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L'ancien ministre de l'Education Nationale, Luc Ferry, était invité à s'exprimer à propos de la réforme du collège, sur l'antenne d'Itélé. Il a également commenté l'actualité, notamment le risque de la destruction de Palmyre par les troupes jihadistes. Cela l'a conduit, par d'hasardeux détours, à affirmer publiquement qu'il y a eu un génocide en Vendée pendant la Révolution. Une sortie qu'a rien d'anodine, et qui pose même de sérieuses questions.

  

Des raccourcis et des détours hasardeux

Dans un curieux parallèle, Ferry a commencé par qualifier le mouvement jihadiste de "moderne" et "révolutionnaire", le comparant à d'autres révolutions, dont la Révolution française. Cela expliquerait leur choix de détruire ce qui les a précédés. Pour argument, il s'appuierait sur le dernier livre d'Abdennour Bidar...

Ce n'est pourtant pas cela, et d'autres grotesques raccourcis, qui nous a frappé dans cette interview. Se prononçant contre une intervention en Syrie, Luc Ferry affirme ceci :

"Quand nous avons fait, nous, notre Révolution, notre Révolution française. Vous savez la guerre de Vendée, ça a pas été beau, c'est le premier grand génocide dans l'histoire de l'Europe. Y a eu 500 000 morts..."

Le journaliste, un peu surpris, lui demande : "Génocide ?"

Ferry : "Génocide, bien sûr, évidemment. Pierre Chaunu a évidemment raison. D'ailleurs plus aucun historien ne le conteste aujourd'hui [...]".

Ces affirmations de Luc Ferry, philosophe peut-être, mais en tout cas ancien ministre de l'Education Nationale, posent un gros problème.Capture décran 2015-05-17 à 21.15.54

Au contraire de ce qu'il dit, l'écrasante majorité aujourd'hui des historiens rejettent le terme de "génocide" pour qualifier les massacres (bien réels) qui ont eu lieu en Vendée, entre 1793 et 1794. Le terme de "génocide" a été popularisé notamment par Reynald Secher, dans les années 80, avec une thèse au jury de laquelle se trouvait Pierre Chaunu. Parmi les historiens qui ont répondu à cette thèse, on peut citer Jean-Clément Martin, ancien directeur de l'IHRF, qui explique que le terme de génocide ne peut être employé dans le cas de la Vendée car "il n'existe pas d'identité vendéenne avant la guerre de 1793. Cela n'a pas de sens d'affirmer que c'est contre une entité particulière (religieuse, sociale...raciale) que la Révolution s'est acharnée".

Mais ce qui est plus encore à noter, c'est que la plupart de ceux qui défendent la théorie du génocide vendéen sont très marqués politiquement. On retrouve ce discours dans la droite catholique et royaliste, contre-révolutionnaire. Régulièrement des députés demandent au Parlement de reconnaître le génocide vendéen. La dernière fois, c'était en 2013, et la proposition des élus UMP a été soutenue par la députée FN Marion Maréchal Le Pen. L'emploi de ce terme sert généralement à "totalitariser" la Révolution française, voire dans certains cas à relativiser le génocide des Juifs.

On peut donc s'étonner que quelqu'un comme Luc Ferry puisse prendre ainsi position, qui plus est en niant la position réelle des historiens. 

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