Cher lecteur, chère lectrice. La survie de notre site dépend intégralement des recettes publicitaires.
Pour nous soutenir et continuer de profiter à l'avenir des services offerts par notre équipe de bénévoles, merci de désactiver votre bloqueur d'annonces pour le site https://www.histoire-pour-tous.fr en l'ajoutant dans la liste des exceptions ;)

Philippe dorléans lurgoSaint Simon écrivait « il n’était capable de rien » ! Il est vrai que son penchant pour les hommes l’a cantonné à la petite histoire, à tel point qu’il fut méprisé par les historiens. D’autre part, ses « femmes » n’étaient pas vraiment tendres avec lui ; être frère du Roi n’était pas facile à supporter, comme tous les seconds dans les familles. Alors Bravo ! Elisabetta Lurgo, docteur en histoire, a réussi dans son ouvrage « Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV » à démontrer le contraire et à nous faire aimer ce personnage, très utile, voire indispensable au Roi Soleil.

 

Il ne reste pas beaucoup de témoignages ou de souvenirs personnels de Philippe d’Orléans. Sa correspondance, les mémoires et les lettres de son entourage (Mme de Maintenon, La Palatine son épouse, La Grande Mademoiselle sa cousine…ainsi que quelques rares lettres entre les deux frères) prouvent un homme intelligent et sensible qui établissait des relations authentiques et vraies avec ses proches.

Les deux frères

Philippe nait en septembre 1640, Louis XIII exulte, son second fils lui ressemble beaucoup avec ses cheveux noirs, la succession est assurée surtout que Louis Dieudonné est de santé fragile. « L’enfant du monde le plus joli » attire son entourage ; certes bavard, mais très ouvert et souriant, il est capable de se faire aimer avec sa politesse naturelle. Il n’est pas passionné par la lecture, mais apprécie les conversations cultivées et participe beaucoup aux divers salons renommés.

futur louis xiv et philippe orleansLorsque Louis Dieudonné devient roi en 1652, Philippe est de tous les évènements, de toutes les parades et cérémonies qu’il adore. D’un naturel obéissant et docile, il ne veut pas déplaire à son frère et ne le contestera jamais, ayant été élevé dans le respect et la fidélité au roi, tout l’inverse de son oncle Gaston d’Orléans. Bienveillant et pourvu d’une grande tendresse pour son frère, Philippe panique en juin 1658 lorsque Louis tombe malade. Il ne veut pas le perdre, mais surtout il est terrifié lorsque tous les courtisans et tous les grands partis se tournent vers lui, sans compter toutes les femmes qui se jettent à son cou. Philippe n’a que 17 ans et est à jamais « dégoûté » de la gente féminine ! Pourtant il aime leur présence, en tout honneur alors que son frère « aime les voir de très près ». Sa grande joie est de les parer, les coiffer, leur trouver de superbes habits et pierreries. Il se réjouit lorsqu’il y a bal masqué et aime l’ambiance des foires où il achète des étoffes et des bijoux.

Il a confiance en son frère lorsque la rumeur annonce sa liaison avec Henriette Anne ; encore plus lorsque celle-ci fait tout pour évincer les amis de Philippe et manigance auprès du roi. L’ambiance et l’entente entre les deux frères ne sont pas toujours au beau fixe. Jusqu’en 1670, Philippe est comme un grand enfant manquant d’assurance. Il y a plusieurs brouilles entre eux. Philippe est perturbé, oppressé jusqu’à quitter la Cour ; Louis a des remords constatant qu’il agit sur pression de son entourage comme lorsqu’il fait arrêter le Chevalier de Lorraine, grand ami et confident de Philippe, accusé de la mort d’Henriette ; d‘autres cas comme l’affaire du comte de Vermandois impliquant Philippe, ses amis, son épouse….

Leur relation devient un peu compliquée avec l’apparition de Mme de Maintenon auprès du Roi. Mais elle ne parvient pas à les brouiller complètement. Quand Philippe est très malade en 1681, son frère le veille et s’installe très souvent à côté de son lit, quitte à retarder son départ en voyage en 1684, en attendant que Philippe aille mieux. Il faut dire qu’entre 1685 et 1688, il est pris très souvent de malaises, de maux de tête, de fièvre. A l’inverse, lorsque le roi est malade en 1693 et rentre à Versailles en pleine guerre, dès son retour Philippe va le voir et prendre connaissance de son état.

Plus ils prennent de l’âge, plus ils ont besoin l’un de l’autre, Louis XIV recherche souvent la compagnie de Philippe, ils se promènent ensemble, ils se visitent régulièrement, ils se montrent les aménagements de leurs domaines respectifs.

Les postes auprès de son frère le Roi

Philippe n’aime pas la politique et n’apprécie pas les triomphes militaires, mais à la guerre il va dans les tranchées pour encourager et remonter le moral des soldats. Il ne s’inquiète pas de placer sa parentèle au gouvernement ; s’il demande une province, c’est uniquement dans le but d’obtenir les revenus. Lorsqu’on lui propose le gouvernement de Naples, il invoque l’excuse du volcan et des tremblements de terre dont il a peur. Il n’aime pas les activités aristocratiques, il a horreur de la chasse et encore plus de monter à cheval.

Lorsque le Roi gouverne seul, à la mort de Mazarin en 1661, les ministres croient que Philippe va être éloigné car peu fiable. Bien au contraire, Philippe est au Conseil des Dépêches relatives à l’organisation des provinces. En 1672, les deux frères partent en campagne. C’est le premier commandement de Philippe. Il a la pleine confiance de son frère : il apprend vite, il comprend vite, il a un jugement sûr et il gagne beaucoup de villes. Bien qu’un peu efféminé, il sait obtenir le respect des soldats, il fait preuve de bravoure prenant des risques inouïs jusqu’à la victoire de Cassel en 1677. Il reçoit beaucoup de courriers flatteurs appuyant sur le fait qu’il a mieux combattu que le roi…auxquels il répond avec modestie, car il est très gêné ne cherchant pas la gloire et ne voulant pas supplanter son frère.

Ce n’est qu’en 1693 que Philippe reçoit à nouveau un commandement pour contrer Guillaume d’Orange en Bretagne, Normandie et Picardie. Le roi sait que son frère va mobiliser la noblesse pour l’aider. Philippe vérifie tout, organise tout, fait l’état des lieux et donne des instructions.

L’installation définitive de Louis XIV à Versailles est assez chaotique et le roi charge son frère d’organiser le cérémonial. Philippe étant très au fait de l’étiquette, réussit avec brio à faire respecter le protocole du lever, du petit couvert, de toute la vie quotidienne à la Cour. Il joue un rôle central dans « la mise en spectacle de la figure du Roi », de nos jours on dirait de la communication.

Il va servir d’ambassadeur entre le roi et le nonce apostolique, ainsi qu’avec la Savoie, il est un interlocuteur fiable qui fait son devoir, défendant les actions du roi. Il a d’ailleurs fort à faire avec son gendre Victor Amédée II de Savoie, surtout lorsque la Savoie devient un protectorat français alors que Victor Amédée veut s’allier avec l’Empire, en cachette de la France ! Le roi explose et envoie Philippe en émissaire, qui réussit à remettre Victor Amédée dans le droit chemin. Il en est de même quand, malgré le mariage de la fille de Victor Amédée et le petit fils du roi, la Savoie relance ses convoitises voulant obtenir une partie de la succession d’Espagne et annexer la principauté de Monaco. Philippe est encore et toujours envoyé en tant qu’ambassadeur et médiateur.

Saint Cloud et autres chef d’œuvre de Philippe

Saint Cloud XVII Cour EntreeEn octobre 1658, les deux frères découvrent Saint Cloud. C’est LE vrai coup de cœur de Philippe, qui souhaite acheter le domaine et en faire un chef d’œuvre. C’est là qu’il s’enferme pour faire son deuil à la mort de sa mère. Saint Cloud devient une réplique miniature de la Cour royale. Passionné de bâtiment et d’art, Philippe le transforme et l’inaugure avant que Versailles ne soit achevé ; Louis XIV trépigne comme un enfant mais n’en veut pas à son frère, contrairement à Fouquet. Il va même financer certains travaux. Philippe n’en a pas spécialement besoin : légataire universel de sa cousine La Grande Mademoiselle, il sait gérer son grand patrimoine et faire fructifier sa fortune en réalisant des investissements à hauts revenus, afin que ses descendants n’aient aucun souci d’argent pour les siècles à venir.

Puisqu’il n’a plus de commandement à l’armée entre 1678 et 1691, il s’occupe de son domaine, de la fin des travaux et lance un projet financier lui tenant à cœur : la construction d’un grand canal entre la Loire et le Loing pour favoriser les approvisionnements et le commerce de Paris, hypothéquant une partie de ses biens, jusqu’à son ouverture en mars 1692.

Pendant l’hiver 1690 qui est très éprouvant, Philippe fait fondre son argenterie à trois reprises pour en faire bénéficier l’hôpital de la Charité à Saint Cloud qu’il a fondé ainsi que l’hôpital d’Orléans qu’il a fait bâtir. En 1693-1694, il donne du bois de chauffage et l’eau de ses jardins aux Ursulines avec en plus des distributions d’argent aux paysans entre Paris et la Bretagne lors de ses campagnes militaires.

Sa vie de famille

Son plus grand défaut est son manque de volonté face aux profiteurs, chez qui il ne voit pas les supercheries comme avec sa première épouse. Lorsque le roi lui trouve Henriette Anne Stuart d’Angleterre comme épouse, Philippe est d’accord puisque tout son entourage l’est. De même, après la mort d’Henriette, le roi pense à une nouvelle alliance importante avec l’Empire et c’est Elisabeth Charlotte princesse palatine, duchesse de Bavière. Deux épouses totalement différentes : avec la première rien ne va, avec la seconde ils vivent dans l’amitié et la tendresse. Même le roi apprécie beaucoup cette nouvelle belle-sœur, tout le monde est heureux, à tel point que Louis fait un énorme cadeau à son frère : laisser revenir le chevalier de Lorraine, l’autoriser à réintégrer la Cour et le nommer maréchal de camp dans l’armée du Roi.

Au plus près de sa famille, Philippe et la Palatine traversent de douloureuses épreuves : le massacre du Palatinat, la mort du petit duc de Valois. Philippe épaule son épouse et s’occupe d’elle du matin au soir avec passion et tendresse.

Les problèmes d’intendance dans sa maison s’accumulent, il limoge son premier maître d’hôtel avec fracas, considéré comme « rapporteur et espion de son frère », ainsi que son trésorier, surintendant des bâtiments trafiquant des charges, escroquant Philippe pour un montant de 1 500 000 livres qu’il devra lui rendre !

Le petit duc de Chartres (fils de Philippe) fait grande impression sur le roi lors de ses visites à Saint Cloud. En 1691, il entre dans l’armée et commence par la campagne de Flandre. Le roi le félicite, admet qu’il est prometteur, valeureux et brave, bien qu’il préfère son fils légitime le duc de Maine. Encore une fois, Philippe est heureux.

faimmile royale louis xivPhilippe accepte les alliances pour le mariage de ses filles, même lorsque l’une doit épouser Charles II d’Espagne, souffrant de troubles physiques et mentaux. Il prend sa fille dans ses bras, lui expliquant qu’elle est princesse royale, devant se plier à l’étiquette, ne pouvant refuser à travailler pour les intérêts de la France. Les adieux sont déchirants et il reste toujours à son écoute. Il la rassure lorsqu’elle se sent surveillée et oppressée, mais se sent coupable de n’avoir pu rien faire lorsqu’il apprend sa mort en 1689. C’est au tour de marier son fils, un vrai défi car il est vif, n’aime pas les contraintes et est très ambitieux. On lui propose Melle de Blois ; le père et le fils approuvent ne voulant pas s’opposer à la volonté du roi et le jeune Philippe reçoit (en échange) le domaine du Palais Royal.

Une nouvelle alliance s’annonce entre sa seconde fille et la Savoie. Philippe va passer son temps à calmer les demandes de son gendre, rassurer sa fille maltraitée par son époux et accueillera à bras ouvert, quelques années plus tard, sa petite fille Marie Adelaïde qui intègre la Cour pour épouser le petit fils du roi le jeune duc de Bourgogne. Les « papys » sont très heureux. Ce mariage réconcilie tout le monde : Victor Amédée, Philippe et Louis XIV…pour peu de temps. En 1700, Louis XIV décide d’un mariage entre son petit-fils avec la plus jeune des petites filles de Philippe, Marie Louise Gabrielle. Malheureusement, Philippe ne sera plus là pour les noces royales.

Les dernières années de Philippe

Au printemps 1700, sa santé décline. Il a de plus en plus de crises de gouttes et de malaises, choses qu’il n’avait jamais avant 1700. Son humeur est sombre, il est triste, il a peur de la mort, il est de moins en moins bavard, il refuse de se faire soigner par des « charlatans ». La conduite et la vie de libertin de son fils le duc de Chartres le mécontente, surtout lorsqu’il apprend de la bouche de son frère qu’il met en doute la religion et qu’il entretient des rapports avec une sorcière.

Le roi ne lui accorde pas de charges prestigieuses même s’il reconnait qu’il est bien meilleur que ses fils, il l’écarte de tout pouvoir et l’évince de tout commandement. Philippe s’emporte avec son frère, car il aime ses enfants, il veut les défendre et ne souhaite que leur bonheur. Lorsque le duc de Chartres menace d’aller combattre avec les espagnols, c’en est trop. Les deux frères vont s’expliquer, s’accusant l’un et l’autre de tous les travers du duc de Chartres et Louis sait que Philippe a raison mais ne peut rien faire.

Ils passent régulièrement des moments ensemble jusqu’au jour où Philippe est pris de gros saignements, Louis s’en inquiète en lui envoyant son médecin qui préconise des saignées que Philippe refusent. Le 8 juin, Philippe est mieux et de bonne humeur. A table, parlant de choses et d’autres, il s’évanouie et se met à bafouiller. De nos jours, le diagnostic serait : hémorragie cérébrale et rupture d’anévrisme. Le roi prévenu par son neveu, veut rejoindre Saint Cloud au plus vite ; on le fait attendre et dans la nuit, après un nouveau message d’alerte, il part à Saint Cloud avec les princes et les princesses. Il le trouve inconscient, Philippe ne se réveillera plus. Le lendemain 9 juin 1701, à 13h, Philippe s’éteint. Louis va pleurer plus de 24 heures, même pendant ses promenades, même pendant ses repas et pourtant il est obligé de paraitre, c’est l’étiquette. Plusieurs fois, il répète « je ne saurai m’accoutumer à songer que je ne verrais jamais plus mon frère ».

Philippe d’Orléans va manquer à beaucoup de personnes

Philippe était aimé de tous, la gazette hollandaise écrit «  un prince rempli de mérite et de qualités aimables ; affable et bien faisant ; il a fait du bien à une infinité de gens ». Louis organise le service funèbre et règle personnellement toutes les dépenses.  Philippe de Chartres devient légataire universel de son père et nouveau Duc d’Orléans. Le roi lui accorde toutes les pensions, toutes les maisons, tous les domestiques, tous les gardes, le chancelier, les régiments de cavalerie et la compagnie des gendarmes dont son père était détenteur.  Les enfants et petits-enfants sont durement éprouvés perdant un père et un grand père aimant. Les ambassadeurs sont stupéfaits perdant un allié et un interlocuteur précieux. Versailles, Saint Cloud et le Palais Royal perdent « leurs belles heures, leurs fêtes éblouissantes, tout semble sans vie, sans joie et sans action avec la mort de Monsieur ».

Louis se sent très seul « le frère de Louis XIV était la seule créature humaine vivant auprès de lui sur un certain plan d’humanité et même de camaraderie ».

Philippe d'Orléans, biographie d'Elisabetta lurgo. Perrin, mai 2018.