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La querelle des investitures : l'assemblée de Worms (24 janvier 1076)

querelle-des-investituresLes luttes entre la papauté et le Saint Empire romain Germanique ont marqué les XIè et XIIè siècles, mais on peut considérer que leur apogée se tient lors de ce que l’on appelle communément la « Querelle des Investitures ». Le début de ce conflit, dont les racines sont très profondes, peut être choisi à différentes dates, mais généralement on considère celle de l’assemblée de Worms, ce 24 janvier 1076, comme décisive.


 

Les origines de la querelles des investitures

Nous n’allons pas ici entrer dans le détail des réformes grégoriennes, mais il faut juste noter que leur origine remonte aux débuts du XIè siècle, et même au Xè siècle dans la lignée des réformes clunisiennes. Pour simplifier, il s’agissait pour Rome d’unifier l’Eglise derrière l’autorité du pape, et ce en totale indépendance des pouvoirs laïcs. C’est d’abord pour cela que des papes comme Léon IX ont soutenus Cluny dans sa quête d’autonomie vis-à-vis des Grands (les seigneurs et le roi). Les buts précis : primauté du Saint-Siège donc, mais aussi lutte contre la simonie, les mariages et l’incontinence des prêtres. La réforme devint « libertas », ou liberté pontificale. Mais problème de taille : depuis les Ottoniens (Xè siècle), ce sont les empereurs qui élisent (désignent) le pape…

Pourtant, Léon IX décède en 1055, et l’année suivante c’est le tour d’Henri III, qui l’avait désigné pape. C’est alors que le pape Nicolas II (troisième successeur de Léon IX), sous l’influence d’un certain Hildebrand (futur Grégoire VII), profite de la minorité du jeune Henri IV pour imposer au concile de Latran l’élection du pape par les cardinaux (1059).

Mais le tournant décisif se situe en 1073, quand Hildebrand succède à Alexandre II, sous le nom de Grégoire VII. Il est depuis longtemps l’un des artisans de la réforme (qui prendra donc son nom). Né en Toscane vers 1020, d’origine modeste, il connaît l’éducation clunisienne à Cologne, puis entre au service de Léon IX en 1049 ; il continue son œuvre de réforme sous les papes suivants et donc jusqu’à Nicolas II et Alexandre II auquel il succède. C’est un homme très intelligent, doté d’une volonté de fer et qui se dit saint Pierre vivant : « Le Bienheureux Pierre lui-même, répond par ma bouche »…Il n’entend pas céder devant les pouvoirs laïcs, y compris le jeune empereur.

Des dictatus papae à l’assemblée de Worms

Parvenu au sommet de l’Eglise, Hildebrand a les coudées franches pour achever ses réformes entamées près de trente ans auparavant. Il convoque synodes et conciles, et en 1074 puis 1075, il réaffirme ses décisions en interdisant aux laïcs d’investir les évêques (y compris celui de Rome, lui). Il excommunie aussi à tout va les évêques simoniaques, en particulier de proches conseillers de l’empereur…Ces décisions sont appelées les dictatus papae, qui comportent pas moins de 27 points, et qui donnent au pape, par exemple, le droit de déposer les empereurs ou de décider des textes canoniques ! Le pape devient le seul détenteur légitime du pouvoir impérial, et les pouvoirs temporels ne sont là que pour exécuter ses commandements (qui sont ceux de Dieu évidemment) !

dictatus_papae_complete

L’empereur ne peut rester sans réagir, surtout qu’il est pressé par le clergé germanique, opposé pour grande part à ces réformes. Henri IV a obtenu sa majorité en 1066 mais divers problèmes internes, dont une révolte en Saxe, ne lui permettent de pouvoir se tourner vers Rome qu’en 1075. Dès le début de l’année 1076, il décide donc de convoquer une assemblée à Worms, un concile plus exactement (avec des évêques donc), qui dépose le pape Grégoire VII ! Nous sommes le 24 janvier 1076. La décision est entérinée par une autre assemblée, lombarde cette fois, et Henri IV envoie alors une lettre très violente au pape pour lui signifier sa destitution : « descende, descende, per saecula damnande » (descends, descends, toi qui es condamné à jamais). La Querelle des Investitures commence.

La pénitence de Canossa et la victoire du pape

Mais le pouvoir de l’empereur est encore fragile : les Saxons reprennent les armes, et Henri IV est vite abandonné, déposé par les Grands et les prélats de son empire en octobre 1076 ! Il décide alors d’aller faire pénitence devant le pape, retiré à Canossa. Grégoire VII le laisse subir une longue humiliation, et l’absout finalement le 28 janvier 1077 : il lève l’excommunication, mais ne lui rend pas son pouvoir. Henri IV doit alors affronter une guerre civile, dans son royaume où a été élu un contre-empereur. Il semble reprendre le dessus dans la première partie des années 1080, face à ses rivaux impériaux mais aussi face à Rome, alors qu’il fait désigner un anti-pape, Clément III. Henri IV profite ensuite de la mort de son rival Rodolphe pour marcher sur l’Italie, puis Rome, et Grégoire VII ne doit son salut qu’à l’intervention du Normand Robert Guiscard, en mai 1084.

L’empereur croit enfin ses problèmes terminés quand le grand pape décède en 1085. Pendant deux ans le trône papal est vide, mais Henri IV doit ensuite se frotter à Urbain II (l’instigateur de la Croisade), puis son successeur Pascal II. Sa légitimité sans cesse remise en question, il meurt misérablement en 1106. Son fils Henri V tente lui aussi la force pour s’imposer, mais échoue également et doit céder à un compromis face au pape Calixte II : c’est le concordat de Worms, en 1122, entériné par le concile de Latran I. L’Eglise et la réforme grégorienne sortent finalement victorieuses de la Querelle des Investitures.

Bibliographie

- Propagande et polémique au Moyen Age : La Querelle des investitures (1073-1122) de Jacques Van Wijnendaele. Breal, 2004.

- J. CHELINI, Histoire religieuse de l’Occident médiéval, Pluriel, 2006.

- F. RAPP, Le Saint Empire romain germanique (d’Otton le Grand à Charles Quint), Points Histoire, 2003.

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