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Accueil Patrimoine France : Sud-Est Lyon au XIXe siècle : Histoire et patrimoine

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Lyon au XIXe siècle : Histoire et patrimoine

lyonxixeAu XIXe siècle, Lyon connait une évolution considérable et vit ainsi un véritable « âge d'or » économique grâce au commerce de la soie. La ville grandit également considérablement et commence son industrialisation mais elle doit faire face à une population qui se soulève à plusieurs reprises.

 

Luttes sociales et politiques

De 1800 à 1872, la vie politique lyonnaise est extrêmement contrôlée, on craint également les débordements qui ont déjà eu lieu sous la Révolution Française. Après la chute de l'Empire, la ville va exprimer une culture politique radicale, républicaine et socialement modérée, qu'elle va garder jusqu'à la fin de la Troisième République.

L'Insurrection des Canuts

Si la prise de pouvoir de Bonaparte est perçue favorablement, le retour de la monarchie va voir le paysage politique se structurer autour de deux grandes forces : les ultras et les libéraux. Le peuple, totalement exclu de l'espace politique, est avide des idées libérales qui permettent une première émeute à l'annonce des ordonnances de juillet 1830, mais la crise la plus grave reste cependant la révolte des canuts en 1831 et 1834.

La révolte des canutsDans les années 1830, le quartier de la Croix Rousse était un quartier majoritairement ouvrier peuplé d'artisans fabriquant la soie qu'on surnomme les canuts1. En novembre 1831, le contexte économique est morose et la faiblesse de l'activité de la soierie entraine également une baisse des salaires. Les canuts décident alors de demander au préfet du Rhône la mise en place d'un tarif qui permettrait d'éviter une baisse trop importante des salaires.

Les Canuts ne vont pas s'en prendre spécifiquement aux processus d'industrialisation de leur métier, notamment grâce à l'invention de la machine Jacquard, mais vont surtout revendiquer un salaire fixe alors qu'il dépend des négociants qui répercutent les fluctuations du marché à la baisse. Ces émeutes se produisent dans un contexte de révolution industrielle et de libéralisation de l'économie qui dégrade profondément les conditions de vie de ces ouvriers et artisans en les dépossédant d'un savoir-faire et en les reléguant au rang de simple force de travail, ce qui les pousse à s'organiser en vue de contester le nouvel ordre social qui s'instaure progressivement.

Ce soulèvement apparait d'un genre nouveau pour l'époque, il est constitué de travailleurs unis pour l'amélioration de leurs conditions de travail et aura un fort impact en France et en Europe. Les deux révoltes des Canuts servent d'exemples à de nombreuses autres luttes sociales du XIXe siècle et seront réprimées dans le sang.

 L'assassinat de Sadi Carnot

Assassinat sadi CarnotSi les révoltes ouvrières se calment un peu par la suite, notamment grâce au décret du 24 mars 1852 qui a rattaché Lyon aux trois faubourgs de La Guillotière, Vaise et la Croix Rousse, le 24 juin 1894 le président de la République Sadi Carnot vient dans la ville visiter l'Exposition internationale qui se tient au parc de la Tête d'or. Le soir, après un banquet qu'il préside à la Bourse de Commerce, la foule attend sa présence, parmi eux, Santo Caserio, un commis boulanger à Sète ayant pris depuis la veille plusieurs trains jusqu'à Vienne puis ayant fait le voyage à pied de Vienne à Lyon. Au moment où la calèche découverte du président de la République passe devant lui, Caserio poignarde au foie le président en criant « Vive la Révolution » puis « Vive l'anarchie ». Il se fait arrêter et est guillotiné le 16 aout suivant. Le président meurt des suites de ses blessures le 25 juin 1894.

Le contexte du moment est très important pour comprendre cet attentat, en effet, les gouvernements successifs n'ont de cesse de criminaliser l'opposition sociale et les militants autoritaires et en 1892 et 1894 plus de 400 anarchistes sont arrêtés par la police. Sadi Carnot était un président haï par les anarchistes pour avoir notamment refusé la grâce à Auguste Vaillant, auteur d'un attentat à la chambre des députés. Son assassinat oblige la chambre à adopter la dernière et la plus marquante des lois scélérates visant les anarchistes et leur interdisant tout type de propagande.

La mort de Sadi Carnot produit une immense émotion dans le pays qui fit la « une » de tous les suppléments illustrés et donna lieu à un commerce important de portraits, reproductions, biographies et autres. A Lyon, des scènes de racisme vis-à-vis des Italiens se produisent. Le corps du président est ramené à Paris pour des funérailles solennelles en la cathédrale Notre Dame, il est ensuite inhumé au Panthéon le 1er juillet 1894.

Evolutions urbaines et technologiques

L'absorption des faubourgs va permettre l'intégration des industries : constructions mécaniques, industries chimiques etc... qui font que dans les années 1870, Lyon n'est plus une ville de l'activité unique. Ces activités vont elles-mêmes connaitre des évolutions techniques importantes.

L'amélioration de la soierie

ouvrier de lyonLe premier domaine à bénéficier de ces améliorations est la soierie. En 1801, Joseph Marie Jacquard met au point un métier à tisser mécanique, le métier Jacquard, permettant à un seul ouvrier de manipuler le métier à tisser au lieu de plusieurs auparavant. Ceci va permettre une augmentation rapide de la productivité. Durant les deux premiers tiers du XIXe siècle, la production de soie tire la richesse de la cité rhodanienne avec des taux de croissance de 4%. La révolution industrielle pénètre peu la Fabrique qui reste une économie à fort cout de main d'œuvre, c'est pour cette raison que le nombre de métiers passe de 18 000 en 1815 à 30 000 en 1866. Les maîtres de la Fabrique contrôlent entièrement les débouchés de la production et avant 1815 l'essentiel des soies sont vendues sur le continent et dans les cours d'Europe, le circuit se déporte ensuite vers le Royaume Uni et les Etats Unis en raison des hausses douanières.
En 1855, les treize principales entreprises fournissent 43% de la soie tissée dans le lyonnais et en 1867 on passe à 57%. Le monde des entrepreneurs en soie s'élargit régulièrement avec l'expansion de l'activité.

Evolutions techniques à Lyon

Les évolutions techniques à Lyon se manifestent d'abord très tôt par la fondation d'un enseignement technique en 1826 avec l'Ecole de la Martinière. Cette école forme un encadrement qualifié dans des usines où le personnel est déjà bien éduqué puisque le département du Rhône est un des plus alphabétisés en France, mais les besoins en techniciens augmentant, il est créé en 1857 une Ecole centrale lyonnaise et en 1872 une école de commerce.
Les années 1870, et surtout 1880, sont marquées à Lyon par des difficultés économiques importantes. Dès 1877, La sidérurgie connait des pertes de chiffres d'affaires en raison de la baisse du prix du fer et à cela s'ajoute, en 1882, le krach de l'Union Générale qui raréfie le crédit. Lyon sort de ces difficultés à partir de la fin des années 1880 en misant sur de nouveaux secteurs d'activités et durant la vaste » Belle époque » de l'industrie lyonnaise, les investisseurs n'hésitant pas à changer l'orientation de leurs placements pour soutenir des structures nouvelles. Quatre secteurs d'activités sont les principaux acteurs de cette effervescence : l'électricité, la mécanique, la chimie et le textile.

Les Evolutions urbaines

Rue de la RépubliqueDans la seconde moitié du XIXe siècle, l'urbanisme du préfet Claude Marius Vaisse va modifier considérablement la ville. Des travaux d'envergure vont alors modifier la physionomie de la ville avec la création de l'Opéra, du palais de Justice, du palais de la Bourse. Le préfet fait également percer de grandes artères bordées d'élégantes façades « haussmanniennes » et fait procéder à l'aménagement du parc de la Tête d'Or. Les maîtres d'œuvres de ces transformations sont surtout l'architecte en chef de la ville Tony Desjardins et l'ingénieur en chef de la voirie Gustave Bonnet. On rénove également les ponts, on surélève les quais et on aménage trois gares dans les quartiers de Perrache. Enfin, une ceinture de fortifications est entamée en 1830 et construite tout au long du XIXe siècle pour défendre la cité contre les attaques étrangères.
La troisième république va perpétuer cette urbanisation : la création des universités, de la préfecture et de la basilique de Fourvière datent de cette époque.

Les divertissements populaires

Lyon au XIXe siècle c'est aussi l'apparition de divertissements plus populaires, notamment le théâtre de Laurent Mourguet avec Guignol et Gnafron, les cinématographies des frères Lumières ou encore les expositions internationales.

Les Guignols

GuignolLe Guignol est une marionnette française créée à Lyon en 1808 par Laurent Mourguet, alors ouvrier en soie. Les temps étant durs pour les canuts, il décide de devenir marchand-forain pour survivre et utilise un Polichinelle, marionnette en vogue à l'époque, pour attirer la clientèle. Il délaisse rapidement Polichinelle et crée ses propres marionnettes : Gnafron puis Guignol. Ce dernier personnage prend le parti des petites gens et clame l'injustice sociale en dénonçant les bourgeois comme les autorités régionales ou nationales.

Véritable « gazette » populaire, l'engouement de la population pour ces marionnettes se traduit par l'installation d'un théâtre de marionnettes. Dans les spectacles, Guignol représente l'image du lyonnais pudique et laborieux, mystique et travailleur. Il connait un grand succès populaire à partir des années 1830 et à la fin du XIXe siècle, la bourgeoisie lyonnaise récupère ce personnage et transforme ses histoires en spectacle pour enfants.

Le cinéma

Les frères LumièreEn février 1895, Auguste et Louis Lumière déposent la marque d'un appareil servant à la fois de caméra de prise de vue et de projecteur : le cinématographe. Le 22 mars 1895, le public assiste à la première démonstration de cet appareil avec la projection de la « Sortie d'usine ».

Ce processus vise dans un premier temps à concurrencer le Kinétescope de Thomas Edison. Après de nombreuses expérimentations de ce prototype, le cinématographe-type est accompagné, en 1897, d'un modèle simplifié et moins onéreux destiné uniquement à la projection. La production artisanale de quelques rouleaux de pellicule au tout début de 1896, permet le tirage de copies pour l'ouverture d'une salle au 1 rue de la république à Lyon et le tournage de quelques nouvelles vues en attendant la fin de l'installation par Planchon de l'usine de Pellicules françaises. Le tournage et la diffusion de films à grande échelle vont alors pouvoir commencer.

Cette invention est une révolution en ce qu'elle constitue les débuts du cinéma d'aujourd'hui et participe à la diffusion d'une culture populaire.

Expositions internationales

Les expositions internationales sont de grandes expositions publiques tenues régulièrement à travers le monde depuis le milieu du XIXe siècle. La première se déroule à Londres en 1851 puis New York en 1853 et Paris en 1855. Il faut cependant attendre 1872 pour qu'elle arrive à Lyon.

PLan de lexposition universelle de 1894L'exposition internationale de Lyon en 1872 se déroule au sein du parc de la Tête d'Or durant 5 mois puis en 1894, Sadi Carnot inaugure l'Exposition universelle internationale. Ce ne sont pas des expositions horticoles à part entière, puisque l'horticulture et les jardins n'occupent que la moitié de l'espace, elles permettent aussi de montrer la gloire et la puissance de l'empire français sur la scène internationale. Celle de 1872 ne fut pas vraiment couronnée de succès. Dans l'imagerie collective, on retient plus facilement celle de 1894 qui était centrée sur le plan colonial et organisait des « zoos humains » afin de faire connaître aux habitants de la métropole les différents aspects des colonies.

Pour l'époque, ces événements constituent un réel divertissement populaire et on y vient de toute part admirer « la gloire de la France ».

 

Lyon au XIXe siècle est une ville troublée à bien des égards, d'abord sur le plan social puis sur le plan politique mais, malgré ces années de lutte, la ville n'est pas réfractaire au progrès et permet la naissance de nombreuses technologies encore actuelles aujourd'hui comme le bateau mouche ou le cinématographe. Cependant, à l'orée du premier conflit mondial, la vie va changer dans l'ancienne capitale des Gaules.

Pour aller plus loin...

- Site du patrimoine Lyonnais .
- Musée Gadagne et musée des marionnettes du monde.
- Maison des frères Lumière.
- André Pelletier, Jacques Rossiaud, Françoise Bayard et Pierre Cayez, Histoire de Lyon : des origines à nos jours, Lyon, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire,‎ 2007, 955 p.
- Patrice Béghain, Bruno Benoit, Gérard Corneloup et Bruno Thévenon, Dictionnaire historique de Lyon, Lyon, Stéphane Bachès,‎ 2009, 1501 p.

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