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Les métiers du Moyen Âge (2/2)

foireLa période du Moyen Âge ne cesse de nous étonner par l'incroyable variété de ses activités artisanales et commerciales régies par des codes et des statuts ( le mot artisan vient de l'italien « arte » qui suppose un tour de main). Les savoir-faire ancestraux des métiers, transmis par l'apprentissage, se perpétuent et s'affinent au fil des siècles dans tous les domaines de la vie des hommes et des femmes de cette époque.

 

Les métiers de bouche au Moyen Âge

Boulangers et pâtissiers

Si à la campagne chaque famille fait son pain qu'elle va faire cuire au four seigneurial, cette pratique est interdite dans la plupart des villes où la production du pain est le monopole de plusieurs métiers. Les « blatiers » procurent la farine aux boulangers qui pétrissent la pâte alors que les « fourniers » cuisent le pain. Ils doivent travailler même le dimanche, n'ont pas le droit de produire des gâteaux réservés à d'autres corporations ( ils sont soumis à des statuts érigés en 1305). Au XIII e siècle les pâtissiers ou « oublieurs » qui tiennent boutique fabriquent le « casse-museau » petit four croquant et dur, le « raton », les « talemousses » gâteau au fromage, les « bridaveaux » sorte de gaufres et d'autres pâtisseries : échaudés, choux et massepains.

Ils ont également le monopole des pâtés à la viande ou au poisson très prisés au Moyen Âge, (pâté en croûte au saumon, à l'anguille, au porc, à la tourterelle, à la bécasse l'alouette ou la caille). Les « oublies » sont vendues dans la rue par les marchands ambulants.

Les bouchers

abbatage_porcLes citadins du Moyen Âge sont de gros consommateurs de viande ce qui rend les bouchers prospères malgré leur mauvaise réputation due à l'abattage des animaux dans la rue et de leur contribution à la pollution par les déchets qu'ils génèrent (voir l'article Hygiène et pollution au Moyen Âge). Les bouchers vendent la viande de bœuf, veau et charcuterie, les « agneliers » la viande d'agneaux, chevreaux, lièvres lapin et perdrix. Les « galiniers » proposent des volailles, les tripiers des abats, les rôtisseurs ou « oyers » de la viande rôtie d'oie, de poule, du gibier et de la charcuterie.

Au XIVe siècle les épiciers vendent des épices qui permettent de relever ou de masquer le goût de la viande fade ou avariée. La vente de fromage (très mal payée) est allouée aux vendeurs ou vendeuses de rue appelés « regrattiers ou regrattières » qui proposent aussi des fruits et des légumes.

Les poissonniers

Dès la fin du XIIIe siècle à Paris il existe trois communautés de poissonniers : les pêcheurs du Roi qui exploitent la Marne et la Seine, les marchands de poissons d'eau douce et ceux des poissons d'eau de mer. Sont vendus en particulier les harengs et morue salée du temps de carême (le sel permettant la conservation du poisson comme de la viande). Le marché aux poissons se tient au Grand Pont, aujourd'hui Pont- aux-change,.(il est aussi générateur de déchets et de mauvaises odeurs dont se plaignent les citadins ).

Les aubergistes, cabaretiers, taverniers et hôteliers

Au Moyen Âge, voyageurs et pèlerins se restaurent dans les auberges qui logent également la clientèle. Les hostelleries offrent le gîte, elles affichent une enseigne emblématique dont elles finissent par prendre le nom. Au XV e siècle, les « capitouls » de Toulouse les rendent obligatoires afin de contrôler l'activité des aubergistes. Beaucoup portent des noms de personnages religieux pour attirer les pèlerins : st Jacques, st Georges, sainte Catherine...ou d'autres sigles commerciaux : l'hôtellerie de l'ange, des trois mages, du chapeau rouge, le chapon, la couronne, le plat, ou l'écu de Bretagne, la sirène pour les Bretons etc. Certaines de ces auberges sont tenues par des femmes veuves ou mariées à leur compte. Ce sont souvent des lieux de transactions où l'on passe des contrats d'affaires.

Les cabaretiers servent du vin au comptoir dans des gobelets d'étain ou de céramique sur l'étal, à même la chaussée. La cervoise, sorte de bière, est distribuée par les « cervoisiers »alors que les taverniers vendent le vin au tonneau ou au pichet.

Les métiers de l'artisanat au Moyen-Âge

Les tanneurs

Les tanneurs sont souvent repoussés hors des remparts en raison de la puanteur qu'ils dégagent. Ils lavent les peaux dans l'eau courante, les rasent, les assouplissent à l'aide d'huile et d'alun. Ils fournissent les selliers qui font les revêtement de cuir des selles (dont l'ossature de bois est réalisée par les « chapuiseurs »), les « blasonniers qui les recouvrent et y peignent des écussons, les lormiers, cordonniers savetiers, gantiers et relieurs de livres. Les cordonniers doivent leur nom au cuir de Cordoue avec lequel ils fabriquent les plus belles chaussures destinées à l'aristocratie tandis que les pauvres se contentent de faire appel au savetier. Les gantiers utilisent des cuirs très fins : chevreau chevrotin, peaux de cerfs de lièvre ou de mouton, tandis que les pelletiers vendent des fourrures venues des pays nordiques.

Le développement des administrations civiles et ecclésiastiques, la naissance de l'université permettent l'essor du métier de parcheminier.

L'industrie textile

marchand_drapierLa production de la laine et autres tissus est la plus importante activité urbaine du Moyen Âge, toute les cités possèdent leurs draperies. Après la tonte, les femmes battent la laine sur des claies pour éliminer les impuretés, puis la plongent dans des bains successifs pour en ôter le suint, ensuite intervient le cardage (on place la laine entre deux petites planches de bois rectangulaires dotées de poignées et de dents) et le filage, activités souvent rurales, sources de revenus pour le foyer paysan. La toison ( prête à être filée à la quenouille) est transformée en fil grâce à un délicat système de rotation suscité par le poids du fuseau. La bobine de fil constituée, le tissage peut commencer. IL débute par l'ourdissage, les fils de chaîne sont tendus sur un cadre de bois appelé battant.

Les métier à tisser verticaux limitent la taille des pièces, ce n'est qu'au XI e siècle que se développent les métiers horizontaux qui permettent d'accroître la dimension des pièces tissées. Avec ce système, la création de motifs devient possible grâce à la navette que deux hommes se renvoient de chaque côté du métier. A ce stade le drap de laine est grisâtre, rêche et irrégulier ( il s'utilise pour les couvertures des chevaux ou à l'usage des pauvres et se nomme « couette ou queute »). Il doit subir encore différentes opérations : lavé plusieurs fois, gratté au chardon pour le faire feutrer et retirer les nœuds encore présents, c'est le travail des lisseurs ou pareurs, puis ils sont foulés aux pieds par les foulons dans des cuves ou l'eau est mélangée à du sable ou de la lie de vin afin d'en expurger l'huile restante ( Les foulons sont une corporation d'ouvriers mal payés aux conditions de travail exécrables). Les draps de laine peuvent ensuite être vendus au naturel ou colorés.

Les teinturiers, appelés « ongles bleus » piétinent les draps dans des bains de colorants, de mordants et d'alun. Le pastel appelé « guède ou waide » en Picardie donne un bleu très prisé faisant la fortune des villes qui le produisent ( Amiens Toulouse). Le bois du brésil donne la couleur rose, la guaude le jaune et le vert, le brou de noix le noir et le Kermès ou cochenille, le rouge. Une fois teint le tissu est à nouveau rasé pour obtenir un meilleur moelleux. Les drapiers Parisiens fabriquent la « biffe » une étoffe renommée. Les marchands entrepreneurs font ainsi travailler cinq métiers différents : les tisserands (tissant également le lin et le chanvre) les tondeurs, les foulons, les teinturiers et les tailleurs. En fin de Moyen Âge apparaissent les tissus mixtes : la futaine qui mêle coton et lin, la « saye » laine et lin, et le feutre laine et poils d'animaux (lapin ou castor).

Le principal marché de l'habillement est celui des tailleurs de robes, des merciers et des chapeliers. Les brodeurs et brodeuses pratiquent la ''peinture'' à l'aiguille tandis que les tapissiers créent les superbes tentures de laine des demeures seigneuriales du Moyen Âge.

Les métiers intellectuels et artistiques au Moyen Âge

La plupart des enseignants sont des clercs, l'éducation étant contrôlée par l'église. En fin de Moyen Âge sont nommés des maîtres et maîtresses d'écoles laïques Dans les villes universitaires, la profession de libraires ou ''stationnaires'' apparaît au XIII e siècle, qui fait travailler les parcheminiers, les scribes ou copistes produisant des ouvrages destinés aux professeurs et étudiants. Une clientèle constituée de riches aristocrates et de membres du haut clergé leur commande de beaux manuscrits enluminés. Les premiers imprimeurs voient le jour au XV e siècle dans les grandes villes de France.

apothicaireSi les médecins du Moyen Âge (ayant suivi des cours à la faculté) se contentent d'observer les malades et de leur prescrire quelque potion commandée chez l'apothicaire, les barbiers-chirurgiens, formés par apprentissage, rasent leurs malades, pratiquent des saignées et des lavements, posent des ventouses. Quant aux arracheurs de dents, ils soulagent définitivement les patients à l'aide de grosses tenailles, sur la voie publique à la vue et aux oreilles de tout le monde (certains embauchent même des musiciens pour couvrir les cris des malheureux !)

Les ménestrels ou « ménétriers » sont, sous Louis IX, regroupés en une corporation qui comprend toute une hiérarchie de maîtres et d'apprentis mais ces gens du spectacle que sont aussi les jongleurs conteurs et musiciens, sont mal payés et peu reconnus. Ils sont répertoriés dans la ''rue aux jongleurs'' devenue au XV e siècle rue des Ménétriers à Paris (Beaubourg).

Le métier le plus prestigieux et le plus lucratif du Moyen Âge est sans aucun doute celui de l'orfèvre acquis au terme d'un long apprentissage de huit ou dix ans. Les lapidaires, cristalliers ou pierriers taillent les pierres précieuses ( rubis émeraude, diamant, cristal de roche..) que les orfèvres montent sur les bijoux et sur la vaisselle d'or et d'argent. A cette activité de joaillerie s'ajoute la création des productions monétaires (atelier de frappe des monnaies royales). Puissants et honorés ils dominent toutes les autres professions artistiques.

Au Moyen Âge les artisans qui œuvrent de leurs mains sont regroupés dans les arts « mécaniques » relégués à un rang inférieur aux arts « libéraux » comme le droit, la médecine ou la théologie car à l'époque, (sauf exceptions) les talents de l'esprit sont seuls reconnus comme dignes et valorisants..

Les peintres, les enlumineurs les sculpteurs les imagiers, les verriers, apprennent leur métier au cours d'un apprentissage mais ceux-ci, malgré leur habileté, sont rarement distingués. Pourtant les « tailleurs d'images »en os, buis ou ivoire jouissent de prestige car ils façonnent pour les rois et les riches des bas-reliefs, des tombes, des gisants des statues de pierre. Les effigies de bois sont laissées aux menuisiers ou aux « huchiers ». Les peintres-imagiers font les peintures murales, les panneaux de bois et les enluminures, ils dessinent également les patrons destinés aux vitraux. Les verriers appliquent ces dessins à la craie détrempée sur de grandes tables de la taille du vitrail prévu, précisent leur croquis à la « sinopia » et disposent dessus les plaques de verre de couleur, avant de les sertir de plomb.

Apprentissage, valets et compagnons

Entre douze et seize ans les apprentis sont placés par leur parents chez un maître par lequel ils sont logés, nourris et liés par un contrat devant notaire. Pour ces années de formation qui durent entre deux et douze ans suivant la discipline recherchée, le maître (qui exige parfois un droit d'entrée au parents pour couvrir ses frais) engage sa conscience professionnelle. Durant ces années il prend valeur de père tandis que le jeune garçon promet de travailler sans rechigner, et de demeurer avec son maître jusqu'à la fin de son contrat, au terme duquel il doit fournir les preuves de sa compétence. Lorsque l'entente est bonne il n'est pas rare de voir un maître léguer ses biens ou ses outils à son apprenti.

Peu de jeunes gens ont ensuite la possibilité de s'installer dans leur propre atelier et continuent de travailler comme salariés par celui qui les a formés: ce sont les valets et les servantes. Les salariés appelés valets compagnons ou garçons peuvent être embauchés à durée variable d'un jour, d'une semaine ou d'un an.

Assassinat_Etienne_MarcelLes compagnons se regroupent pour lutter contre les abus des maîtres, ils s'organisent en confréries dont la vocation est l'entraide en cas de maladies ou de décès. Les situations de conflits peuvent amener les valets à faire grève ou boycotter une ville en décidant un départ collectif (comme les compagnons pelletiers qui quittèrent Strasbourg en 1423 pour aller travailler à Haguenau). Parfois ces revendications entrainent des révoltes (les écarts de richesse entre patrons et salariés ne faisant que croître), mais celles-ci sont réprimés par la force et se terminent dans des bains de sang.

Le monde des métiers du Moyen Âge n'est pas sans évoquer des échos contemporains : la hiérarchie au sein du travail, la répartition des tâches entre hommes et femmes, les inégalités des salaires et des horaires de travail, tous ces sujets sont très actuels.

L'étonnante dispersion des qualifications, la spécialisation des talents multiples déclinés à l'infini, le goût du travail bien fait ne sont pas de simples mythes dus aux admirateurs des cathédrales car les bâtisseurs de ces fières églises, les maîtres verriers, les imagiers et tous ceux qui restèrent dans l'ombre, étaient véritablement passionnés par leur métier. Il y eut bien sûr toujours des exclus (ouvriers non qualifiés chômeurs mendiants, invalides) mais les documents médiévaux laissent transparaître une humanité omniprésente loin de l'anonymat de l'ère des machines.

Sources et illustrations : Les métiers du Moyen Âge, de Sophie Cassagnes-Brousquet, Editions Ouest-France, Avril 2010.

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