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Conntable_0Après le Métronome et son adaptation TV, Lorànt Deutsch se lance en tant que co-scénariste dans une collection de bandes dessinées historiques. L’idée phare est de raconter l’histoire d’un personnage bien connu du grand public (Louis XIV, Napoléon…) avec celle d’un de ses contemporains moins connu, mais tout aussi passionnant (Fouquet, Charrette…). François Ier et le Connétable Charles de Bourbon ouvrent donc le bal avec ce premier tome largement attendu au tournant après le débat qui s’était enflammé autour du Métronome. Refusant tout préjugé, Histoire pour Tous porte un œil aussi indépendant et constructif que possible sur ce nouveau projet de l’artiste.


Synopsis

Au soir du 24 février 1525, François Ier, roi de France, a été défait avec son armée à Pavie. Comme il l’écrira lui-même, tout est perdu sauf l’honneur : le roi est fait prisonnier par les Impériaux. À la tête de cette armée impériale se trouve pourtant un Français : Charles de Bourbon. Cet homme fut un des princes les plus riches de France, un des meilleurs combattants auprès de Louis XII et de François Ier lui-même avec qui il avait combattu à Marignan dix ans plus tôt. Comment ce grand personnage des guerres d’Italie, toujours sur la brèche pour repousser les Impériaux, a-t-il pu ainsi changer de camp ? Ce soir là, le roi prisonnier et l’ancien Connétable se retrouvent face à face sous la tente pour d’ultimes explications, se rejetant l’un l’autre la trahison. Charles de Bourbon ne serait-il pas qu’un ambitieux cherchant la main d’une princesse impériale et un duché en Provence ? Où tout ceci n’est-il que la conséquence de la déchéance d’un homme sur qui le destin et le pouvoir royal se sont acharné ? Ses enfants et sa femme emportés par la maladie, ses terres spoliées sous la pression de Louise de Savoie (mère du roi), avait-il d’autres choix que de combattre ceux qui avaient été la cause de son malheur ?

Mais la victoire de Pavie ne brise pas la malédiction qui semble peser sur le Connétable. Marginalisé par François Ier, il est à présent déçu par Charles Quint qui ne l’utilise visiblement que comme un pion. L’espoir d’un mariage impérial s’envole, le duché de Provence n’est plus qu’un mirage, et Charles se retrouve dans le Milanais à la tête d’une troupe de mercenaires qu’il n’a pas les moyens de payer. Abandonné de tous, ne pouvant espérer garder le contrôle de ses hommes qu’en leur offrant un butin conséquent et rapide, Charles de Bourbon marche vers l’apothéose tragique de sa funeste expédition : la prise de Rome.

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Notre avis

Alors que nous prenions en mains cette nouvelle bande dessinée historique, un sticker rappelant que nous avons affaire au même auteur que le Richelieu). De même, si l’insertion de tableaux dans les dessins peut être bénéfique aux détails (c’est notamment le cas pour la chapelle Sixtine représentée en pleine page) le choix de ces tableaux n’est pas toujours judicieux : ainsi voit-on Charles Quint passer devant un tableau qui n’est autre que « La belle dame sans merci » de Sir Frank Bernard Dicksee peint vers 1890… Il est étonnant que Lorànt Deutsch, fortement remis en cause sur le Métronome, ne se soit pas montré plus pointilleux sur ces quelques éléments.

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Passons à présent au scénario, deuxième volet de la bande dessinée. Ce scénario, inspiré sur la forme de la pièce de théâtre « Le Souper » (Jean-Claude Brisville, 1989), est l’œuvre de Lorànt Deutsch lui-même et de Sylvain Runberg (dont le nom n’a d’ailleurs pas le droit à la même taille de police sur la couverture… semble-t-il par choix de l’éditeur). Premier point à l’honneur des scénaristes : nous n’avons pas un scénario manichéen qui aurait opposé le bon roi François Ier à l’obscure traitre du Bourbonnais. Loin de cette image caricaturale, Lorànt Deutsch et Sylvain Runberg ont su nuancer le tableau et dresser un portrait convaincant des deux personnages principaux. La joute verbale qui oppose François Ier au Connétable offre à chacun l’occasion d’exposer sa version des événements, montrant ainsi les raisons et les torts de chacun. Le fil de la conversation nous renvoie dans une série de flash-back nous retraçant les grandes étapes de la vie du Connétable : son éducation par Anne de Beaujeu, son mariage avec Suzanne de Bourbon-Beaujeu, son service auprès de Louis XII et de Henri VIII comme roi de France, l’échec de la campagne de Provence… C’est également l’occasion de faire intervenir d’autres personnages célèbres comme Bayard, et au final les scénaristes réussissent le tour de force de caser toutes les grandes lignes de la vie du Connétable de façon parfaitement fluide et en seulement 56 pages ! On note toutefois l’absence notable de Cellini qui pourtant prit une part importante à la défense du château Saint-Ange et affirma même être l’auteur du coup de feu qui mit fin aux jours du Connétable. Autre omission dommageable : l’aspect religieux du sac de Rome en 1527.

