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La Rafale couvertureDans la chaleur moite et la jungle indochinoise un long serpent de fer continue malgré tous les dangers son inexorable marche : c'est La Rafale, le train blindé de la Légion étrangère ! Avec ce troisième tome qui clôt le premier cycle, Cothias et Ordas poursuivent leur saga et nous plongent au cœur de la guerre d'Indochine aux côtés de l'ingénieur Daguet, ancien résistant devenu antimilitariste qui se retrouve en première ligne dans cette guerre de décolonisation. Un tableau tout en nuance, sans manichéisme, accompagné d'un très intéressant dossier historique.

 

Synopsis

Daguet, l'ingénieur des chemins de fer, et son ami le sergent Paco repartent sur les rails du train blindé de la Légion étrangère en Indochine : la Rafale. Mais cette fois-ci la Rafale est chargée d'une mission toute particulière, une mission d'escorte. La Légion va devoir utiliser son train blindé pour évacuer vers Saïgon des civils dont la vie est menacée par le Vietminh : familles de planteurs, religieuses, élèves, professeurs, fonctionnaires des impôts... Paco et Daguet profitent de l'occasion pour envoyer vers la capitale Amalie et My Linh, mais la belle congaï continue à mener un double jeu et à faire peser une lourde menace sur la Légion et ses protégés...Dans un même temps, le passé de Daguet, ex-résistant dans le Limousin, refait surface de façon brutale.

Notre avis

Avec « Terminus Saïgon » (qui fait suite aux « Traverses de Song-Lap ») se clôt le premier cycle de la saga La Rafale. Patrick Cothias et Patrice Ordas continuent à nous présenter l'Indochine coloniale d'une façon tout ce qu'il y a de moins manichéen. Avec eux il n'y a pas de gentils fonctionnaires français et de méchants communistes, plus qu'il n'y a de méchants colons et de gentils vietminhs... Le parcours des personnages est creusé et souvent tourmenté, tant est si bien que chaque « camp » est représenté par une large palette de personnalités des plus différentes. Côté Vietminh l'idéalisme fait parfois place au fanatisme et la guerre d'indépendance prend des airs de guerre civile où l'on terrorise ses propres compatriotes pour obtenir leur soutien logistique. Côté Français, la philanthropie et l'orientalisme ne font pas oublier la ségrégation économique, la domination coloniale... Enfin, dans ce conflit du bout du monde se retrouvent des hommes forgés par la Seconde Guerre mondiale : résistants communistes, soldats allemands, anarchistes espagnols, GI américains... Et cette situation créée des tensions que l'on ressentait depuis le début de la saga, mais qui atteignent leur paroxysme en cette fin de cycle.
Graphiquement, nous resterons sur les appréciations émises lors des critiques précédentes, les dessins de Winoc et la mise en couleur de Nadine Voillat offrent des planches réalistes bien que peu détaillées (notamment sur l'armement) et s'appuyant en amont sur un véritable travail de recherche iconographique dont témoigne par ailleurs les nombreuses photographies d'époque illustrant le dossier final.

la guerre d'Indochine en revenant sur les raisons de leur création, la façon dont ils ont fonctionné, leur rôle tactique, les difficultés rencontrées et le quotidien des légionnaires embarqués. Ce dossier a à nos yeux une importance capitale pour une bande dessinée historique ! Une bande dessinée historique n'est pas toujours un simple livre d'Histoire illustré, elle est souvent, comme Patrick Cothias et Patrice Ordas nous y ont habitués, un savant mélange entre un contexte historique et un scénario purement fictif, mais imprégné et compatible avec l'ambiance d'une époque. En ce sens, le lecteur baigne dans une époque donnée, mais, s'il est néophyte sur ladite période, il se retrouve souvent bien incapable de démêler le savant tricotage de vrai et de faux orchestré par les scénaristes. Deux dangers à cela : croire que tout n'est que fiction ou, à l'opposé, rester sur une vision fictive de l'Histoire. Le dossier est ainsi une passerelle salutaire entre la fiction et l'Histoire que les amateurs du 9e art peuvent franchir avec d'autant plus de plaisir que la lecture de la BD a éveillé leur curiosité pour le sujet traité. Ainsi faisant, les éditions Grand Angle nous offrent une bienveillante vulgarisation historique, une véritable accroche qui appelle un approfondissement de la part du lecteur sur un conflit souvent mal connu de nos contemporains : la guerre d'Indochine. Saluons également le soutient Rafale arbreapporté par la Légion étrangère dans ce projet, elle fut la plus engagée sur ce théâtre d'opérations et se montre toujours attachée à la mémoire de ses combattants.

En définitive, La Rafale continue sur son excellente lignée, brossant les portraits d'idéalistes toujours perdus, car dépassés par la fanatisation des mouvements dans lesquels ils avaient placé quelques espoirs de changer leur pays... Le tout dans un univers de décolonisation qui marque la fin d'un monde et l'apparition tourmentée d'un nouvel ordre mondial.

« La Rafale »

- Les rails rouges (2012)
- Les traverses de Song-Lap (2013)
- Terminus Saïgon (2014)

Scénariste : Cothias et Ordas
Dessinateur : Winoc
Couleurs: Nadine Voillat
Éditeur : Grand Angle

 

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