hôtel Dieu dont l'aménagement va réduire la diffusion des maladies, tandis que la première école vétérinaire du monde y fut créée en 1761. Elle est un centre botanique, un creuset d'expériences et vit naître le pyrographe, premier bateau à vapeur en 1783, ou encore les premiers essais de vols habités entrepris par les frères Montgolfier en 1784. Le sulfureux Mesmer fit aussi un passage, nourrissant la passion de la cité pour l'occulte. Lyon a enfin la réputation d'une ville maçonnique, la franc maçonnerie connut un essor dans les années 1730-1740. La ville a donc su aussi faire commerce d'idées et comme le disait si bien Voltaire « Le commerce des pensées est un peu interrompu en France, on dit même qu'il n'est pas permis d'envoyer des idées de Lyon à Paris ».

L'instruction du petit peuple

Charles DemiaLes élites intellectuelles sont donc présentes au sein de la ville mais elles ont également pour vocation d'instruire les pauvres. En 1667, Charles Démia, un prêtre originaire de Bourg, ouvre la première école gratuite à destination des enfants issus des familles les plus pauvres de la ville. Son enseignement, bien que religieux, est une véritable innovation pour l'époque et semble relativement moderne. Le prêtre a, en effet, pour vocation d'enseigner aux petits garçons et aux petites filles la lecture, l'écriture et parfois l'arithmétique qui sont des matières considérées comme utiles et leur permettant ensuite de s'élever socialement. La pratique est cependant toujours inscrite dans la religion catholique et les textes étudiés le sont également.

Charles Démia veut, par la création de ces petites écoles, permettre aux enfants de sortir de la sphère sociale dans laquelle ils sont inscrits et leur permettre de trouver un emploi honorable qui les sortira de la rue et de la misère. On fonde alors les écoles de travail qui mettent les enfants en apprentissage chez des ouvriers, marchands ou commerçants qui vont leur apprendre les rudiments de leur métier.

Mais le prêtre a bien compris que pour bien éduquer les enfants il faut aussi former les enseignants. Il fonde alors en 1680 la communauté des sœurs de Saint Charles qui forme les maîtresses d'écoles. En matière d'éducation, Lyon est une ville innovante de par la volonté de ses élites et des autorités religieuses de la ville.

La révolution française

Le siège de Lyon

massacres de Lyon 14 décembre 1793Sous la Constituante, Lyon devient chef-lieu du département de Rhône-et-Loire, qui sera scindé en deux après l'insurrection lyonnaise. Pendant la Révolution française, Lyon prend en 1793 le parti des Girondins et se soulève contre la Convention. La ville subit un siège de plus de deux mois avant de se rendre. La répression de la Convention est féroce. Le 12 octobre 1793, le conventionnel Barère se vante de son succès en ces termes « Lyon fit la guerre à la liberté, Lyon n'est plus ». Lyon prend ainsi le nom de Ville-affranchie. Plus de 2 000 personnes sont fusillées ou guillotinées, et plusieurs riches hôtels particuliers autour de la place Bellecour sont détruits, tout comme le château de Pierre Scize.

Conséquences

Le 21 août 1794, la Convention nationale envoie à Lyon deux représentants, Louis Joseph Charlier et Pierre-Pomponne-Amédée Pocholle, pour réorganiser la ville et le département après les excès de la répression. Ils obtiendront notamment que la ville reprenne son nom. La prise de pouvoir par Bonaparte est perçue favorablement, comme la fin de la période noire et le retour à la paix civile. Le Consulat et l'Empire favorisent l'industrie de la soierie et portent intérêt aux inventions de Jacquard. Bonaparte fait désigner son oncle Joseph Fesch au siège archiépiscopal en 1802.

En 1804, est lancé un projet de palais impérial à Lyon (comme dans les autres grandes villes de France). En 1811, une lettre du duc de Cadore, alors ministre d'État, précise : « le palais impérial sera élevé sur la gare d'eau, le jardin sera dans la presqu'île, entre les deux fleuves, jusqu'au pont de la Mulatière ». Mais le projet n'aboutira jamais à cause des guerres dans toute l'Europe. Lyon accueille favorablement Napoléon Ier lors de son retour de l'île d'Elbe, le 10 mars 1815. Ce dernier dira, avant de repartir vers Paris : « Lyonnais, je vous aime ». Cet accueil vaudra à Lyon une réaction royaliste lors de la seconde Restauration.

L'évolution de la ville

Evolution urbaine

Au xviiie siècle, la ville de Lyon est à l'étroit dans ses frontières historiques. En effet, la ville se limite à l'actuelle presqu'île et au Vieux Lyon. Les pentes de Fourvière et de La Croix-Rousse sont inconstructibles, car il s'agit de terrains appartenant à l'Église, et la rive gauche l'est également dans sa grande majorité (à l'exception du faubourg de la Guillotière), car elle est située en zone inondable (Brotteaux). C'est ce qui explique l'habitude des immeubles lyonnais de l'époque à gagner en hauteur.

Deux personnes vont mettre en place des plans pharaoniques pour agrandir la ville de Lyon. Morand, tout d'abord, prévoit d'assécher une partie des marais de la rive gauche et de lotir ces terrains suivant un plan en damier. Il relie ce nouveau quartier à la Presqu'île par un pont, le pont Morand. Le deuxième projet est celui de Perrache, qui projette de doubler la surface de la presqu'île en l'étendant au sud. Il mettra ce projet à exécution, mais n'eut pas le temps de le lotir et le quartier projeté ne fût pas construit.

LHôtel-Dieu et le pont de la Guillotière à la fin du XVIIIeJacques-Germain Soufflot est chargé de la construction de la façade de l'Hôtel-Dieu en 1741, édifice qui deviendra une référence aussi bien en matière d'architecture que d'hygiène. D'un point de vue patrimonial, sa désaffectation récente en a inquiété plus d'un, d'autant que l'avenir de son musée n'est toujours pas assuré. Soufflot fournit en outre les plans pour la reconstruction, entre 1747 et 1749, de la Loge du Change, puis conçut le premier théâtre « en dur » de la ville, élevé entre 1754 et 1756, pour lequel il s'inspira de modèles italiens. Il joua aussi un rôle important dans des opérations immobilières privées comme l'aménagement du quartier Saint-Clair sur la rive droite du Rhône.

Pouvoir consulaire

Au cours des deux siècles d'absolutisme royal, l'administration de la ville passe entre les mains des officiers royaux : d'abord les gouverneurs (recrutés notamment dans la famille Villeroy), puis lorsque ceux-ci résideront plus souvent à la Cour qu'en province, les Intendants (voir également la liste des prévôts des marchands de Lyon).

Le pouvoir se partage alors entre l'Église (Lyon garde le prestige du primat des Gaules), le Consulat (pouvoir municipal qui se compose à partir de 1764 d'un prévôt des marchands, de quatre échevins et de douze conseillers) et le Roi, dont les représentants sont le Gouverneur et l'intendant.

Vue de Lyon prise du quai St AntoineA Lyon, l'importance des Jésuites est également soulignée, avec le Collège de la Trinité qui forma les élites lyonnaises la ville n'ayant pas d'université. Elle possédait cependant une Chambre de Commerce (la troisième de France après celles de Marseille et de Dunkerque), qu'elle reçut en 1702 de par sa place de seconde puissance économique du Royaume.

A l'époque Classique, Lyon connait de grands changements tant au niveau urbain qu'au niveau politique et culturel. Si la ville se voit un moment destituée de sa puissance par la suppression de son nom, elle retrouve aujourd'hui une place importante au niveau national grâce à son inscription dans la modernité.

Pour aller plus loin

- Lyon patrimoine
- Tribune de l'art
- André Pelletier, Jacques Rossiaud, Françoise Bayard et Pierre Cayez, Histoire de Lyon : des origines à nos jours, Lyon, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire,‎ 2007, 955 p.
- Françoise Bayard, Vivre à Lyon sous l'Ancien Régime, Paris, Perrin, 1997, Coll. Vivre sous l'Ancien régime, 352 p.
- Maurice Garden, Lyon et les lyonnais au XVIIIe siècle, Paris, Les Belles-lettres, 1970, 772 p.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire