Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Histoire Universelle Guerre de Sécession : la bataille de Pea Ridge (6-8 mars 1862)

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Guerre de Sécession : la bataille de Pea Ridge (6-8 mars 1862)

on_the_battery_andy_thomasEn dépit de la taille de l’État et de son caractère peu développé, et en regard de la faiblesse des effectifs engagés de part et d’autre, les opérations militaires ne faiblirent guère dans le Missouri. L’automne 1861, puis l’hiver suivant, d’importants mouvements de troupes furent menés. Néanmoins, ils ne débouchèrent que tardivement sur des combats décisifs. Les changements successifs au sein du commandement des deux belligérants n’y furent pas étrangers. C’est finalement en mars 1862 que la bataille de Pea Ridge – ou Elkhorn Tavern pour les Sudistes – allait sceller le sort du Missouri.

Instabilités d’état-major

Aussitôt après avoir été limogé et réaffecté en Virginie occidentale, John Frémont fut remplacé à la tête du département militaire du Missouri par David Hunter, qui occupa cette fonction par intérim. Le 9 novembre 1861, il prit la décision hâtive de replier le gros de ses troupes, qui venaient de reprendre Springfield sans grandes difficultés, sur Sedalia puis Rolla. Cette retraite intempestive eut pour effet de livrer tout le sud-ouest du Missouri aux Confédérés, y compris une des rares villes de la région à pouvoir offrir des quartiers d’hiver décents à une armée.

Hunter fut bientôt remplacé par Henry Halleck, mais c’est seulement fin décembre que celui-ci résolut de reprendre le terrain perdu – alors qu’un hiver rude s’annonçait. Le mois et demi passé dans de terribles conditions sanitaires à Rolla fut particulièrement difficile. Les maladies firent des ravages et n’épargnèrent personne, pas même les généraux. Elles réduisirent considérablement les effectifs des troupes nordistes sur le terrain. Ces unités furent malgré tout réorganisées en décembre en une force rebaptisée « armée du Sud-Ouest » et confiée d’abord à Franz Sigel, puis à Samuel Curtis.

Malgré le succès que représentait pour eux l’évacuation de Springfield, les Confédérés eux aussi éprouvaient des difficultés. Bien que la minorité pro-sudiste du Missouri eût fait admettre l’État dans la Confédération dès le 28 novembre, Sterling Price, à la tête de la garde d’État missourienne, tenait fermement à conserver son indépendance de commandement vis-à-vis de Benjamin McCulloch, le général placé à la tête des troupes confédérées. Pour résoudre leur conflit, le président Davis créa un « département militaire d’Outre-Mississippi » ayant autorité sur toutes les forces à l’ouest du fleuve. Les troupes de McCulloch et Price furent unifiées sous la houlette de son commandant, Earl Van Dorn, et formèrent « l’armée de l’Ouest ».

General-Samuel-Curtis-001Les Sudistes recrutèrent activement dans les comtés du Missouri restés sous leur contrôle, grossissant ainsi leurs rangs. Les succès de leurs alliés dans le Territoire indien leur permirent bientôt de recevoir leur concours, notamment des Cherokees. Toutefois, ils ne furent guère épargnés par les rigueurs de l’hiver. L’armée de l’Ouest manquait de tout, y compris d’équipements de première nécessité comme les tentes, les uniformes ou les chaussures. Le département d’Outre-Mississippi, à l’autre bout de la Confédération, était loin d’être prioritaire dans les fournitures de guerre, et la plupart des soldats durent se contenter d’antiques fusils à silex – quand ils en avaient un.

Le 29 décembre, les Fédéraux quittèrent Rolla en direction du sud-ouest. Ils s’arrêtèrent bientôt à Lebanon, où ils établirent une base avancée en vue de leur offensive à venir contre Springfield. Curtis y réorganisa son armée en deux ailes, l’une qu’il confia à Sigel avec les divisions de Peter Osterhaus et Alexander Asboth, l’autre sous son commandement direct et formée des divisions Jefferson C. Davis et Eugene Carr. Cette organisation était fortement teintée de politique : les hommes de Sigel étaient essentiellement, comme lui, des immigrés allemands. Sigel, en outre, était un protégé de Frémont, dont il n’avait pas digéré la mise à l’écart – elle-même due à des raisons politiques. Ses hommes avaient largement contribué à ce que le Missouri demeure sous la coupe de l’Union, et Curtis craignait de les mécontenter en les retirant à leur chef.

Marches sous la neige

Une fois renforcés et ravitaillés, les hommes de Curtis reprirent la route le 10 février 1862. Après quelques accrochages mineurs, ils entrèrent à Springfield le 13. La ville, quasiment déserte, avait été abandonnée par Price, qui s’y trouvait en position avancée sans le soutien de McCulloch. Les Nordistes talonnèrent les Missouriens durant les jours suivants, dans la neige et le gel. Le 18 février, ils atteignirent Elkhorn Tavern, dans le comté de Benton, au coin nord-ouest de l’Arkansas. Leurs lignes de ravitaillement passablement étirées, ils s’établirent sur une petite rivière, la Sugar Creek, qu’ils commencèrent à fortifier.

Earl_Van_DornPrice, quant à lui, poursuivit sa retraite pour aller rejoindre McCulloch à Cove Creek, dans les monts Boston – une chaîne de basses montagnes située au nord de la rivière Arkansas. Van Dorn arriva sur les lieux le 3 mars, et mit aussitôt en place un plan pour le moins audacieux. Son idée était de lancer immédiatement une attaque contre les Nordistes. Afin de mieux les surprendre, Van Dorn ordonna à ses hommes une marche forcée : ils devaient atteindre leur objectif en trois jours seulement, et voyager léger : ils n’auraient que trois jours de rations également.

Ce n’était pas la seule composante téméraire dans le plan de Van Dorn. Curtis avait établi ses positions sur la route principale, dite « route du Télégraphe ». La Sugar Creek y formait des rives escarpées que Van Dorn était peu désireux d’assaillir de front. Son idée était donc de les contourner par une autre route située plus à l’ouest, un détour d’une quinzaine de kilomètres transitant par Bentonville. Cette voie rejoignait la route du Télégraphe au nord de la Sugar Creek, en contournant la principale hauteur des environs, baptisée Big Mountain. Une fois à cet endroit, l’armée sudiste serait entre les Fédéraux et leur base de ravitaillement. Ils pourraient s’abattre sur leurs chariots – trouvant ainsi de quoi suppléer à leurs rations de marche – avant de prendre à revers l’armée ennemie pour l’anéantir.

Ce plan de bataille n’était pas idiot, mais il reposait sur deux choses loin d’être acquises : la rapidité d’action des forces confédérées, et une passivité complète de la part de Curtis. Van Dorn n’eut ni l’une, ni l’autre. Ses troupes renforcées par la brigade indienne d’Albert Pike, le général sudiste se mit en route dès le lendemain, 4 mars. Son armée comptait alors environ 16.000 hommes, contre un peu plus de 10.000 pour les Fédéraux. L’imagination créatrice de Van Dorn avait complètement omis de tenir compte d’un terrain boisé, très vallonné, et surtout gelé. Nombre de ses soldats marchaient pieds nus dans la neige, et le rythme de progression s’en ressentit. Au soir du 5 mars, les Confédérés n’avaient pas encore atteint Bentonville et il ne leur restait qu’une journée de vivres.

De surcroît, l’effet de surprise s’était dérobé. Des unionistes de l’Arkansas avaient prévenu Curtis de la manœuvre sudiste, et celui-ci ordonna à Sigel, dont l’aile était dispersée aux alentours de Bentonville, de se replier pour ne pas devoir affronter seul tout le poids de l’offensive ennemie. Capable du meilleur comme du pire – comme il l’avait déjà montré et le montrerait encore – Sigel s’exécuta sans hâte, et seulement lorsqu’il établit le contact avec les éléments avancés confédérés. Bien qu’il risquait d’être tourné, Curtis conserva son sang froid et décida de combattre. Il fit transférer une partie de ses troupes vers l’arrière, mais en laissa d’autres sur la Sugar Creek car il craignait une attaque en tenailles de la part de l’ennemi.

pea_ridge_campaignVue d'ensemble de la campagne ayant mené à la bataille de Pea Ridge, en mars 1862.

 

La bataille s’engage

L’arrière-garde de Sigel – 600 hommes et une batterie d’artillerie – parvint non sans mal à s’échapper de Bentonville lorsque le gros des forces sudistes s’en approcha, au soir du 6 mars. Un régiment de cavalerie du Missouri s’était infiltré sur ses arrières, et Sigel dut livrer une première escarmouche, dans une certaine confusion, pour s’en défaire. Sur ses talons, la division Price atteignit les abords de Big Mountain à la tombée de la nuit. En retard sur leurs prévisions, les Confédérés avaient épuisé leurs rations et allaient devoir se battre le ventre vide le lendemain. Qu’à cela ne tienne, Van Dorn les fit presser l’allure, ordonnant une marche nocturne.

Sterling_Price-1Celle-ci fut compliquée par les embûches semées devant eux par les Fédéraux. Les hommes en bleu avaient abattu des arbres en travers de la route, ce qui ralentit singulièrement la progression des Sudistes. Van Dorn avait encore l’espoir de surprendre l’ennemi sur ses arrières, et il prit deux décisions cruciales. Pour aller plus vite, il laissa en arrière ses chariots de munitions. Et il ordonna à McCulloch, trop lent à son goût, de mener sa division directement vers le sud au lieu de contourner Big Mountain. Ce faisant, il se privait de la possibilité d’être ravitaillé et divisait ses forces.

Malgré toutes ces difficultés, les Confédérés furent à pied d’œuvre pour passer à l’attaque dès le lendemain matin, 7 mars – fût-ce sans petit déjeuner. Du fait de son trajet raccourci, la division McCulloch rétablit bientôt le contact avec l’ennemi. Elle trébucha littéralement sur le colonel Osterhaus, que Curtis avait envoyé en reconnaissance avec une partie de sa division : la brigade Gruesel et des éléments de cavalerie et d’artillerie. Cette dernière ouvrit le feu vers 11 heures, obligeant les Sudistes à passer à l’attaque à proximité du petit village de Leetown.

B_McCulloch_civ_ACW
La division de McCulloch comprenait la brigade d’infanterie de Louis Hébert, celle de cavalerie de James McIntosh, et la brigade indienne d’Albert Pike, cette dernière également montée. Pike fit charger ses hommes à cheval droit sur la demi-batterie nordiste, l’atteignit avant qu’elle ne puisse recharger ses pièces, et s’empara de ses trois canons. Les deux régiments de Cherokees tombèrent également sur le flanc du 3ème régiment de cavalerie de l’Iowa, le mettant en déroute. Le reste des cavaliers de l’Union battirent en retraite quand la brigade McIntosh les attaqua à son tour. Ils permirent néanmoins à la brigade Gruesel de se déployer avec le reste de l’artillerie sur une bonne position, en lisière de forêt, avec un champ ouvert devant eux.

Les neufs canons dont disposaient encore les Nordistes ouvrirent aussitôt le feu sur la position dont les Sudistes venaient de s’emparer. Peu habitués à l’artillerie, les Amérindiens refluèrent en désordre vers l’arrière : profondément éloignée de leur philosophie guerrière, l’idée de soutenir le feu des canons comme le faisaient leurs frères d’armes confédérés leur était totalement incongrue. Pike parvint à les regrouper et à leur faire mettre pied à terre, mais pas plus. Sa brigade n’allait plus jouer de rôle actif durant la première journée de combats.

Combat pour Leetown

Cela n’empêcha pas McCulloch d’aller de l’avant. Les hommes de McIntosh mirent pied à terre eux aussi et se déployèrent sur la droite, face à la position ennemie, tandis que les fantassins d’Hébert tentaient de flanquer les hommes d’Osterhaus par la gauche. D’épais fourrés séparaient la ferme Foster, que les Confédérés venaient de prendre, du champ Oberson en lisière duquel l’infanterie fédérale était déployée. C’est en voulant reconnaître ces sous-bois que McCulloch fut abattu par un tirailleur nordiste. Tué sur le coup, il laissait McIntosh à la tête de sa division.

James_McIntoshCelui-ci choisit de pousser son attaque, bien que ses forces eussent progressé de manière désordonnée à cause de l’épaisseur des sous-bois. Quand McIntosh sortit des bois avec son régiment de tête, ils furent accueillis par un feu nourri qui leur causa de lourdes pertes – y compris McIntosh, tué à son tour. L’assaut frontal sudiste « cala » faute de commandement : Hébert était à présent à la tête de la division mais, isolé sur la gauche du dispositif, il l’ignorait. Les Confédérés repoussèrent une première contre-attaque par un des régiments de Gruesel, mais dans la confusion grandissante de la bataille, leurs unités commencèrent à se replier graduellement sur la ferme Foster.

Pendant ce temps, Curtis, bien pressé par ailleurs par le reste de l’armée sudiste, n’avait pas perdu de temps. Il envoya en renfort à Osterhaus la division Davis, qui parvint à Leetown en début d’après-midi. Sa brigade de tête, celle de Julius White, arriva juste à temps pour empêcher Hébert de s’abattre sur le flanc droit de la brigade Gruesel, mais elle subit en contrepartie tout le poids de l’attaque ennemie. Elle recula, mais assez lentement pour permettre à Davis de reporter son autre brigade, celle de Thomas Pattison, sur la droite afin de flanquer l’ennemi.

Parallèlement, les cavaliers d’Osterhaus, à présent regroupés après leur déconvenue initiale, purent constater que l’aile droite sudiste était en plein désarroi et ne représentait plus une menace. Cela permit à la brigade Gruesel d’appuyer White et d’opérer librement une conversion vers la droite. Cernant l’infanterie sudiste sur trois côtés, les Nordistes passèrent alors à la contre-attaque. Désorganisés par le combat et leur marche à travers un terrain accidenté et une forêt dense, les hommes de Louis Hébert reculèrent bientôt. Dans la confusion, leur chef se retrouva isolé avec un petit détachement. Il finit par être capturé par des cavaliers nordistes.

pea_ridge_leetownPea Ridge, 7 mars 1862 : les combats autour de Leetown.

 

Albert Pike n’apprit qu’à 15 heures la mort de McCulloch et McIntosh et la disparition d’Hébert. Bien que n’étant pas le suivant dans la chaîne de commandement – cette place était dévolue au colonel Elkanah Greer – Pike estima que son grade supérieur (brigadier-général) l’autorisait à prendre la division en main. Il ordonna un repli jusqu’au point où elle s’était séparée du reste de l’armée, quelques heures plus tôt. Toutes les unités ne reçurent pas ses instructions, et la retraite fut encore plus confuse que l’action qui l’avait précédée. Certains régiments s’arrêtèrent au point convenu, d’autres poursuivirent leur chemin loin en arrière, reprenant la route par où ils étaient arrivés. Enfin, ceux qui le purent firent le tour de Big Mountain pour aller prêter main forte à Van Dorn et Price, engagés plus à l’est sur la route du Télégraphe.

Première journée à Elkhorn Tavern

La division Price approchait de la ferme Tanyard lorsqu’elle rencontra, vers 9h30, des fantassins nordistes déployés en tirailleurs en travers de la route. Il s’agissait des éléments avancés de la division Carr, que Curtis avait envoyée à la rencontre de Price. Eugene Carr fit déployer une batterie en position avancée, afin de se donner le temps de mettre en ligne son infanterie. Sa brigade de tête, commandée par Grenville Dodge, s’établit autour d’Elkhorn Tavern, une auberge isolée bâtie au croisement de la route du Télégraphe et de celle de Huntsville, qui mène vers l’est.

Jusque-là pressé d’avancer, Van Dorn perdit subitement son agressivité face aux canons nordistes. Il déploya prudemment ses troupes et fit donner sa propre artillerie. Seule face à une vingtaine de canons sudistes, la batterie tint aussi longtemps qu’elle le put – son commandant récoltant une blessure au passage. Elkhorn Tavern étant située sur un plateau nommé Pea Ridge, les Fédéraux avaient l’avantage de la hauteur. Carr en profita pour lancer ses hommes en avant malgré leur infériorité numérique, les Sudistes ayant le désavantage de devoir monter la pente.

elkhorn_tavern_1Pea Ridge, 7 mars 1862 : les combats autour d'Elkhorn Tavern, première phase.

 

Les hommes de Dodge, largement dépassés en nombre, durent défendre une ligne très étirée. Aidés par le relief et la végétation, ils parvinrent à tenir assez longtemps pour permettre l’arrivée de l’autre brigade de la division Carr, commandée par William Vandever. Celle-ci se déploya sur la gauche de Dodge, et contre-attaqua aussitôt les forces ennemies qui progressaient prudemment sur les pentes méridionales de Big Mountain. Prenant de flanc les brigades sudistes d’Henry Little et William Slack, les hommes de Vandever leur infligèrent des pertes sévères, dans un combat où Slack fut mortellement blessé.

Les commandants divisionnaires ne furent pas épargnés. Carr fut blessé à trois reprises, et Price fut légèrement touché lui aussi. Van Dorn prit le commandement direct des trois brigades de son aile droite, tandis que Price conservait sous ses ordres le contingent de la garde missourienne, à gauche. De sa propre initiative, Little attaqua la position tenue par Vandever. Van Dorn finit alors par reprendre une attitude plus franchement offensive et lui envoya en renfort la brigade de Colton Greene. Avec l’aide des hommes de Slack désormais dirigés par le colonel Rosser, l’aile droite des Confédérés repoussa son vis-à-vis en direction d’Elkhorn Tavern.

Van Dorn ordonna alors une attaque générale pour 16h30. Après de rudes combats autour de la ferme Clemon, Price parvint à enfoncer l’aile droite nordiste. Les Fédéraux tentèrent de s’arc-bouter sur une position en demi-cercle autour d’Elkhorn Tavern, vers laquelle Curtis n’envoyait de renforts qu’au compte-gouttes. À l’exception de Vandever, presque tous les officiers supérieurs de la division Carr furent blessés. Lorsque Carr lui annonça qu’il ne pourrait plus tenir la position, Curtis lui ordonna en retour de « persévérer ». « Il le fit, » rapporta plus tard Curtis, « et la triste désolation dans les rangs des 4ème et 9ème de l’Iowa, des Missouriens de Phelps, du 24ème du Missouri du major Weston, et de toutes les troupes de cette division allait montrer le prix de cette persévérance. »

Les hommes de Carr finirent par céder, toutefois, et se replièrent en bon ordre, laissant Elkhorn Tavern aux mains de leurs ennemis. Rejoints vers 18h30 par Curtis en personne, qui amenait avec lui le gros de la division Asboth, ils s’efforcèrent de rétablir une ligne de défense parmi les champs cultivés qui s’étendaient au sud-ouest de l’auberge. Lorsque Dodge fit remarquer à Curtis que ses hommes n’avaient plus de munitions, son supérieur ordonna une charge à la baïonnette. Les soldats s’exécutèrent, mais subirent très vite des pertes sévères, Asboth s’ajoutant à la liste des blessés. Curtis coupa court à la manœuvre. Ce fut malgré tout suffisant pour stopper l’avance confédérée : les Sudistes aussi commençaient à manquer de cartouches, ils avaient faim – faute d’avoir capturé les chariots de ravitaillement nordistes – et la nuit tombait.

elkhorn_tavern_2Pea Ridge, 7 mars 1862 : les combats autour d'Elkhorn Tavern, deuxième phase.

 

Tel est pris qui croyait prendre

Van Dorn demeura dans une posture passive alors qu’il s’efforçait désespérément d’obtenir des munitions pour ses hommes. C’était là tout le paradoxe de sa situation : s’il était parvenu à couper Curtis de sa base de ravitaillement, il se retrouvait dans une situation similaire en ayant laissé en arrière ses chariots de munitions. Restés aux alentours de Bentonville, ils étaient à des heures du champ de bataille, tandis que les Nordistes, pour leur part, avaient toujours les leurs et ne risquaient pas la pénurie. Les deux camps se firent face durant une nuit froide, de part et d’autre des champs ouverts qui s’étendaient au sud-ouest d’Elkhorn Tavern.

ASAsbothSamuel Curtis n’était pas resté inactif durant la nuit, et il n’avait pas renoncé à son état d’esprit agressif. Il regroupa l’essentiel de ses forces face à Van Dorn, et planifia une attaque. La division Davis vint se placer sur la gauche des hommes de Carr exténués, tandis que Sigel devait emmener ses troupes – les divisions Osterhaus et Asboth – dans une manœuvre destinée à déborder le flanc droit des Confédérés par une route arrivant de l’ouest. Le lever du jour, le 8 mars, révéla cependant que les Sudistes s’étaient préparés à cette éventualité.

Toutefois, le soleil montant révéla aussi au colonel Osterhaus, parti en reconnaissance, que l’ennemi avait négligé une petite hauteur face à leur droite. Sigel reconnut là aussitôt une position idéale sur laquelle placer son artillerie, et il décida de marcher directement sur elle au lieu d’exécuter la complexe marche d’approche initialement prévue. Cette improvisation allait s’avérer décisive. Tandis que Curtis commença à faire donner le canon dès 7 heures sur l’aile droite, Sigel achevait de ranger son aile gauche sur deux rangs, la division Osterhaus précédant celle d’Asboth. L’artillerie sudiste tenta d’entraver sa progression, mais elle perdit d’autant plus vite son duel avec les canons nordistes que ses caissons à munitions étaient presque vides.

General-Franz-SigelAvant 9 heures, la situation était devenue critique pour les Confédérés sur leur flanc droit. Van Dorn tenta de riposter en étendant ses lignes sur les pentes méridionales de Big Mountain, y compris les quelques éléments de la division de feu McCulloch que Pike était parvenu à ramener avec lui. La manœuvre pouvait réussir, car elle conférerait aux Sudistes l’avantage de la hauteur. Mais Sigel fit concentrer le feu de son artillerie contre cette position : le sol rocheux de Big Mountain ne tarda pas à aggraver les effets du bombardement nordiste et, comme le nota Sigel, « cailloux et rochers firent autant de ravages qu’obus et boulets ». Le général fit également glisser sur sa gauche les éléments de la division Asboth : la brigade de Frederick Schaefer et l’équivalent de deux régiments de cavalerie.

Ces forces repoussèrent les Sudistes sans grandes difficultés. Vers 10 heures, Sigel lança toutes ses troupes dans un nouvel assaut. Impuissant faute de munitions, Van Dorn n’eut bientôt plus d’autre choix que d’ordonner un repli. L’avancée de Sigel menaçait de couper la route du Télégraphe, aussi Van Dorn choisit-il d’emprunter une autre route, qui menait vers l’est – c’est-à-dire complètement à l’opposé de celle que les Sudistes avaient suivie les jours précédents. Une décision qui sema la confusion aussi bien chez ses poursuivants que parmi ses propres hommes.

 

Le Missouri est perdu

Curtis ne réalisant pas ce que Van Dorn était en train de faire, il fit attaquer la division Davis mais négligea de faire de même avec celle de Carr, alors que celle-ci, tout à droite de son dispositif, était la mieux placée pour couper la retraite confédérée. Mais le repli fut aussi mené dans une certaine confusion côté sudiste. Une partie des troupes de l’aile droite, pressée par les hommes de Sigel, paniqua et se jeta sur la route du Télégraphe, se repliant par là où elle était venue. Le bruit courut un moment que Van Dorn et Price avaient été capturés. « Plus personne n’était là pour donner un ordre », rapporta ensuite le général Pike. À midi, les Fédéraux avaient repris Elkhorn Tavern.

elkhorn_tavern_3Pea Ridge, 8 mars 1862.

 

Pike s’efforça d’utiliser ses cavaliers cherokees pour couvrir sa retraite, mais celle-ci tourna rapidement à la fuite, durant laquelle de nombreux Confédérés furent capturés. Leurs pertes auraient pu être plus importantes si Franz Sigel, particulièrement brillant au cours des combats de la matinée, n’avait pas commis une invraisemblable erreur d’appréciation en estimant que l’ennemi se retirait en direction du… Missouri ! Il mena ses troupes loin vers le nord et ne fit demi-tour que le lendemain, date à laquelle les Sudistes avaient réussi à s’échapper. Leur repli vers leur base de Cove Creek, sans vivres à travers les monts Boston enneigés, fut cependant très difficile.

cf_elkhorn_tavern_winter2_2L’offensive audacieuse mais précipitée d’Earl Van Dorn avait échoué. Curtis rapporta la perte de 1.351 hommes dont 203 tués. Son homologue sudiste plaçait les siennes à environ 800, mais il est très probable que Van Dorn – qui surévaluait au double les effectifs lui ayant fait face – les ait sous-estimés pour minimiser sa défaite. Le chiffre de 2.000 semble être un minimum compte tenu des prisonniers, mais également du nombre sans doute élevé de soldats – qu’ils fussent déserteurs ou victimes du froid et de la faim – perdus en route lors de la retraite.

Mais surtout, la bataille de Pea Ridge était pour la Confédération un sérieux revers stratégique. Dans la lutte pour le Missouri, elle ôtait définitivement l’initiative au Sud. Jamais la Confédération ne fut en mesure, par la suite, de menacer le contrôle de l’Union sur cet État – bien que le Nord eût fort à faire contre la guérilla sécessionniste qui s’y était développée. L’opération que lancera le général Price à l’automne 1864 était plus un raid à grande échelle qu’une véritable offensive, et elle s’achèvera d’ailleurs en désastre. La défense de l’Arkansas, État pauvre, excentré et sans grande valeur stratégique, passa d’ailleurs vite au second rang des priorités de la Confédération. Ne laissant derrière elle que des troupes dispersées, l’armée de Van Dorn fut bientôt transférée sur la rive orientale du Mississippi.

 

Sources

Article général sur la bataille de Pea Ridge.

Article d’Allen Parfitt sur la bataille.

La page du Civil War Preservation Trust consacrée à la bataille, avec notamment trois cartes remarquables de Steven Stanley et plusieurs articles connexes.

Page pointant vers plusieurs documents importants, dont les récits et rapports de Sigel, Curtis, Van Dorn, Price et Pike.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire