Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Histoire Universelle Moyen-âge Histoire des croisades (8/14) : La Quatrième croisade

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Histoire des croisades (8/14) : La Quatrième croisade

c_croisade4_flotteLe pape Innocent III, dès 1198, ne tient pas compte des accords entre Richard Cœur de Lion et Saladin, et appelle à une nouvelle croisade pour reprendre Jérusalem. Mais il n’est cette fois pas suivi par les principaux souverains européens, et ce sont des barons qui vont répondre à l’appel et demander de l’aide à la puissante Venise. Ce ne sont pas les infidèles qui vont en subir les conséquences, mais « la deuxième Rome » : Constantinople !

 

Byzance et les Latins

Les tensions n’ont guère cessé entre les Byzantins et les croisés depuis la Première croisade, et les différents empereurs ont toujours tenu à garder une influence sur les événements en Terre Sainte, n’hésitant pas à jouer contre les Latins parfois. Mais l’Empire est en crise depuis les années 1180, suite à la mort de Manuel Comnène. En 1182, un coup d’Etat porte au pouvoir Andronic Comnène aux dépens d’Alexis II, héritier légitime ; c’est alors que les habitants de Constantinople, galvanisés par les hommes d’Andronic, massacrent les Latins de la ville ! L’antagonisme entre Grecs et Latins est double : religieux depuis le schisme de 1054, et économique avec l’émergence des cités italiennes, qui mettent en danger l’hégémonie de Byzance en Méditerranée orientale ; on peut y ajouter le contentieux politique que nous avons déjà évoqué, accentué les années suivantes par le passage de Frédéric Barberousse durant la IIIè croisade, qui affronte directement des armées byzantines alors qu’Isaac II s’est allié à Saladin.

L’Empire byzantin est sous tension intérieure, mais aussi extérieure avec une menace bulgare plus présente que jamais sans oublier les Turcs, et cela profite à Alexis III qui renverse Isaac II. A la veille de la IVè croisade, le pouvoir impérial est encore loin d’être stabilisé…

Venise à la fin du XIIè siècle

L’émergence de la célèbre cité italienne se fait dans le contexte des guerres avec le Saint Empire Germanique de Frédéric Ier, et la création du système des Communes. Venise entretient des rapports privilégiés avec Constantinople depuis des accords datant de la fin du XIè siècle, ce qui lui a permis de prendre le dessus sur ses concurrentes italiennes en Méditerranée orientale.

En 1183, la paix de Constance permet de régler un temps le conflit entre l’Empereur germanique et les cités italiennes, ce qui donne les coudées franches à Venise (et à ses rivales) pour continuer leur développement économique en toute indépendance. La mort de Frédéric Ier, puis rapidement celle d’Henri VI, ne change pas la donne car leur successeur Frédéric II est tourné vers l’Italie du Sud et la Sicile.

Venise est donc en position de force au moment où les croisés cherchent une flotte pour les transporter en Terre Sainte.

Le départ en croisade

Le pape compte bien comme ses prédécesseurs utiliser la croisade pour unifier les pouvoirs derrière son autorité, en pleine guerre franco-anglaise, sans parler des périls encore plus proches de lui dans la péninsule Italienne. Mais il ne parvient qu’à recruter des barons, malgré sa tentative de médiation entre Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion par l’intermédiaire du légat Pietro Capuano. C’est Foulques de Neuilly qui est chargé de prêcher la croisade dès la fin 1198, mais il faut attendre la fin 1199 et le tournoi d’Ecry pour que la croisade prenne vraiment forme. Elle doit être menée par le comte de Champagne, Thibaud (il décède en 1201 et est remplacé par Boniface de Montferrat), et par l’élite des chevaliers du Nord de la France dont Louis de Blois et Simon de Montfort. Les croisés demandent alors aux cités italiennes de les transporter, mais Gênes et Pise refusent et ne reste alors que Venise avec qui sont signés des accords prévoyant le transport mais aussi le partage des conquêtes éventuelles.

