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Opinions sur les attentats de Paris

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Opinions sur les attentats de Paris

Messagepar Breizh » 14 Nov 2015, 15:05

Bonjour,

Pensées pour les victimes et condoléances pour les familles.

J'en ai marre d'entendre à la télévision du journalisme de faits, bien qu'il est vrai que le journaliste ne peut avoir un esprit plus large, en tout cas vis-à-vis d'événements à chaud, que celui des événements récents. L'historien non plus d'ailleurs même si il sait que pour comprendre des attentats, cela relève d'un travail considérable liant histoire, mémoire, identité... Quoiqu'il en soit, j'ai peur que les gens se fient trop à la télévision pour pouvoir dire qu'ils sachent, qu'ils ont vu, qu'un expert l'a dit donc c'est vrai. Ainsi, il est important d'apporter quelques pistes de réflexion vis-à-vis de ces attentats. Cela ne regarde que moi évidemment, mais échanger serait intéressant.

Ces attaques sont perpétrées par des terroristes. Ce sont des personnes qui ont pour objectif de terroriser les populations. Le terrorisme, c'est l'arme du faible qui peut faire mal. C'est David contre Goliath. C'est une menace qui pèse sur les esprits, c'est une épée de Damoclès psychologique qui pose la question suivante : Tu n'es pas en sécurité ici, vas-tu mourir ce soir ? Je ne peux détruire l'Etat mais je peux le faire saigner.

Le terrorisme, c'est un combat contre les idées, contre les idéologies. Ces meurtrier sont des personnes qui ont des idées et qu'il faut comprendre pour pouvoir les combattre. Ainsi, répondre par la force ne changera rien hormis rassurer les populations. C'est fondamentale évidemment, mas très insuffisant.

Le premier front dans lequel la France doit se battre, et se remettre en question aussi, c'est sur le front intérieur, sociétal, culturel.

Ces assassins s'ils sont Français, ils tuent des Français. C'est à dire qu'ils ne croient plus en leur pays, en leur peuple, une crise morale s'adjoint peut-être à ces actes. La question que l'on doit se poser est donc : Comment des Français en sont-ils arrivés à tuer d'autres Français ?

Epargnons les discours qui caractérisent ces meurtriers comme des non-Français, des musulmans, des arabes et toutes sortes d'amalgames dont on ne comprend pas la logique et qu'il vaut mieux taire. Etre français c'est vivre et partager la culture de notre pays. Ce n'est pas parce que ces personne ont perpétré des attentats qu'elles ne sont pas françaises. Ce n'est pas parce que si elles sont musulmanes islamistes qu'elles ne sont pas françaises.

S'il s'avère que ces Français sont revêtues d'un entraînement militaire et d'un endoctrinement psychologique, l'origine de leurs actions revient à tenter de comprendre leur mal être. Ce sont peut-être des Français qui ne se sentent pas assez Français, qui ne croient plus en la France, qui sont déçu, qui ont une haine envers leur pays. Pourquoi ? Car en comprenant leur mal être, il sera possible de combattre leurs idées et d'adopter les mesures nécessaire pour les réintégrer dans une société dont ils ne se reconnaissent plus.

Loin de moi de vouloir en faire les martyrs, ces terroristes ont tué, ces terroristes ont pris des vie, mais ils sont aussi les maux de notre pays pour lesquels il convient d'y apporter un remède. Ces terroristes sont des gens en mal de vivre, qui ne croient plus en leur pays, qui sont manipulable par des groupes terroristes internationaux organisés et déterminés.

Le second front dans lequel la France doit s'engager avec ses alliés est le champ d'action international.

La guerre n'est pas que militaire mais elle est politique, sociale, culturelle. Il importe de repenser l'action de la France et des pays occidentaux dans le monde. Il convient non pas de critiquer négativement mais de critiquer objectivement les bienfaits et les erreurs que l'on a et que l'on fait dans le monde. Que ce soit le conflit en Syrie, les conflits en Lybie, au Mali sans oublier l'interminable conflit israélo-palestinien, l'exaspération de certains peuples contre la mondialisation et crispation des identités... toutes ces problématiques sont à prendre en considération.

