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L'uchronie historique et militaire est une quasi-discipline en vogue qui propose de nombreux scenarii alternatifs de moments clefs de l'histoire. Au dela des speculations souvent tres sérieuses et réalistes, c'est une excellente occasion pour mesurer les enjeux et le contexte d'un évènement majeur ou d'une bataille décisive. Le 3eme hors-série du magazine Guerres et Histoire propose ainsi 20 uchronies militaires. Et si Grouchy était arrivé avant Blücher...

guerres et histoire hs 3

L'Histoire est l'étude du changement. S'il ne se passait rien, il n'y aurait pas d'Histoire. Mais pourquoi y a-t-il du changement? Sont-ce les décisions des hommes, ou la célèbre et indescriptible « force des choses », qui produisent le changement? L'idée d'un événement his­torique entièrement intelligible parce qu'entièrement déterminé n'a plus la cote depuis longtemps. Elle suppose, en effet, soit que les acteurs sont conduits à leur insu par des forces aveugles autant qu'irrésistibles, soit, à l'inverse, qu'ils décident en toute connaissance de cause, c'est-à-dire avec la meilleure information possible. La guerre, la bataille sont des événements qui obéissent à la décision d'un homme ou d'un groupe d'hommes. On déclare la guerre, on cherche, on accepte, ou on refuse la bataille. Et ce « on », c'est quelqu'un de chair et d'os. Ce n'est pas « le capitalisme », ou « le fascisme » qui veulent la guerre; c'est Guillaume II, Poincaré ou Hiüer. La bataille, quant à elle, n'est pas non plus un problème d'échecs où, les positions de départ et le classement des deux joueurs étant connus, on en déduirait l'issue avec 99,99 % de probabilité. Quel général sait tout du dispositif, de l'état et des intentions de son adversaire ? Lequel peut être certain que l'action sur le terrain suivra le plan qui s'affiche dans sa tête ? Clausewitz a beaucoup insisté sur ce surgissement de l'imprévu, du contingent, du hasard, tous impondérables qu'il rassemble en cette force folle, « qui rend difficile la plus simple des choses », la friction. Voilà pourquoi la guerre, la bataille, constituent l'un des champs privilégiés de la réflexion uchronique.

Mais, à son tour, la question la plus simple devient la plus difficile: et si Napoléon avait gagné à Waterloo ? Eh bien quoi ? Aurait-il repris son trône, sa femme et son fils ? La rive gauche du Rhin ? Ou bien aurait-il été battu ailleurs, tôt ou tard, et sa victoire au Mont-Saint-Jean n'aurait été qu'un petit tour de piste supplémentaire ? On l'aura compris, ce hors-série n° 3 de Guerres&Histoire sur les uchronies militaires interroge surtout, mais pas seulement, la notion de « bataille décisive », à laquelle Benoist Bihan consacre un article théorique important. Nous avons demandé à quatorze auteurs d'écrire, libre­ment, une ou plusieurs uchronies sur un sujet qu'ils dominent. Que le lecteur adhère, ou pas, à telle ou telle hypothèse de nos plumes n'est finalement pas l'essentiel. Ce qui se joue c'est bien le problème de la causalité en histoire, du démêlage de l'écheveau des causes premières et secondes, majeures et mineures, structurelles ou non, comme on voudra. Pour ne prendre qu'un seul exemple de ce démê­lage, révérence oblige au centenaire: quelle aurait été l'issue de la Première Guerre mondiale si les États-Unis n'étaient pas intervenus auprès de l'Entente en 1917 ? La réponse de Michel Goya vaut son pesant de dollars, et montre tout l'intérêt de l'uchronie sérieuse : la même, mon général !

Et si... ça c'était passé autrement ? Guerres & Histoire, hors-série n°3, novembre 2017. En kiosque.