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Athènes et la démocratie

athenes_agoraAthènes est généralement présentée comme le lieu de naissance de la démocratie directe, du 6ème siècle avant notre ère à -338 et la conquête de la cité par Philippe de Macédoine, le père d’Alexandre. Mais quels principes guidaient la structure des institutions athéniennes ?

 

Tirage au sort et démocratie

Bernard Manin décrit dans son ouvrage Les Principes du Gouvernement représentatif l’économie des institutions athéniennes.

Les Athéniens y sont décrits comme distinguant les régimes selon le mode de désignation des gouvernants, et comme favorisant un système « démocratique », ne substituant au principe du tirage au sort la pratique de l’élection que de manière marginale, quoique pour des fonctions importantes.

La place du tirage au sort dans les institutions athéniennes serait dès lors le signe de leur attribut démocratique, mais encore de la place du religieux dans la société antique, les dieux qui guident l’issue du tirage au sort lui apposant un sceau de justice. Le bon citoyen athénien doit, dès lors, commander et obéir de manière alternative.

Quoique critiqué par les philosophes, au premier chef desquels Socrate et son élève Platon, comme requérant des citoyens une trop grande implication dans la vie publique, le principe de la participation politique, sœur jumelle de la liberté du citoyen athénien, demeure subordonné au volontariat.

C'est ainsi qu'à l'Ekklesia, assemblée où sont votées les lois à main levée, ne siègent qu'un cinquième des citoyens (près de 6,000 sur un ensemble de 30,000 citoyens Athéniens). La prise de parole y est, en outre, accaparée par une élite d'orateurs, que les Sophistes entendent notamment former. S'y affrontent trois grandes factions, populaire, modérée et aristocrate.

La Boulé, conseil qui prépare l'ordre du jour de l'assemblée, est, lui, composé de 500 citoyens âgés de plus de trente ans, tirés au sort par circonscription (dème). Les historiens s'accordent à considérer qu'eu égard au système du tirage au sort, près de la moitié des citoyens athéniens siègent à la Boulé durant leur vie.

Election et démocratie

athenes_agora

L'élection est conçue à Athènes comme la technique de désignation de gouvernants dotés de qualités supérieures, postulant inégalités de talent et démocratie hors de tout antagonisme.

Si 600 magistrats, qui sont ainsi tirés au sort parmi les citoyens volontaires, exercent pendant un an la fonction d'agent public, une autre centaine est élue parmi l'aristocratie et occupe les fonctions les plus importantes, à la guerre et aux finances. Les conditions d'accès à la magistrature demeurent néanmoins peu restrictives, puisque sont seules vérifiées la tenue des obligations fiscales, militaires et familiales des volontaires. Aucune compétence n'est requise pour s'y présenter, et est seule interdite la sympathie pour des opinions oligarchiques.

Créés au 4ème siècle avant notre ère pour contrôler la cohérence des nouvelles lois et leur insertion dans la hiérarchie des normes, au moment où les lois sont codifiées à Athènes, les Nomothète sont eux aussi élus parmi une élite, plus à même de rendre compte d'une compétence juridique et technique.

Justice et démocratie

Les Héliastes, juges aux affaires politiques, constituent, quant à eux, 6,000 tirés au sort parmi des citoyens volontaires âgés de plus de la trentaine. Ici encore, nulle compétence particulière n'est requise pour prendre part à la décision publique.

Les juges ont pourtant un large domaine d'action, et se tiennent notamment comme un garde-fou contre une éventuelle dérive de la démocratie. L'action criminelle en illégalité, qui peut être introduite par tout citoyen, dès lors qu'il n'en abuse pas, leur permet en effet de contrôler la conformité d'une proposition de loi aux principes démocratiques. Diverses sanctions peuvent être décidées à l'issue d'une procédure contradictoire, l'annulation de la proposition, une amende, voire le retrait définitif des droits politiques attachés à la citoyenneté.

Les Héliastes peuvent également connaître des trahisons, tentatives de corruption, de coup d'état, ou condamner encore un général ayant connu une défaite militaire.

Citoyenneté et démocratie

La liberté athénienne, "liberté des anciens" pour Benjamin Constant, est ainsi conçue comme une libre participation aux affaires publiques. Son principe charpente la structure des institutions athéniennes, qui mêlent savamment principe du tirage au sort et élection pour des positions plus importantes.

Si la religion civique instaure un rapport égal entre les hommes et les dieux de la cité (qui ne sont pas omniscients), les Athéniens ne conçoivent cependant pas l'individu dans son intériorité. C'est pourquoi le reproche souvent adressé à la démocratie athénienne de ne pas concevoir les libertés individuelles – bien qu'offrant une grande liberté des mœurs, par contraste avec Sparte – paraît entaché d'anachronisme.

La citoyenneté n'est, enfin, pas reconnue à tous les habitants d'Athènes puisque femmes et esclaves en sont exclus. L'esclavage peut même être considéré comme la condition de la démocratie directe à Athènes puisque, n'ayant point d'activités économiques, les citoyens peuvent se consacrer aux affaires de la cité.

L'argument selon lequel le développement du commerce éloignerait les citoyens de la participation politique a par ailleurs été repris par foule d’historiens et philosophes du politique...d'Aristote à Rousseau.

Mais serait-ce à dire que l'idéal athénien de démocratie athénienne serait incompatible avec le monde dont accouchent les révolutions industrielles ?

 

Bibliographie

- Bernard Manin, Les Principes du Gouvernement représentatif, 1995, rééd. Flammarion, coll. « Champs », 1996.

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