Peut-être, ces groupes terroristes internationaux utilisent ces Français cités plus haut. Ces Français faibles psychologiquement, en quête d'identité personnelle, qui ne se reconnaissent plus en la France. Ces groupes terroristes fournissent entraînement, armements et argents, logistique pour perpétrer ces crimes. Trouver des solutions nationales, reconquérir les coeurs de ces Français perdus, reviendrait à réduire ce vivier français du terrorisme, ce serait couper la source d'approvisionnement française pour les groupes terroristes internationaux. Couper le mal par le racines.

Répondre à la force par la force ne résout rien, il vaux mieux comprendre ce phénomène, ce remettre en question et apporter des réponses constructives.


Pour les professeurs, que faites-vous face à l'élève qui ne comprend pas ? Faites-vous une séance entière sur ce genre d'événement national ? Que leur dites vous pour ce qui se passe ailleurs dans le monde, Beyrouth il y'a peu et dont cela nous touche moins parce que l'événement est plus lointain et souvent constant qu'on en finit par l'ignorer...

Que faites-vous face à des élèves qui disent : " mon père m'a dit que ce sont les Arabes le problème ". Que dites-vous à ce gamin qui bois les paroles de son père, sa représentation paternelle très importante ?
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Messagepar antharic » 14 Nov 2015, 15:58

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Messagepar Breizh » 14 Nov 2015, 16:24

Comment expliquer que, si ces terroristes sont Français, ils ont pu commettre des crimes contre les Français, c'est à dire contre un peuple qui incarne les idéaux de la République ou plus généralement ceux de la démocratie et du respect des droits de l'homme. Tout au moins, en apparence de discours. Peut-être voient-ils un décalage entre le discours humaniste de la République, des Occidentaux en général et les actions de la France (intérieures et extérieures) qui ne leurs paraissent qu'hypocrisies ? Je veux parler de politique intérieure avec les débats sans cesse récurent de l'identité nationale, de l'immigration etc... et ceux de politique extérieure sur l'actions des Occidentaux dans le monde en particulier au Proche et Moyen-Orient...

Par "si ces terroristes sont Français" je veux dire, si ils sont nés en France, ont été accoutumés aux valeurs françaises, comment ont-ils pu être séduits par l'Islam le plus radical, celui que vous montrez. C'est bien un malaise ambiant qui les atteint et les ouvre à trouver refuge dans un endoctrinement qui leur rappelle des origines lointaines, souvent fallacieuses car mal interprétées. Je veux dire par exemple le djihad musulman contre les croisés, etc...

Est-ce que je me trompe ?

Bien que je ne sois pas du tout au courant de ce que sont les différentes voies de l'Islam, ni des différentes interprétations du Coran. Ma réflexion reste limitée par des grandes lignes de force qui pourraient expliquer ces attentats et les moyens d'y remédier à plusieurs échelles nationale, régionale et internationale.
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Messagepar antharic » 14 Nov 2015, 16:50

Je ne comprends pas tout à fait pas votre questionnement car ce schéma où des "Français" s'en prennent aux institutions de la France, à sa civilisation même , ne sont pas nouveaux: on a les anarchistes par exemple au début du siècle.

Nous avons également une forte contestation des valeurs occidentales par les Partis communistes: sans la "guerre froide" et les ordres de Staline, on peut très bien imaginer que ceux ci auraient eu recours à la violence politique. Soulignons tout de même pour la plupart d'entre eux le désir d'intégrer la communauté nationale, notamment après leurs faits de résistance contre les occupations allemandes (Thorez).

il faudra attendre les Brigades rouges ou la Bande à Bader pour voir une terreur rouge dans nos démocraties occidentales, c'est à dire un terrorisme issu d'un autre terreau politique (mais pas idéologique) que le communisme classique.

Avec l'Islam - comme avec le communisme - nous sommes face à un authentique "choc de civilisation qui se déroule à l'intérieur et à l'extérieur de nos frontières. Un projet politico-religieux concurrent depuis des siècles.
les terroristes aspirent à la mort, à devenir des martyrs, tandis que les musulmans "modérés" trahissent le message du Coran, préférant une vie calme et douillette, ou pratiquent la taqqiya (ruse) que leur enjoint de mettre en œuvre le coran lorqu' ils sont minoritaires.
Un autre conflit existe, cette fois ci dans la sphère arabo-musulmane, entre les pays qui adhèrent à la forme moderne étatique (voire progressite, avec la Démocratie) et ceux qui se revendiquent du Califat (al-quaida,ei).

Si les 57 pays de l' Organisation Islamique réclament une charte des Droits de l' Homme correspondant à la charia ,c'est donc que nous n'avons pas tous les même valeurs.
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Messagepar Breizh » 14 Nov 2015, 22:27

A l'échelle nationale, je parle de « terroristes français » car je pense que ces derniers sont originaires de France (je me trompe?) et sont séduits par les doctrines de l'islamisme radicale (lequel?). C'est à dire que ce sont des personnes qui ne sont pas forcément nées avec les convictions radicales qui sont les leurs, mais qui ont été amenées à les intégrer pour recourir à la violence.

Ensuite, selon vous, il ne peut être question de remettre en cause les actions de la France et des Occidentaux en politique intérieure et extérieure pour expliquer le radicalisme (ou l'Islam originelle qu'ils prétendent à raison ou à tort incarner) car ces personnes n'ont pas nos valeurs démocratiques et laïques ? Ce simple fait résulterait de la célèbre formule de Huntington ?

Par "choc des civilisations", Huntington comprend les tensions récentes qui opposent des aires culturelles, en particulier le monde islamique face à l'Occident.

Est-ce que vous ne simplifieriez pas la chose en ne voyant que la dualité Occident / Islam pour expliquer ce « choc  des civilisations ». N'est-ce pas réducteur pour comprendre la complexité de notre monde ?

Néanmoins, votre affirmation est intéressante et a soulevé ma curiosité. Je bifurque certainement mais je pense que cela peut être intéressant :

Un peu de théorie avec l'ouvrage dirigé par R. Frank, Pour l'histoire des relations internationales, PUF, 2012, qui indique que :

«  La notion même de « choc des civilisations » est profondément erronée. L'apport des sociologues, mais aussi des historiens de la culture et des transferts culturels peut être utile. Les chocs culturels existent et les religions en sont parfois les fondements. Mais ils ne peuvent pas devenir un choc des civilisations. Là réside précisément l'erreur et même le contresens sur la notion de « civilisations ». Celles-ci sont des fédérations de cultures sur une région ou plusieurs régions du monde, cultures ayant des composantes communes, mais présentant aussi des différences entre elles. Aucune d'entre elles n'est une essence figée, aucune n'a de cohérence suffisante pour faire bloc contre les autres. Toutes sont un processus continu et évolutif, avec une importante diversité en leur sein, avec des différences, des contradictions, des divergences, des tensions entre ceux qui la portent. Ce « processus de civilisations », consiste à « socialiser » les individus, à les « civiliser » par toute une série de mécanismes d'intégration qui conduisent, après de « multiples stades », des unités sociales de taille plus petites et moins différenciées et plus complexes (…)

Il peut y avoir des chocs culturels à l'intérieur de chacune des grandes aires civilisationnelles et entre celles-ci, mais ces chocs, inscrits dans la vie quotidienne, n'empêchent pas le mouvement d'ouverture des cultures les unes aux autres dans une région donnée, des civilisations les unes aux autres d'une aire à l'autre . L'approche culturaliste de Huntington évacue le social et l'idéologique, néglige les interactions entre aires culturelles et sous-estime les tensions politiques à l'intérieur de chacune d'entre elles. Elles ne réussit donc pas à expliquer pourquoi des chrétiens tuent des chrétiens pour sauver des musulmans en Bosnie, au Kosovo, et pourquoi les musulmans sont les principales victimes du terrorisme islamiste. […] Les aires de civilisation n'ont pas vocation de s'affronter en blocs. Les contacts entre elles peuvent être tendus, parfois sanglants, mais ces conflits passent par des acteurs à travers un processus de politisation, c'est à dire des acteurs qui prennent le pouvoir et décident. C'est leur positionnement qu'il faut analyser et non la civilisation dont ils font partie. Voilà pourquoi dans sa formule, Huntington a tout simplement choisi un mauvais mot et aurait dû adopter le terme contraire à celui qu'il a employé. […]  ».

De fait, nous ne pouvons pas dire qu'il existe un « choc des civilisations », ni un « choc culturel » mais un « choc des barbaries » au sein de ces aires civilisationnelles. Barbaries au sens politique de personnes radicalisées qui prennent le pouvoir et entament une politique radicale.

Par exemple, des pays appartenant à une même civilisation. Lorsqu'on dit « pays » cela signifie culture(s) car chaque peuple est unique. Cela n'empêche pas qu'ils puissent appartenir ensemble à une même aire civilisationnelle  fondée sur un héritage historique et géographique : France, Allemagne, Italie, Grande-Bretagne, Espagne...

Donc, dire que l'Islam et l'Occident s'opposent, ce serait nier l'existence d'une multitude de cultures au sein de ces deux aires de civilisation. Ces cultures ne peuvent pas faire « bloc » ensemble contre une aire de civilisation, ce n'est pas possible puisqu'elles sont différentes même si elles ont des points communs qui se traduisent par leur rassemblement dans une même aire. On ne peut pas dire que l'Occident est unie face à l'Islam ni que l'Islam est unie face à l'Occident...ce serait faire défaut aux diversités de cultures en leur sein qui ne sont pas identiques. Pourtant, on pourrait admettre que les aires civilisationnelles portent en elle des valeurs qui les rapprochent quand bien même leurs cultures restent diverses.

Le livre poursuit en disant :«  […] Il faudrait donc plutôt parler de « choc des barbaries » (mot au sens politique), un choc nullement culturel, mais un choc politique entre radicaux (politisation de la culture) décidés à instrumentaliser la culture et à imposer une vision essentialiste des civilisations, un choc finalement improbable, à grande échelle du moins ».

Donc ce serait bien les politiques qui useraient de la culture pour en faire une arme au service de leurs idéologies. Il n'y aurait donc pas un déterminisme historique fonctionnel, c'est à dire un inévitable conflit par le contact des aires de civilisation comme le souligne Huntington.

Sans doute, la conception occidentale, tout au moins discursive, des valeurs démocratiques et juridiques qui doivent réguler la scène internationale relève d'un idéal politisé et par la suite, entrant progressivement dans leur culture, intériorisé par les populations.

Bref, ces valeurs partagées citées ne sont pas le fruit de la nature, nous ne sommes pas pour les droits de l'homme par pur déterminisme, par essence. Ce sont des appropriations idéologiques retransmises dans la culture. Le politique comme accélérateur de notions intégrées ensuite à la culture, processus long qui requiert le temps d'être intériorisé. Les idéaux et valeurs d'aujourd'hui chères à l'Occident se sont partagés à travers l'histoire par le politique (temps et espace) ont été, sont, et seront toujours mouvants : qui sait si demain nous brandirons la bannière du droit et de la justice dans le monde par exemple ?

En somme, on ne peut pas dire que l'Islam et l'Occident s'affrontent mais que ce sont les politiques de ces deux aires de civilisation qui instrumentalisent la culture d'une aire culturelle (pays) pour propager les conflits. Par exemple, la politisation du fondamentalisme musulman = l'islamisme, sa mise en œuvre politique en instrumentalisant le religieux à travers le fondamentalisme comme « terreau culturel de l'islamisme ». Le fondamentalisme étant indépendant de l'islamisme, mais nécessaire à ce dernier pour s'établir, il faut aussi penser que le premier doit être : « un débat religieux, culturel et intime qui ne peut être conduit que par les musulmans eux-mêmes (…) le second est un combat politique, international voir mondial ».

L'adoption de l'islamisme seraient pour les pays musulmans «  une force qui catalyse les frustrations sociales […] vis-à-vis des crises des grandes idéologies, des échecs des états postcoloniaux, autoritaires et modernisateurs, de l'essort des mécontentements contre les classes dirigeantes occidentalisées, contre l'image de l'Occident comme tremplin de la protestation sociale et culturelle ».

Bon, j'ai été long mais je voudrais avoir vos avis ? Je ne pense pas qu'on puisse parler de fatalisme entre Occident et Islam. De fait, il est possible d'expliquer comment à partir de jeunes terroristes d'origines françaises (si il le sont à confirmer, déjà le cas pour ceux de Charlie Hebdo), l'islamisme musulman (lequel? ca dépend) instrumentalise ces jeunes pour qu'ils perpètrent des attentats dans leur propre pays ?
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Messagepar antharic » 15 Nov 2015, 15:24

A mon avis, vous négligez la dimension holistique des sociétés musulmanes et le caractère suprémacisiste de l' Islam qui selon moi sont autant de marqueurs (partiels) de cette "aire civilisationnelle': les expériences démocratiques y sont encore assez rares (Tunisie, Indonésie,Turquie),la violence exercée par le groupe ou la majorité sur l'individu ou la minorité (surtout non musulmane) très forte, la liberté individuelle récente.

Ainsi l'apostat ou la conversion à une autre religion font l'objet soit de condamnations légales (parfois la mort) ou soit l'exclusion sociale (perte de travail, violence, coups et blesures, exil..) en Arabie Saoudite ou même dans les pays du Maghreb ou du Machreck. Les minorités souvent officieusement réprimées. En sommes, nous n'avons pas affaire à des 'sociétés ouvertes" comme aurait dit Karl Popper.

Vous avez là des centaines de millions de gens qui ont éduqué - "enfumés" - dans une culture longtemps privée du débat ,déconnectée des réalités historiques (le Mythe de l' Age d'Or de l' Islam,le mythe d'Al-Andalous ), sûre de sa grandeur sinon de sa supériorité (l'islam est une religion prosélyte,le "meilleure" des monothéismes, qui a une vocation mondiale) qui se heurte aux réalités d'aujourd'hui.

Bref un système "totalitaire" qui graduellement s'effondre sous l'impact des réalités,de la mondialisation (internet)t d'où un recours exacerbé à la violence et un retour aux sources, au dogmes religieux: les valeurs religieuses,holistes, contre la liberté individuelle, l'Oumma face aux Etats "modernes" hérités de la colonisation.

Enfin, je dirai pour comprendre le comportement de ces jeunes Français qui utilisent la violence la plus barbare, il faudrait avoir recours à la psychologie collective, notamment dans le processus de l'immigration: dans la société d'accueil, leurs référents culturels (dogmatiques) se désintègrent au contact du pluralisme ou d'autres valeurs culturelles, ils connaissent un processus de désintégration et adhèrent à des systèmes de valeur idéalisés et reconstruits.

..c'est mon opinion.
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Messagepar antharic » 15 Nov 2015, 15:33

....et si vous y ajoutez le fait que le Coran est à véritable Permis de Tuer - un livre incrée, qui ne souffre pas d'interprétation, vous avez un "coktail explosif' avec des jeunes désoeuvrés ou plein de ressentiment et l'essor de l' Etat Islamique - qui correspond lui peut être à une recomposition du "monde sunnite", exclu du pouvoir par les Alaouites de Syrie et les Chiites de Bagdad.
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Messagepar Breizh » 15 Nov 2015, 19:43

Il est vrai que l'Islam, en tant que religion, imprègne fortement la vie quotidienne des croyants et surtout des pratiquants, bien plus que certaines religions que nous connaissons. Cependant, il ne faut pas y voir forcément une politisation des sociétés relevant de l'aire civilisationnelle de l'Islam. L'Islam est à la fois une civilisation et une religion avant d' être un outil culturel instrumentalisé par une structure politique.

Lorsque les expériences démocratiques ont lieu, parlons du Printemps arabe de 2011 (Tunis, Caire, Damas, Yémen), celles-ci ne sont pas le fait de l'islamisme, qui est la politisation de l'islam fondamentaliste. La chute des dictatures ou leur remise en question parait être d'aspiration démocratique universelle.

Que voulez-vous dire par un système totalitaire ? Si l'Islam est une civilisation, comprenant des identités très divers qui forment des cultures différentes de l'Algérie à l'Iran, de l'Indonésie à la Syrie, comment parler de système totalitaire pour une civilisation aussi diversifiée ?

Quant au Coran, ne peut-on pas dire que l'intérêt repose plus sur l'interprétation des croyants plus que sur le dogme écrit dans ce texte sacré ? Vous dites que le Coran mentionne de tuer les Juifs. Je suis tenter de vous croire, je ne connais pas le Coran. Cependant, nous somme d'accord que la plupart des musulmans du monde entier n'adhèrent pas à cette parole. On les dira "modérés" si je m'y trompe pas, et les plus radicaux les considéreront plus ou moins comme des impies vis-à-vis des saintes écritures. Bien, mais ne devons-nous pas se référer à ce que cette majorité de croyants pensent et font plus que sur cette minorité radicalisée pensent et fait ? En effet, que les écritures disent quelque chose c'est un fait, que ses croyants ne les font pas s'en est un autre. Autrement dit, une instrumentalisation de la religion par le politique pour parvenir à un objectif : un Etat islamique.

Ce que je veux dire, c'est que dire que l'Islam est tel revient à mésestimer sa diversité. On ne peut dire que ce bloc est tel car il n'y a pas de bloc au sens propre, sans culture(s) au pluriel, bloc jamais vraiment uni, même si il partage des points communs.
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Messagepar antharic » 16 Nov 2015, 14:38

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Messagepar Breizh » 16 Nov 2015, 22:58

Le communisme a vocation de révolutionner la société dans laquelle il prend le pouvoir politique. C'est certes une doctrine, une idéologie totalitaire dans le sens où il s'attache a diriger et remettre en question tous les aspects de la vie sociale, culturelle, religieuse...

Toutefois, le communisme est destiné a être un instrument politique pour pouvoir s'épanouir contrairement à l'Islam qui, en tant que religion et culture, n'est pas un enjeu de pouvoir quand il n'est pas instrumentalisé par des intégristes. On y revient de nouveau : cet islam totalitaire que vous décrivez et que vous comparez au communisme, les points communs relèvent du politique. Lorsque la religion islamique et l'idéologie communiste sont au pouvoir, alors oui elles peuvent servir un régime totalitaire. Toutefois, l'Islam n'y a pas nécessairement vocation, ce qui montre bien que aussi divers qu'il soit, il ne peut être comparé au communisme. L'un est une culture, l'autre une idéologie.

Vous pourriez toujours avancer que les idéologies font parties des cultures...sauf que le communisme n'est pas partagé en tant que pratique sociale, tradition historique, représentation sociale par des peuples quelque soit la société...bref, il n'y a pas de civilisation du communisme même si pendant un temps des nations se sont appelées "frères" au sens communiste du terme...Nous ne pouvons pas le mettre sur le même plan que celui, aussi fort, que peut être l'Islam : plus qu'une religion, elle est une civilisation. Sans doute, le communisme pourrait être partie intégrante d'une culture, encore faut-il que ce dernier soit établi sur plusieurs siècles pour pouvoir être totalement intégrer à ce que l'on définit comme la culture d'une nation et ainsi relever de pratiques, de mode de représentation et de créations culturelles.


Pour ce qui concerne l'apostasie, je ne peux répondre. Cependant, il est vrai que l'Islam a une empreinte très forte sur les pratiquants dans leur vie quotidienne et ces derniers appartiennent à une communauté. Si ils en viennent a la quitter, s'en suit peut-être une exclusion ou tout au moins une perte de relations sociales très importantes.

Enfin, pour en revenir au(x) Printemps(s) arabe(s), sans doute les partis fondamentalistes sont sortis vainqueurs des urnes, toutefois, pour reprendre les mots de l'historien Robert Frank, si l'islamisme reste le grand bénéficiaire de ces événements : " il est malgré tout mis au défi du pluralisme et de l'aspiration démocratique, une aspiration finalement universelle. Les identités collectives, avec leurs spécificités culturelles et religieuses existent. Mais toute explication fondée uniquement sur elles, de type identitariste et culturaliste, négligent la dialectique intime qui existe entre identités de groupes humains et l'universalité de l'humanité, une dialectique complexe réactivée et refaçonnée par la mondialisation actuelle. Transcendant les aires culturelles, et grâce aux échanges entre elles, l'humanisme aussi apparaît comme la chose du monde la mieux partagée".

Ainsi, Huntington néglige les transferts culturels entre les aires civilisationnelles qui ne sont pas imperméables mais réceptives aux échanges de toute nature. La démocratie n'est pas l'apanage de l'Occident, cette dernière l'a intériorisé bien après des péripéties historiques. A travers l'histoire, la démocratie est devenue une partie intégrante des cultures des sociétés occidentales. La démocratie devient une notion intériorisée et fait partie des représentations de l'aire civilisationnelle occidentale. Cependant, ses valeurs sont bien "d'aspiration universelle" et même diffusées par la mondialisation qui les favorisent. Si le fondamentalisme s'impose dans ces pays arabes, il est donc soumis au jeu démocratique, sans doute imparfait, mais la démocratie ne se fait pas en quelques années. Tout autant que la démocratie, si elle est universelle, n'est pas à modèle unique.
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