Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Histoire Universelle Al Andalus (1/4) : De la conquête au califat

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Al Andalus (1/4) : De la conquête au califat

maureL’histoire de l’Espagne musulmane (Al Andalus) véhicule tout un tas de clichés, voire de fantasmes ; elle est en fait mal connue, en France mais pas seulement puisqu’en Espagne les débats historiographiques continuent également, exacerbés par les particularismes régionaux. Quelle fut donc l’histoire de cette si fascinante « Al Andalus », dont le nom même est mystérieux ?

Généralement, on voit Al Andalus comme une espèce de modèle idéal de coexistence pacifique et de tolérance entre les différentes cultures présentes sur place : indigènes (Ibères, Wisigoths,…), Arabes et Berbères, chrétiens, juifs et musulmans…Nous allons donc tenter de faire une histoire chronologique de l’Espagne musulmane, dont l’origine du nom est encore sujette à débat (il serait un détournement du mot « Vandales ») ; nous verrons que, loin d’être pacifique, l’histoire d’Al Andalus a été toutefois foisonnante d’événements, passionnante à plus d’un titre, que ce soit du point de vue politique, culturel ou religieux et qu’elle a aussi connu des drames et des fêlures dont les conséquences sont encore perceptibles aujourd’hui.

Et que, si elle n’a pas été ce que certains aimerait qu’elle soit, cela n’enlève en rien l’attrait qu’elle peut avoir pour n’importe quel passionné d’Histoire, et pas seulement médiéviste…Il faudra, après cette histoire chronologique (avec d’abord une première partie de la conquête au califat), aborder ailleurs les aspects plus spécifiques, comme les collaborations et cohabitations entre les différents peuples et cultures, se poser la question d’une « identité andalouse », de la place d’Al Andalus dans le transfert des savoirs grec, etc.

L’avancée de l’Islam en Méditerranée

Très tôt après la mort de Mahomet (632), la conquête enclenchée par le Prophète s’organise pour sortir de la péninsule Arabique. Les empires sassanide et byzantin sont les premiers touchés dès les années 635-650, avec la prise de la Syrie, de l’Egypte et la chute de Persépolis en 648. En revanche, les Arabes échouent devant Constantinople en 718.

Les armées musulmanes se tournent très vite vers l’Ouest. Mais la première fitna (guerre civile au sein de l’Islam) stoppe l’avancée dans les années 650, avant une reprise dans les années 670 : c’est la fondation de Kairouan (en Tunisie aujourd’hui). L’avancée continue jusqu’à l’Atlantique, mais les musulmans se heurtent de plus en plus à la résistance des Berbères de Kusayla à la fin du VIIè siècle ; une seconde fitna les ralentit une nouvelle fois. Mais dès les débuts du VIIIè siècle, l’offensive reprend sous l’impulsion de Musa b. Nusayr : la célèbre Kahina (rebelle berbère) est vaincue, les Berbères soumis et l’installation jusqu’à l’Atlantique est définitive avec la fondation de Tanger en 709. Musa, mandaté par le calife de Damas, peut alors se tourner vers l’Espagne wisigothique

La conquête de la péninsule Ibérique 

L’arrivée des armées musulmanes en Espagne ne se fait pas totalement dans l’élan des conquêtes de la deuxième moitié du VIIè siècle. Ce serait suite à l’appel du Wisigoth Julien de Ceuta que les Musulmans seraient intervenus dans le royaume wisigoth en 711, d’abord par Tarif (qui a donné son nom à Tarifa), envoyé par Musa b. Nusayr (gouverneur d’Ifriqiya) avec 400 hommes et qui pille aux alentours de Algésiras. Puis, c’est le fameux berbère Tariq b. Ziyad (qui donnera son nom Djabal Tariq à Gibraltar) qui fait une razzia avec 12 000 hommes et bat l’armée du roi Roderic au rio Guadalete en juillet 711. Musa arrive en 712, et la conquête s’achève peu de temps après. Mais les conquérants sont rappelés à Damas par le calife omeyyade en 714. 

Les sources sont un vrai problème, du côté arabe pour la conquête d'Al Andalus, car elles sont toutes postérieures (IXè-Xè). Les historiens se basent avant tout sur les « Akhbar Madjum’a » d’un anonyme, et sur le « Tarikh iftitah al-Andalus » d’Ibn al-Qutiyya (fils de la Gothe), tous deux étant antérieurs à l’an Mil. On peut aussi évoquer la source beaucoup plus tardive de l’andalou al-Himyari (XIVè) avec son « Kitab al-Rawd al-mi’tar fi khabar al aqtar ». 

Les successeurs de Musa (dont l’un de ses fils) achèvent la conquête en 721. Mais des dissensions commencent dès 716, et la rivalité entre Arabes et Berbères, et entre Arabes du Nord et du Sud (des rivalités exportées de la péninsule Arabique) enfle. Parallèlement, la conquête s’arrête en Gaule avec la défaite de Poitiers, et le retrait des villes conquises, comme Narbonne, en 754. La péninsule s’isole aussi du reste du dar al-islam à cause de la révolte kharijite au Maghreb, mais cela permet également aux Arabes de s’imposer en Al Andalus, quand le djund syrien (contingent militaire) envoyé pour mater la rébellion kharijite se retrouve en Espagne et s’y installe en 741. 

L’émirat omeyyade d'Al Andalus 

Les années 750 sont décisives pour tout l’empire musulman, car elles voient la chute du califat omeyyade de Damas en faveur des Abbassides qui s’installent à Bagdad. Al Andalus dépendait de la province de Kairouan, et était toujours en proie aux rivalités et aux accrochages avec les petits royaumes chrétiens du Nord. Mais, arrive en 755 ‘Abd al-Rahman, que les chroniques présentent comme le dernier survivant des Omeyyades de Damas. Il bat les armées des Arabes fihrites à Cordoue en 756, se proclame émir et règne jusqu’en 788. Il passe toutes ces années à pacifier et organiser l’émirat, qui devient un sanctuaire loin des tensions en Orient. Il participe peu à la politique extérieure, et n’est pour rien dans la débâcle franque de Roncevaux en 778. 

carte_espagne_andalousieDurant le siècle suivant, les émirs successifs (dont le fils d’Abd al-Rahman, Al-Hakam) s’emploient à islamiser Al Andalus et à y diffuser le rite malikite. Mais des tensions apparaissent, d’abord avec les muwalladuns, indigènes convertis à l’islam, avec comme point culminant la révolte du Faubourg (de Cordoue) en 818, sévèrement réprimée. Viennent ensuite les problèmes avec les mozarabes, leschrétiens vivant en Espagne musulmane et parlant arabe, et enfin la grande révolte d’Umar b. Hafsun à la fin du IXè siècle. Celle-ci intervient dans un contexte favorable de délitement du pouvoir émiral, qu’on appelle fitna (discorde, guerre civile entre musulmans), entre 870 et 880. Un homme va en tirer parti, ‘Abd al-Rahman III. 

En ce qui concerne les sources, les historiens s’appuient en grande partie sur le « Muqtabis » d’Ibn Hayyan (987-1076) et sur le « Kitab al-Mu’djib fi Talkhis akhbar al-Maghrib » qu’Al-Marrakushi rédige en 1225, mais également sur les œuvres des martyrs de Cordoue Alvare et Euloge. 

Le califat omeyyade ressuscite en Al Andalus

L’émirat se décompose en 884 à la mort de Muhammad Ier, et ses successeurs ne peuvent contenir les révoltes, dont celles de Ibn Hafsun dès 888. De plus, les royaumes chrétiens recommencent à se faire menaçants. 

Il faut attendre 913, et l’arrivée au pouvoir d’Abd al-Rahman III, pour que les choses évoluent dans le bon sens. Il commence à réunifier les provinces d’Al Andalus et combat sans relâche la révolte d’Ibn Hafsun et de ses successeurs, qu’il bat définitivement en 929. La même année, il prend le titre de calife, revendiquant ainsi la légitimité omeyyade perdue, face au califat abbasside, mais aussi à l’autre nouveau califat : les Fatimides. 

Abd al-Rahman III va faire entrer Al Andalus dans son Age d’Or, en particulier culturel. C’est un « règne restaurateur » (Guichard). Il fait construire la ville-palais de Madinat al-Zahra, près de Cordoue en 936, qui devient le centre culturel de l’Occident musulman, faisant même de l’ombre à Bagdad. 

Au niveau politique extérieure, le calife connaît moins de fortune : il ne parvient pas vraiment à s’implanter dans le Maghreb, malgré le départ des Fatimides pour Le Caire, leur nouvelle capitale. Contre les Chrétiens, si leur avance est freinée en Al Andalus grâce à leurs divisions, il est quand même défait en 939 face au Leon à Simancas. Son habileté politique et diplomatique lui permet néanmoins de conserver un certain statu quo, et même à intervenir dans les relations entre chrétiens ! 

Il meurt en 961, et son successeur et fils Al-Hakam II est plus un intellectuel qu’un militaire. Il est très versé dans les arts et la culture, mais peu intéressé par la politique extérieure, sauf au Maghreb où il se fait plus agressif que son père. Son califat est qualifié désigné pourtant comme « immobile », le souverain ne bougeant pas de son palais. Al Andalus connaît un très grand essor culturel, mais la mort du calife en 976 montre la fragilité réelle du pouvoir de Cordoue. Le fils d’Al-Hakam II, Hisham II, a 10 ans et c’est son hajib Muhammad b. Ami’Amir qui va exercer le pouvoir réel et à terme, précipiter la chute du califat. 

Les sources à propos du califat sont plus nombreuses, et d’ailleurs celles relatant les débuts d'Al Andalus datent pour partie de cette période. Nous avons d’abord « La chronique anonyme d’Abd al-Rahman III » datée des environs de l’an Mil, ou encore Ibn Hayyan déjà cité. 

Bibliographie : voir quatrième partie.

Al Andalus 2 : la chute du califat et l’avènement des Taïfas.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire