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La sanglante prise d'otages des J.O de Munich (1972)

munich_prise_otage5 Septembre 1972, la grande fête olympique qui se tient cette année à Munich entre dans sa deuxième semaine. L’atmosphère détendue et joyeuse du village olympique va pourtant être troublée par un événement des plus dramatiques. 8 terroristes palestiniens du groupe Septembre Noir vont s’attaquer à la délégation israélienne. Lorsque les armes finiront par se taire, le lendemain, 11 athlètes auront péri. Drame sans précédent, la prise d’otage de Munich amènera par la suite les forces de sécurité du monde entier à revoir de fond en comble leurs procédures antiterroristes. Elle aura de plus jeté une lumière crue sur l’acuité de la question palestinienne, toujours sans réponse.


 

Septembre Noir

Le groupe armé palestinien septembre noir trouve son origine dans les évènements de septembre 1970 en Jordanie, lorsque l’armée d’Amman entrepris d’écraser les fédayins palestiniens devenus dangereux pour la monarchie. Composé en grande partie d’anciens militants du Fatah et du FPLP, septembre noir entretient des liens ambigus avec le mouvement de Yasser Arafat. Rompant avec les méthodes utilisés jusque là par les combattants palestiniens, ce groupe entend mener sa lutte principalement à l’étranger, que ce soit contre la Jordanie mais aussi (et avant tout) contre Israël. Il s’organise en petites cellules indépendantes, un schéma qui connaitra un grand succès par la suite.

L’année 1972, voit les membres de Septembre Noir planifier l’opération « Ikrit et Biram » dont le nom fait référence à deux villages palestiniens vidés de leurs population en 1948 par les Israéliens. Cette opération se veut spectaculaire, à même de frapper l’opinion mondiale. La cible est définie d’emblée comme la délégation israélienne aux Jeux Olympiques de Munich, un événement dont le symbolisme politique est d’importance. Ainsi dans les semaines qui précédent les jeux, plusieurs membres de septembre noir vont s’infiltrer au sein du village olympique après avoir été embauché à divers postes mineurs.

Les Jeux Olympiques de Munich

jo_1972_04Premiers jeux organisés en Allemagne après la seconde guerre mondiale, les Jeux Olympiques de Munich constituent pour la RFA un des symboles de son retour dans le concert des nations. Le comité olympique ouest-allemand a par conséquent attaché un soin tout particulier à effacer le souvenir des Jeux Olympiques de Berlin de 1936. Ainsi à l’atmosphère militarisée et ultra-compétitive des jeux nazis, il oppose une ambiance de pacifisme et solidarité internationale et ce tout particulièrement à destination de la délégation israélienne (depuis le milieu des années 60, les deux états sont en plein rapprochement diplomatique).

L’ambiance au village olympique se veut détendue, ce qui se traduit par une sécurité relativement lâche. Cela est d’autant plus vrai en ce qui concerne les athlètes israéliens qui ne font pas l’objet d’une surveillance armée (de peur des critiques que cela pourrait entrainer) et sont logés dans un bâtiment facile d’accès par l’extérieur. Cela ne va pas manquer d’aider considérablement au succès des terroristes de septembre noir.

La Prise d’otages

Il est 4 heures 30 du matin quand les huit terroristes de septembre noir, transportant leurs armes (pistolets automatiques, fusils AKM, grenades) dans de simples sacs pénètrent dans le village olympique. S’emparant rapidement des clés de la résidence de la délégation israélienne, ils revêtissent leurs masques et prennent d’assaut le bâtiment. Malgré la résistance de certains lutteurs et haltérophiles de la délégation (qui causera la mort de deux d’entre eux), ils soumettent les athlètes dont la plupart dorment encore. Les militants palestiniens se sont au final emparés de 9 otages qu’ils regroupent dans un appartement.

Peu après, ils se font connaitre au grand public par leurs revendications. Palestiniens issus de camps de réfugiés du Liban, de Syrie et de Jordanie, ils réclament la libération et le transfert vers l’Egypte de 234 militants emprisonnés en Israël, ainsi que celle de deux membres de la Fraction Armée Rouge incarcérés en Allemagne. La réponse de Tel-Aviv est sans appel, c’est un refus net. Il revient donc aux autorités ouest-allemandes de gérer la crise. Or celles-ci n’ont guère l’expérience de ce genre de situation et surtout pas de forces spécialisées dans le contre-terrorisme.

Les négociations qui s’engagent révèlent l’incapacité des autorités allemandes à cerner les militants palestiniens. Sous l’œil des caméras ces derniers se voient proposer d’importantes sommes d’argent dont ils n’ont que faire. Alors que des membres de la police des frontières (mal entrainés) encerclent le bâtiment, les Jeux se poursuivent dans une ambiance surréaliste et ne seront suspendus que 12 heures après le début de la prise d’otages. En fin de journée et avec l’accord du chancelier Willy Brandt les ouest-allemands finissent par préparer un plan de sauvetage. Le fait que plusieurs athlètes israéliens aient été maltraités ou soient blessés (certains par balles) les ont décidés à agir. Malheureusement ils vont baser leur plan sur une estimation erronée du nombre de terroristes (quatre ou cinq, au lieu de huit).

Un dénouement sanglant

En début de soirée, les autorités acceptent de convoyer les palestiniens et leurs otages vers une base aérienne d’où un Boeing 727 pourraient les emmener jusqu’en Egypte. Il est prévu d’attaquer les terroristes sur cette base, afin de limiter les dommages collatéraux. Cinq « tireurs d’élite » ont été sélectionnés. Ces officiers de police, qui pratiquent le tir sportif, n’ont aucune expérience de ce genre de situation…

Lorsque les terroristes et leurs otages montent dans les hélicoptères qui les transportent vers la base de Fürstenfeldbruck, les policiers ouest-allemands constatent avec stupeur qu’ils ont affaire à huit militants armés. Parvenus sur la base vers 22h30, les membres de septembre noir réalisent rapidement qu’ils sont tombés dans un piège grossier. Les deux hommes qui sont allés inspecter le Boeing l’ont en effet trouvé vide. Ils se rabattent alors vers les hélicoptères, leurs otages et les pilotes allemands. Les cinq « tireurs d’élite » allemands ouvrent le feu vers 23h00, dans des conditions catastrophiques. Ils ne disposent pas de radio pour se coordonner, pas d’équipement de visée, ni de vision nocturne…or les terroristes détruisent bien vite toutes les lumières à leur portée.

Résultat, les tirs initiaux n’abattent que trois palestiniens, le reste parvenant à garder les otages dans les hélicoptères (les pilotes eux s’enfuient). Un policier allemand a même été abattu d’une balle perdue. Va s’ensuivre plus d’une heure de fusillade erratique, pendant lesquels les ouest-allemands acheminent péniblement des véhicules blindés sur zone. Ceux-ci vont enfin permettre de débloquer la situation, mais de la pire des manières. A minuit, les terroristes se sachant perdus décident d’abattre leurs otages au pistolet et à la grenade. L’assaut général est alors lancé. Quand les combats cessent une demi-heure plus tard, neuf otages auront été abattus, ainsi que cinq terroristes (les autres ne sont que blessés). Aucun athlète israélien n’aura survécu à la tentative de sauvetage…

Les conséquences d’un massacre

La prise d’otage, qui vint briser la très symbolique trêve olympique fut d’emblée condamnée par l’ensemble de la communauté internationale, Israël en tête. En Allemagne, elle jeta le gouvernement de Willy Brandt dans un embarras profond, qui aboutira à une refonte complète des services de sécurité et à la naissance de l’unité anti-terroriste CSG9 (qui inspirera le GIGN et de nombreuses autres unités similaires).

Cet événement de retentissement mondial, parce que fortement médiatisé, donnera un incontestable coup de fouet à la cause palestinienne, alors liée à l’activisme d’ultra-gauche. Conscient de l’enjeu que cela représentait le gouvernement Israélien de Golda Meir réagira avec la plus grande fermeté. Le Mossad dans le cadre de l’opération secrète Colère de Dieu (dépeinte de manière romancée dans le film Munich de Steven Spielberg) va entreprendre une campagne d’assassinats ciblés à l’encontre des responsables de la prise d’otage et de divers dirigeants de l’OLP. Elle ne cessera qu’en 1991…

Quant à la fête Olympique de 1972, elle se poursuivra dans une ambiance étrange marquée par les tensions entre délégations arabes et autorités olympiques et par le départ précipité de plusieurs équipes. 36 ans après la messe nazie de Berlin, l’Olympisme aura une fois de plus été pris en otage par la politique…

Pour aller plus loin

- Munich, de Steven Spielberg. Fiction, DVD. 2007.

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