S'ils n'ont pas usurpé leur image d'hommes brutaux, les vikings se montrent désormais sous un nouveau jour. Marchands, diplomates, mercennaires ou explorateurs, ils avaient surtout en commun le désir de parcourir les mers pour y chercher gloire et fortune. Entre acculturation et conversion, ils changèrent le visage de l'Europe au milieu du Moyen Age.

 

LHistoire Vikings CouvertureDerrière les mythes et le folklore, il y a une histoire de trois cents ans - celle de quelques milliers de paysans, artisans ou pêcheurs de la Scandinavie des côtes, celles du sud de la Norvège, du Dane­mark et du Jutland, qui, au vme siècle, guidés peut-être par des chefs aux appé­tits nouveaux, équipent de voiles leurs navires à tête de dragon (« drakkar ») pour partir de plus en plus loin et s'enri­chir par tous les moyens. Ils sont pirates et prédateurs. Mais ils sont aussi com­merçants. Le souvenir des raids contre les abbayes dont ils convoitaient les tré­sors masque la réalité d'échanges plus pacifiques qui firent, entre le vme et le xie siècle, des mers du nord de l'Eu­rope une autre « Méditerranée ». Dans ces ports actifs aujourd'hui disparus (Kaupang), s'échangeaient le hareng, les fourrures, les esclaves, l'ambre, le verre, le vin, l'or et surtout l'argent dont les hommes du Nord raffolaient. Sur ces sociétés cosmopolites, nous possédons des témoignages de toutes sortes, no­tamment archéologiques.

Bien plus : la prétendue « découverte de l'Amérique » (en fait l'installation bien réelle de quelques-uns de ces aven­turiers à Terre-Neuve ou au Groenland) occulte d'autres installations plus déci­sives auxOrcades, en Islande, en Angle­terre, en Russie et finalement dans toute l'Europe. Ils y ont fait souche, ils s'y sont intégrés, traitant avec les puissants (à Londres, Novgorod ou Constantinople) et épousant les jeunes filles des aristo­craties locales.

Ces « Normandies » plus ou moins éphémères, ces échanges à longue dis­tance ont laissé souvent plus de souve­nirs que de vraies traces. Mais la carte de cette diaspora, de son imprégnation sur les régions côtières (que révèle au­jourd'hui l'archéologie) de la Finlande ou de l'Estonie à Barcelone, de ses routes remontant les fleuves à la ren­contre de routes plus terrestres, dessine les contours d'une Europe familière mais inversée dont le cœur actif, pour une fois, était au nord. 

Les vikings, une saga européenne. Mensuel L'Histoire, novembre 2017. En kiosque et sur abonnement.