Il est décidé de se réunir en 1202 dans la cité italienne, mais pour ensuite faire route vers l’Egypte directement. En effet, la situation avec Byzance étant plus tendue que jamais, la route toujours empruntée jusque-là, celle qui passe par Constantinople, n’est plus très sûre…

La croisade détournée : la prise de Zara

L’armée croisée qui se regroupe à Venise est moins nombreuse que prévu ; le problème est que les Vénitiens avaient prévu d’embarquer 30 000 hommes, et sont bien décidés à être payés pour ça. Il manque finalement 34 000 marcs sur les 85 000 exigés par Venise. Le doge Enrico Dandolo propose alors aux croisés un moratoire sur leur dette s’ils l’aident à prendre Zara, en Dalmatie. Le problème est que la ville, certes rebelle, est chrétienne et que de suite le pape avertit qu’il ne tolèrerait pas qu’une ville chrétienne soit attaquée par des soldats du Christ !

Vénitiens et croisés passent outre, et Zara est encerclée en novembre 1202. Ses habitants pendent des croix sur les murailles pour signifier qu’ils sont catholiques, tentent des négociations, et les tensions s’installent au sein des croisés. Mais sur l’insistance du doge, l’assaut est donné le 24 novembre ! La ville est pillée, les croisés s’y installent, mais Innocent III n’excommunie que les Vénitiens…

Les croisés « libèrent » Constantinople !

En effet, pendant le siège des négociations ont amené d’autres acteurs décisifs : c’est ainsi que Philippe de Souabe, semble-t-il contacté par le croisé Boniface, a pris contact avec son beau-frère, Alexis ; celui est le fils de l’empereur byzantin Isaac II, défait et aveuglé par Alexis III en 1195. Le jeune homme s’est échappé de prison et rencontre à Zara, grâce à l’entremise de Philippe, Boniface de Montferrat et lui demande de l’aider contre l’usurpateur Alexis III. Parmi les termes de l’accord, la promesse de la réunion des deux Eglises ; mais à Rome, Innocent III ne semble pas approuver cet accord. Les négociations continuent et Philippe de Souabe parvient à obtenir le soutien de croisés par le biais de fortes sommes d’argent promises par Alexis IV. Malgré des désaccords chez les barons, l’accord est approuvé, y compris par le doge vénitien, et le jeune prince byzantin rejoint les croisés à Corfou en avril 1203. Le pape n’interfère pas, ne voulant pas briser l’élan de la croisade.

Les croisés n’oublient pas de raser Zara à leur départ, puis se mettent en route pour Constantinople qu’ils atteignent un mois plus tard. Mais contrairement à ce que leur avait promis Alexis IV, les Byzantins ne les accueillent pas comme des libérateurs du joug d’Alexis III ! Le siège est donc obligatoire. Le 6 juillet, la prise de Galata permet à la flotte croisée d’avancer dans le golfe, mais il faut attendre le 17 juillet pour voir l’usurpateur s’enfuir de la ville, vaincu. L’empereur légitime, Isaac II, est rétabli mais doit de force ratifier les promesses de son fils, couronné coempereur le 1er août.

Le crime contre Constantinople

Très vite cependant, les difficultés apparaissent. L’Empire n’est plus ce qu’il était, et les empereurs s’avèrent incapables de respecter leurs promesses, que ce soit au niveau financier ou au niveau religieux. Les croisés se méfient aussi d’Isaac II, qui avait été allié à Saladin, et les rapports entre Grecs et Latins dans la ville sont exécrables. Un « parti anti-latin » voit le jour à Constantinople, mené par le gendre d’Alexis III, Alexis Murzuphle (ou Alexis Doukas) ; le 29 janvier 1204, il fait emprisonner et étrangler Alexis IV, ce à quoi le vieux Isaac II ne résiste pas longtemps ! Alexis Doukas se fait couronner empereur, sous le nom d’Alexis V.

Evidemment, les croisés voient d’un mauvais œil l’arrivée au pouvoir de quelqu’un qui attise les foules contre eux, et qui n’a probablement pas l’intention de régler les dettes de ses prédécesseurs. De plus, ils sont toujours endettés envers Venise qui s’impatiente, et la croisade n’avance pas…Les barons et le doge signent de nouveaux accords pour se partager le butin après la prise de la ville, qui intervient le 13 avril 1204 après quelques jours de violents combats. Elle est pillée sans aucun scrupule pendant trois jours, jusque dans les murs de Sainte-Sophie, où les pierres précieuses sont arrachées de l’autel ; le trône du patriarche est profané par une prostituée, tout comme les tombeaux des empereurs, ouverts et les corps dépouillés ! Le reste de la ville est lui-aussi dévasté, les Vénitiens s’offrent même la statue de quadrige qui se trouve désormais sur la façade de la basilique Saint-Marc…

Le partage de l’empire et la fin de la croisade

Curieuse façon de mener une croisade pourrait-on remarquer, mais il est difficile de désigner les coupables si facilement. L’enchainement des circonstances a été fatal, mais on peut aussi pointer les ambitions de certains, comme Boniface de Montferrat, ou les manœuvres diplomatiques des Hohenstaufen, par le biais de Philippe de Souabe, pour affaiblir l’Empire et ainsi faciliter leurs projets en Méditerranée centrale et orientale. Enfin, évidemment, on peut difficilement mettre de côté les ambitions de Venise…Il semblerait toutefois que la majorité des croisés était contre la déviation de la croisade, que ce soit sur Zara ou Constantinople (il y aurait même eu une partie d’entre eux qui aurait rejoint la Palestine avant même d’aller à Venise !). Ensuite, la nécessité d’unité au sein de l’armée croisée, et le réel enchainement d’événements, comme les crimes d’Alexis V, pouvaient difficilement mener ailleurs qu’au drame. Mais cela confirme surtout les difficultés entrevues dès la Première croisade entre Byzantins et Latins, et la concurrence inévitable pour l’hégémonie dans la région. Au-delà, la rivalité entre les deux Eglises n’a pas arrangé les choses et, évidemment, la prise de Constantinople rompt définitivement l’espoir d’un rapprochement, tant les rancœurs demeurent encore aujourd’hui.

La capitale contrôlée par les Latins, l’empire lui-même est partagé entre les vainqueurs : c’est la « Partitio Romanie ». Un Empire latin d’Orient sort donc des cendres de Constantinople, et c’est Baudouin VI de Hainaut qui est imposé comme empereur par les Vénitiens, au détriment de Boniface de Montferrat qui va fonder le royaume de Thessalonique. Venise met la main sur la plupart des îles, et l’un des siens, Marco Sanudo, fonde le duché de Naxos.

Pourtant, les Byzantins ne sont pas totalement vaincus : plusieurs princes fondent d’autres royaumes, dont les principaux sont l’Empire de Trébizonde, dirigé par les Comnène (et qui existera jusqu’en 1461), et surtout l’Empire de Nicée, dirigé par Théodore Ier Lascaris. C’est l’un de ses successeurs, Michel Paléologue, qui réussit en 1261 à reprendre Constantinople et à refonder l’Empire byzantin avec l’appui de Gênes.

En attendant, qu’est devenue la croisade ? Les clercs latins ont profité de leur « chance » pour s’accaparer les nombreuses reliques qui étaient gardées à Constantinople, et les ont ramenées en Occident. Il semblerait que cela ait suffi car on n’entend plus parler de la croisade ordonnée par Innocent III…Par la suite, ce sont avant tout des souverains qui vont avoir l’initiative de la croisade, parmi lesquels Saint-Louis mais d’abord Frédéric II, malgré une dernière tentative d'Innocent III.

Lire la suite : La Cinquième croisade

Bibliographie non exhaustive

-          M. BALARD, Les Latins en Orient (XIè-XVè siècle), PUF, 2006.

-          J.C. CHEYNET, Byzance, l’Empire romain d’Orient, A. Colin, 2006.

-          F. MENANT, L’Italie des communes (1100-1350), Belin, 2005.

-          J.P. DELUMEAU, I. HEULLANT-DONAT, L’Italie au Moyen Age (Vè-XVè siècle), Hachette, 2005.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire