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couverture du livre femmes arcEn cette période de commémoration, un ouvrage est bien intéressant. Gildard Guillaume nous propose dans « les femmes de l’Arc – Mme Roland et Joséphine » un parallèle entre la construction de l’Arc de Triomphe et la vie de deux femmes représentées sur ce monument, de la naissance à l’inauguration du monument, en passant par les soubresauts de la vie de chacune, mais surtout en appuyant sur le choix de ces deux dames.

 

L’Arc et Napoléon Bonaparte

Au départ, Napoléon veut installer un monument à la gloire des armées et à leurs victoires, sur la place de la Bastille, de taille imposante, voir le double des autres arcs présents dans Paris. Prenant trop de place, Napoléon décrète de l’installer sur la place de l’Etoile, point de mire des parisiens, en ayant soin d’établir une liste d’architecte et d’artistes sélectionnés pour ce travail.

L’Arc, Louis XVIII et Charles X

Lorsque Louis XVIII revient au pouvoir en 1823, il donne une autre attribution à l’Arc de Triomphe qui doit célébrer les victoires de son neveu le duc d’Angoulême Louis Antoine d’Artois. A l’avènement de Charles X, il y a sans cesse des discussions, des remaniements, des changements d’architectes et d’artistes, jusqu’à ce qu’une commission soit créée en 1825 pour achever l’Arc de Triomphe. Malgré tout, les discussions se poursuivent et s’éternisent de 1826 à 1828 sur le choix des sculptures et des artistes devant les réaliser. Une liste des sculpteurs est enfin arrêtée en 1830.

L’Arc et Louis Philippe

Louis Philippe arrivant au pouvoir, désire que l’Arc de Triomphe rappelle les capitales, les villes envahies, les batailles gagnées par la France, et soit un monument en l’honneur de tous les enfants de la patrie, mais il ne peut poursuivre la construction de ce monument. Il doit faire face à plusieurs révoltes et désordres ; sans compter que l’architecte responsable Huyot se permet de falsifier les comptes et d’agir à sa guise ! Il sera finalement révoqué en 1832.

La tâche du nouvel architecte Guillaume Blouet est immense : remettre de l’ordre dans les comptes, se conformer aux premiers dossiers établis par Chalgrin, « composer » avec le ministre des travaux publics A. Thiers, patienter jusqu’à la validation des demandes et décisions de Louis Philippe après 1835.

Le monument

Arc TriompheLe monument est composé de quatre piédroits, donc quatre reliefs. La frise Est de l’entablement est la plus importante où apparaissent 40 personnages : 37 hommes, 2 femmes, 1 enfant. 37 personnages masculins composés de 22 militaires, 9 hommes politiques, 5 artistes et 1 enfant, le deuxième enfant serait une fille, mais tous fidèles à leur engagement d’origine.

La première femme à gauche est Mme Roland, assise sur un rocher, auprès de son mari, dans son rôle de femme. Suivent une série de grands personnages, des généraux de la Révolution à ceux de l’Empire. La deuxième femme à droite est Joséphine de Beauharnais, entourée de ses enfants, dans son rôle de mère. A l’arrière-plan, on découvre des sculpteurs, poètes, peintres et compositeurs.

La première pierre est posée en août 1806. La frise sera acceptée en 1830. L’inauguration aura lieu en juillet 1836 par un A. Thiers passant presque inaperçu, sans discours, sans hymne, sans signature. Quelques jours plus tard, le peuple parisien découvre le monument en protestant qu’un grand nombre de batailles et de personnages n’y sont pas gravés. Des 40 personnages du départ, on arrivera à 697 noms de héros et 174 batailles mentionnés.

Les sculptures sous Louis Philippe

Les sculptures sont commandées depuis 1833, basées sur des batailles, des grands personnages de la Révolution et de Napoléon, comme « la prise d’Alexandrie », « les funérailles du général Marceau » ou encore « la bataille de Jemmapes ». Au-dessus de ces soldats pour la plupart anonymes, se trouve la frise d’entablement, composée des 40 personnages. Sous la direction de Blouet, Sylvestre Brun réalise les sculptures des personnages. Cet artiste ayant intégré l’école française de Rome, y a obtenu le 1er Prix en 1817.

La frise est d’une parfaite géométrie. A l’est, c’est « le départ aux armées », avec des personnages donnant des drapeaux ; à l’ouest, c’est « le retour des armées » où d’autres personnages remettent des couronnes. La partie centrale, face aux Champs Elysées, concerne les grands personnages de la Révolution jusqu’à l’Empire. C’est la partie essentielle de la frise où ces sculptures sont relativement ressemblantes.

La destination de l’Arc de Triomphe

Pour le retour des cendres de Napoléon en décembre 1840, A. Thiers a tout orchestré : passage du char funèbre sous l’Arc, arrêt entre les piliers, tirs de salves, musique militaire et discours. En juillet 1842, le cercueil emportant le duc d’Orléans s’arrête entre les piliers. En décembre 1852, Napoléon III y proclame l’Empire et les fêtes nationales s’y célébreront en 1863 et 1869. Comme il y a toujours plus de monde, l’architecte Haussmann est chargé d’aménager une place circulaire préservant l’Arc.  En mai 1885, la dépouille de V. Hugo est également exposée sous l’Arc.

Joséphine de Beauharnais Arc
Enfin, en 1896, l’Arc de Triomphe est décrété monument historique. Ainsi en juillet 1919, il devient le temple dédié à la prière des survivants. Puis en janvier 1921, le cercueil d’un soldat anonyme est installé dans une salle basse du monument et la flamme sera allumée pour la première fois en novembre 1923.

Le choix des deux dames

Une liste de femmes a été établie pour figurer sur la frise. C’est comme une enquête de moralité pour chacune d’elles. On y retrouve aussi bien une fruitière que des femmes de lettres, ou des féministes, ainsi qu’une gouvernante des enfants de France. Mais aucune d’elles n’a la stature adéquate.  Deux personnages sortent pourtant du lot : Mme Roland et Joséphine de Beauharnais. Mme de Genlis s’est occupée de la formation et de l’apprentissage du futur Louis Philippe ; elle l’a poussé à entrer au Club des Jacobins où il fera la connaissance de Mme Roland. Pour lui, Mme Roland fut « un homme de la Révolution, élevée avec Rousseau ».

Mme Roland ArcLes paroles de Mme Roland peu de temps avant de mourir seront certainement décisives pour la Monarchie de Juillet « vous me jugez digne de partager le sort des grands hommes que vous avez assassinés ; je tâcherai de porter à l’échafaud le courage qu’ils ont montré ». Joséphine quant à elle, est digne de faire partie de la frise, s’étant sacrifiée lors de sa séparation d’avec Bonaparte afin que l’Empereur puisse avoir une descendance. C’est le sacrifice de sa vie pour la France et les Français. Finalement le choix s’est porté sur Elles deux.

Bien que différentes (l’une est bourgeoise, l’autre est aristocrate ; l’une est parisienne, l’autre est créole ; l’une a beaucoup étudié, l’autre n’appréciait que très peu les livres ; l’une n’a jamais trahi sa foi conjugale, l’autre s’est abandonnée à ses sens ; l’une est une femme de la Révolution, l’autre est une femme de l’Empire), elles ont des points communs très forts : le charme, la séduction, l’apprentissage au couvent, mais surtout le sacrifice. Mme Roland a sacrifié son amour fou pour Buzot, jusqu’à se réjouir de le rejoindre après la mort. Joséphine a sacrifié sa vie matrimoniale au nom des devoirs vis-à-vis de la Patrie. Elles sont vraiment dignes d’apparaître au milieu de ses Grands Hommes.

 Les femmes de l’Arc : Mme Roland et Joséphine, de Gildard Guillaume. La Bisquine, 2017.