En effet, si l’effervescence dans les rangs des mercenaires non payés est bien rendue dans la BD, il n’est jamais question de l’aspect religieux qui marque le sac de Rome. Rome, siège du Catholicisme, fut à cette occasion saccagée par des mercenaires Protestants qui commirent les pires atrocités. Cet aspect, associé au non versement des soldes et à la mort de certains chefs, est pourtant primordial pour expliquer l’acharnement des soldats de Charles de Bourbon. Or de l’aspect religieux il n’est jamais question, limitée à une vignette montrant des mercenaires pillant une église. Cette vision « a minima » de ce qui fut un des plus grands traumatismes de la Chrétienté ne vise-t-elle pas à finir sur une image plus héroïque, moins entachée, du Connétable mort au combat ? Outre ces omissions, nous avons également été étonnés par une hypothèse douteuse selon laquelle l’acharnement de Louise de Savoie se justifierait par un désir inassouvi du Connétable. Là, le bât blesse et on aimerait bien savoir ce qui justifie cette accusation. Les scénaristes ont-ils tout simplement laissé court à leur imagination pour expliquer une virulence qui ne pouvait pas être gratuite ?

Conntable3bC’est possible, car lors d’une interview pour 20minutes, Lorànt Deutsch annonçait qu’il avait choisi ce support de la bande dessinée parce qu’il « laisse plus de place à l'aspect romanesque de l'histoire ». Il a d’ailleurs tout à fait raison sur ce point, on ne peut pas demander à une BD historique la même précision et la même méthodologie qu’à un ouvrage historique. Le dessin, la reconstitution, sont déjà une interprétation où l’aspect artistique a une place à jouer. Rien n’empêche également de faire une BD de fiction, ou très largement romancée, sur fond historique. L’important est de ne pas chercher à faire passer de la fiction ou du roman pour de l’Histoire. C’est d’ailleurs le vice majeur et récurrent de la bande dessinée historique. Sur ce point, nous ne pouvons que conseiller, comme nous le faisons systématiquement avec d’autres auteurs et d’autres éditeurs, d’associer un petit dossier historique à la BD. Beaucoup le font à présent, de façon plus ou moins réussie il est vrai, mais nous voyons à présent des bandes dessinées finissant sur de succinctes notices biographiques, sur une courte présentation du contexte historique… Certains vont même jusqu’à donner clairement leurs sources en expliquant la part historique de leur scénario et la part qu’ils se sont permis de romancer. Nous pensons que Lorànt Deutsch, à l’initiative de ce projet, devrait creuser de ce côté-là. Ainsi faisant, jouant la transparence, il s’émanciperait des critiques purement historiques. De plus, ces dossiers deviendraient des tremplins entre une BD basée sur l’épique et l’Histoire sous sa forme plus traditionnelle. La collection « Histoires de France » pourrait de cette façon devenir un bon outil de vulgarisation de cette passionnante Histoire de France que Lorànt Deutsch semble sincèrement vouloir faire partager.

Enfin et pour conclure, nous précisons que contrairement à ce qu’il a annoncé lors de diverses interviews autour de la sortie de cette BD, toute critique de son travail ne vient pas uniquement de militants cherchant à faire parler d’eux. Nous le rejoignons au contraire sur cette phrase : « je crois qu’on se bat tous dans le même camp. Pour donner l’envie aux gens d’ouvrir des livres d’histoire » ! Alors si nos remarques peuvent être constructives pour les futurs BD et ouvrages historiques, cela serait bénéfique pour cette « cause » qu’est l’Histoire… « Espérance ! »

« Histoires de France »

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- XVIe siècle : François Ier et le Connétable de Bourbon

Scenario: Lorànt Deutsch & Sylvain Runberg

Dessin: Eduardo Ocaña

Couleur : Luca Merli

Lettrage : Fanny Hurtel

Directeur de collection : Jean-Philippe Salmon

Editions : Casterman, Michel Lafon, Steinkis

 

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