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« Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage » écrivait Du Bellay au XVIe siècle. Le voyage a déjà une longue histoire à cette époque. Des voyages homériques à Marco Polo, les récits plus ou moins imaginaires ont forgé les consciences des rivages de la Méditerranée. Le dernier numéro des Dossiers d’Archéologie nous propose dans ce nouveau numéro 387 d’aborder ces questions à travers des éclairages littéraires, artistiques, scientifiques et archéologiques sur ce vaste sujet de recherche de la période antique au Moyen Âge.

De l’Antiquité

La première partie est consacrée aux voyages antiques. Le premier article est en quelque sorte une introduction qui présente les différents récits de voyageurs. Si ces récits sont des sources essentielles pour les géographes décrivant des itinéraires (comme Strabon), d’autres sources plus tardives tentent d’aller plus loin en insérant des références littéraires. Pour rencontrer des récits plus personnels, il faut attendre l’époque tardive avec les récits de pèlerins où les lieux bibliques se confondent avec les lieux réels. Gérard Coulon aborde les cartes, itinéraires, indicateurs routiers, bornes milliaires ou privées et documents portatifs comme les gobelets en argent de Vicarello qui permettaient aux Romains de se déplacer dans le vaste empire. Marie-Adeline Le Guennec propose une analyse sur les auberges dans l’antiquité romaine éclairées par les récentes découvertes archéologiques. Situées le long des routes et de plans divers, elles sont reconnaissables grâce à leur large entrée charretière et par la présence d’une cour centrale. Les établissements polyvalents étaient accessibles au plus grand nombre mais l’aristocratie évitait ce type de lieux. Fabien Colleoni nous propose de découvrir les stations routières de la Gaule romaine. Si Ambrussum est la station routière la mieux documentée grâce à ses nombreuses fouilles, un autre modèle plus modeste a été mis à jour ces dernières années : des hôtelleries publiques révélées en Gaule et en Sardaigne pourraient correspondre à ce que les sources nomment praetorium. Le voyage n’était pas un long fleuve tranquille comme le rappelle Catherine Wolff. Bandits, pirates, l’enlèvement ou la mort pouvaient frapper les voyageurs. Certaines stèles nous rappellent ces destins tragiques. Pierre Cosme dessine un rapide portrait du soldat romain voyageur. La villégiature thermale bénéficie d’un article largement appuyé sur le site bien documenté de Baïes. Jean-Marie Kowalski propose un éclairage important sur la représentation de l’espace chez les anciens. Il montre que les connaissances accumulées sont davantage « un collage cognitif » composé d’éléments tels que les fleuves ou les montagnes mais où les dimensions et les caractéristiques de ces derniers importent peu. Ce collage crée une géographie « utilitaire » destinée à faciliter le voyageur et est très éloignée de la géographique physique actuelle.

Au Moyen Âge

voyager dans l antiquite et au moyen Âge pdt hd 4974La seconde partie du dossier est consacrée au Moyen Âge. Éric Rieth traite dans sa contribution de la navigation de la mer Méditerranée au Moyen Âge. Après avoir présenté l’espace navigué avec ses courants, l’auteur aborde les méthodes de navigation qui permettaient la navigation côtière et hauturière. Cette dernière reste cependant marginale à l’époque médiévale. Les croisades sont des voyages importants traités par Simon Dorso. Grâce à l’archéologie, on connait mieux les modalités de ces voyages qu’ils soient maritimes (grâce aux épaves) ou terrestres. Ces derniers, bien que moins connus du fait de l’absence de traces de campements, peuvent être appréhendés par les vestiges d’hôpitaux. Humbert Jacomet dresse le portrait des pèlerins médiévaux et de leurs voyages. Cet article très bien écrit utilise de nombreuses sources en particulier hagiographiques et nous fait revivre le tourment et les difficultés de ces hommes. François Blary traite des villes de foires médiévales et en particulier Château-Thierry. Si l’archéologie ne permet pas de voir beaucoup de traces concrètes de ce commerce au long court (mais elles existent), l’auteur réinterprète les espaces vides qui sont intégrés dans les murailles comme des espaces de foires. De nombreuses villes suivent une évolution similaire. Après un focus sur Marco Polo et le Dévissement du monde, le dossier se conclut sur un numéro sur les mutations du récit de voyage à l’aube de la Renaissance. Des récits plus personnels apparaissent mais ne révolutionnent pas la pensée contemporaine. Des « récits aériens » plus fantastiques voient également le jour.

Ce dossier est une bonne introduction sur les voyages de l’Antiquité à l’aube de la Renaissance. La riche iconographie, toujours d'excellente facture, agrémente et enrichit la lecture. La fin des Dossiers d'Archéologie est comme à l'accoutumée consacrée aux diverses actualités. Une loi menace certaines associations de reconstitutions en raison d’un durcissement de la législation sur les armes. Dans le sud-est de l’Inde, la découverte d’objets utilisant le débitage Levallois datant de 385 000 ans remet en cause bien des schémas sur l’arrivée d’homo sapiens dans cet espace, voire sur les techniques utilisées par des hominidés plus anciens. A l’occasion de son ouverture, le musée de la romanité à Nîmes est également présenté. Un bon numéro synthétique et accessible des Dossiers d'Archéologie.

Voyager dans l'Antiquité et au moyen Age. Dossiers d'archéologie, mai 2018. En kiosque et sur abonnement.