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echelonEchelon, vaste réseau d’espionnage électronique à l’échelle planétaire organisé par les Etats-Unis et ses alliés, inévitablement comparé à « Big Brother », suscite non seulement des fantasmes par son caractère très secret, mais aussi de nombreuses controverses.

La difficulté d’historiciser le sujet

Présenté comme un docteur en sciences de l’information et spécialiste de l’intelligence économique, C.Delesse n’est pas une historienne au sens strict du terme. Sans vouloir nous montrer sectaire, étudier Echelon et le renseignement électronique sur le plan historique relève d’une gageure : le réseau Echelon n’est connu qu’à travers des témoignages d’anciens officiers du renseignement ou des révélations faites par des hommes politiques, ou bien encore par le biais d’enquêtes effectuées par des journalistes d’investigation. La démarche de l’auteur n’est en ce sens, par purement historienne au regard de la méthode utilisée, en raison de l’inaccessibilité des sources.

Pour autant, soulignons que cet ouvrage, édité par Ouest France, s’ancre dans la collection « Espionnage » produite avec la collaboration du CF2R (Centre Français de Recherche sur le Renseignement), dans lequel sont parus différents ouvrages sérieux de vulgarisation sur les questions du renseignement.

Les origines du réseau Echelon

Le réseau Echelon trouve ses racines dans la 2de Guerre mondiale, conflit durant lequel les Etats-Unis et le Royaume Uni mirent en place un système de surveillance électronique. L’accord entre les deux pays, surnommé UKUSA, s’élargit rapidement au Canada, à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande. Les services de renseignement électronique de chacun de ces pays vont ainsi collaborer afin de mettre en place différentes stations d’interception quadrillant l’ensemble du globe. Tourné d’abord contre l’adversaire communiste, ce réseau est étroitement dominé par la très secrète National Security Agency (NSA), agence créée en 1952 spécialisée dans le renseignement électronique, et se trouve mis au service des intérêts américains. En effet, les directions de la collecte de SIGINT ( ou « renseignement d’origine électronique ») sont données par les Etats-Unis, par le biais d’officiers placés aux côtés des services alliés.

Après l’effondrement de l’URSS en 1991, de nouveaux enjeux vont permettre de légitimer la pérennisation de ce réseau : la lutte contre le terrorisme, la nécessité d’assurer la prédominance des Etats-Unis sur le plan informationnel, ainsi que la question litigieuse du renseignement économique. Parallèlement, les révélations se sont multipliées sur le fonctionnement et l’organisation du réseau Echelon.

La contestation du réseau Echelon et du renseignement électronique américain

La NSA et le réseau Echelon semblent donc capables de tout voir, tout savoir, à partir des interceptions des communications, traitées puis analysées à la fois par des ordinateurs ultra-puissants et des analystes humains. D’autant que la NSA a été accusée à maintes reprises de ne pas respecter les libertés individuelles, qui sont sacro-saintes aux Etats-Unis, s’attirant les critiques d’ONG et d’organisations de défense des libertés. Les critiques viennent aussi de l’étranger, notamment des européens, soucieux de l’utilisation du réseau Echelon à des fins économiques : celui-ci aurait en effet utilisé afin de permettre aux entreprises américaines de remporter des appels d’offre. Si le Parlement Européen a un temps ouvert une enquête au début des années 2000, elle n’a eu aucun aboutissement réel.

Ces critiques portées à l’égard du renseignement électronique américain reflètent l’ampleur de ses infrastructures et de ses capacités d’interception, de traitement et d’analyse. Les questions de cyberdéfense, de renseignement électronique et sécurité informatique deviennent cruciales à l’heure où le cyberespace devient central et qu’une guerre de l’information se profile.

Au final, cet ouvrage comporte quelques limites. Il y a, nous l’avons souligné, le problème des sources utilisées par l’auteur, qui n’offrent par une fiabilité suffisante sur le plan historique. Autre écueil, une grande partie de l’ouvrage apparaît non seulement technique mais aussi « compilatoire » lorsque l’auteur énumère les nombreuses stations d’écoute constituant le réseau Echelon. Au-delà de ces limites, cet ouvrage reste un outil de réflexion intéressant autour de la question du rôle, du contrôle et de la diffusion de l’information dans nos sociétés contemporains.

Echelon et le renseignement électronique américain, par Claude Delesse. Editions Ouest-France, 2012.