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Le mot est aujourd'hui banalisé : argument de vente pour des chanteuses glamour, de la lingerie coquine ou, un peu plus confidentiel, des clubs sexuels pour partenaires dessillés. Le libertinage, on le sait, a un tout autre pedigree. De Vanini à Ninon de Lenclos, de Théophile de Viau à Sade, les libertins furent les chantres de la subversion morale, politique et religieuse.

 

mag histoire 0414Dans les années 1930, un très sérieux professeur à la Sorbonne, René Pintard, consacra plus de 1000 pages à redonner ses lettres de noblesse au « libertinage érudit » : sous ce nom il faisait reprendre vie à un groupe de beaux esprits, savants de haute volée, poètes pourchassés (Théophile de Viau), chrétiens tentés (Gassendi) ou rationalistes radicaux qui, au xviie siècle, se retrouvèrent autour du culte du scepticisme, du refus des dogmes et de la liberté de pensée. Ce travail universitaire s'employait du coup à dresser une barrière étanche entre ces esprits forts et les débauchés des Lumières qui, autorisés par les turpitudes du Régent, auraient laissé libre cours à leurs pulsions les plus viles.On voit les choses un peu autrement aujourd'hui : Stéphane Van Damme met en évidence, la dimension internationale de ce mouvement (dont Paris ne fut qu'un des hauts lieux). Dans l'Europe du xvne siècle, ce sont des dizaines d'hommes - et quelques femmes - qui prirent le risque, parfois physique, d'être accusés de blasphème et d'« athéisme ».

Entre ce défi lancé à la religion, à l'autorité et aux normes, et la liberté des mœurs exista un lien secret mais précoce qui valut à tous l'opprobre et à certains le martyre : c'est bien pour ses épigrammes licencieuses qu'en 1623 Théophile de Viau, brillant poète de cour et libertin érudit, fut condamné à être brûlé vif (il échappa de justesse au bûcher mais mourut de faiblesse trois ans plus tard). La coupure n'est pas si grande avec les philosophes matérialistes du siècle des Lumières qui (même s'ils risquaient gros) éprouvèrent une liberté de pensée qu'ils voulaient absolue en même temps qu'une recherche ouverte du plaisir : les récits pornographiques furent ainsi souvent le véhicule de théories matérialistes.

Les libertins, l'incroyance et le plaisir. Mensuel L'Histoire, avril 2014. En kiosque et sur abonnement.

 

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