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Sainte Claire d'Assise (1194 - 1253) et l'Ordre des Clarisses

claire2En 2012 l’Ordre des Pauvres Dames, dites Clarisses, fête ses 800 ans d’existence. L’occasion pour nous de revenir sur la vie de la jeune adolescente italienne Chiara Offreduccio di Favarone qui à l’exemple de Saint François d’Assise fonda un ordre monastique au XIIIe siècle. Elle entraina par son exemple les femmes de la noblesse d’Assise et jusqu’à la princesse de Bohême qui préféra l’imiter plutôt que de vivre dans le luxe qui lui assurait les propositions de mariage qui lui étaient faites par l’empereur… Huit siècles plus tard, plus de 15.000 sœurs continuent de suivre la règle de celle que l’Église catholique a canonisée sous le nom de Sainte Claire, fêtée le 11 août.

 

Les sources

La vie et l’œuvre de Sainte Claire ne nous sont connues que par des textes ecclésiastiques et des hagiographies, textes sources contemporains ou mises par écrit plus tardive de ce que retenait la tradition. Nous disposons ainsi de documents d’archives officielles comme la bulle d’approbation de la règle de l’ordre des Clarisses approuvée par le cardinal Raynald en 1252 puis par le Pape Innocent IV. Il existe également un testament de Sainte Claire, dont l’authenticité fut parfois remise en cause, qui fut publié au XVIIe siècle par l’analyste franciscain Luc Wadding d’après semble-t-il une source plus ancienne. Sainte Claire ayant entretenu une correspondance avec Agnès de Prague, fille du roi de Bohême, dont il reste quatre lettres. Le même Luc Wadding qui publie le testament fit aussi un résumé de deux lettres adressées par Sainte Claire à Ermentrude, fondatrice de monastères à Bruges. Nous disposons également de trois bénédictions, quasiment identiques si ce n’est pour le destinataire : Agnès de Prague, Ermentrude de Bruges et toutes les sœurs clarisses. Enfin, la vie de Sainte Claire nous est connue par son premier biographe, Thomas de Celano (1200 – 1270), franciscain italien qui écrivit une vie de Saint François d’Assise en 1232 (augmentée en 1244), et une vie de Sainte Claire en 1252. Pour finir la dernière pièce au dossier est le procès en canonisation auquel durent participer des sœurs qui avaient connue Sainte Claire.

De Chiara Offreduccio di Favarone à Sainte Claire

Chiara Offreduccio di Favarone nait dans la ville italienne d’Assise le 16 juillet 1194 dans une famille noble (peut-être les comtes de Coccorano). Dans sa dix-huitième année, pieuse chrétienne, elle est enthousiasmée par le prêche de Carême d’un certain François. Francesco est un fils de riche commerçant de la ville, il fut de ces bourgeois en quête de titre de noblesse qui combattirent lors des révoltes de 1202 qui lui valurent une période d’emprisonnement. De retour à Assise il avait voulu rejoindre l’armée, mais un songe lui aurait, selon la tradition chrétienne, fait renoncer à se projet. Abandonnant progressivement le mode de vie fêtard des jeunes bourgeois de la ville, il s’ouvrit de plus en plus à la religion jusqu’au jour où, selon cette même tradition, il aurait entendu une voix alors qu’il priait dans la chapelle en ruine de Saint Damien. Cette voix lui demandait de reconstruire l’église, ce qu’il fit en vendant les marchandises de son père. Assigné en justice par son père il donne le peu d’argent qu’il lui reste et entre sous la protection de l’évêque. Prenant une simple tunique et une corde en guise de ceinture il s’engage dans la restauration de la chapelle Saint Damien et d’autres chapelles des environs. Il finance ses travaux par l’aumône et le fruit de son propre travail. Rapidement son exemple inspire quelques autres Italiens en quête d’une vie de pauvreté plus proche du message évangélique. Une petite communauté se met en place et en 1210 le Pape Innocent III, toujours après un songe selon la tradition chrétienne, valide verbalement la règle que François impose à ses compagnons.

 

claire-et-francoisC’est donc ce bourgeois, de sa ville, de douze ans de plus qu’elle, devenu chef de file d’un nouvel ordre religieux, qui inspire profondément la jeune Chiara Offreduccio en 1212. La nuit du dimanche des Rameaux, la jeune fille fugue de chez ses parents en compagnie de sa tante pour rejoindre le petit groupe de franciscains : ces derniers acceptent son vœu de se retirer du monde, Chiarra Offreduccio prend la bure et se coupe les cheveux. Cependant, bien entendu, la communauté franciscaine n’est pas mixte. Celle que nous appellerons à présent Sainte Claire est donc redirigée vers un couvent bénédictin d’où son père ne parviendra pas à la faire sortir. L’exemple de l’adolescente fait semble-t-il tache d’huile à Assise et plusieurs femmes de la noblesse dont sa sœur Agnès la rejoignent. Rappelons que nous sommes dans un contexte de croisade, en Terre Sainte, en Espagne et contre les Albigeois, que dans beaucoup d’esprits la Parousie (retour du Christ) est proche et par conséquent les vocations à consacrer sa vie à Dieu sont plus nombreuses.

 

En cette même année 1212, Saint-François place ces jeunes femmes dans l’église Saint Damien, celle-là même où il aurait entendu la voix, celle-là même qui comporte le fameux crucifix aujourd’hui mondialement connu. Saint François leur donne une règle basée sur celle des frères de son ordre et fait de Sainte Claire l’abbesse de cet Ordre des Pauvres Dames, aussi appelées Clarisses.

La règle de Sainte Claire

 

Croix_de_Saint_DamienSi Saint François donne aux Pauvres Dames les bases de leur organisation, c’est Sainte Claire elle-même qui en fixe les modalités précises au cours des quarante années pendant lesquelles elle va être à la tête de l’Ordre. Toute adhésion à l’ordre se fait par entrée volontaire acceptée par la majorité des sœurs, par le cardinal protecteur et l’abbesse elle-même (abbesse qui est élue par les sœurs). La postulante doit alors vendre tous ses biens, se couper les cheveux en rond, prendre la bure et se plier à la vie monastique pendant une année de noviciat avant d’être définitivement intégrée à la communauté. La vie des sœurs est marquée par le port d’habits grossiers, la prière, le silence (au chœur, au dortoir et au réfectoire), l’assistance aux malades et le jeûne permanent (mis à part le dimanche et à Noel où elles peuvent prendre deux repas, et exemptées celles qui sont affaiblies pour une raison ou une autre, au jugement de l’abbesse). Les sœurs sont invitées à se confesser douze fois et à communier sept fois chaque année. Outre l’aide aux malades et la prière, et pour ne jamais tomber dans l’oisiveté, les sœurs sont chargées de divers travaux manuels.

Les sœurs vivent véritablement isolées du monde, toute lettre entrante ou sortante passe par l’abbesse, tout envoie d’argent est récupéré au profit de la communauté, tout envoie de biens passe également par l’abbesse et est laissé à la sœur si elle en a besoin, ou cédé à la communauté. Le monastère est un espace clos, physiquement par la clôture et sa porte fermée à clef. La sœur chargée de l’entrée, la portière, est une femme « mûre et discrète ». N’entrent que les personnes autorisées par le Pape ou le cardinal protecteur, et si des ouvriers doivent intervenir l’abbesse choisit personnellement la sœur chargée d’ouvrir et les autres restent hors de vue des ouvriers. Les sœurs ne sont cependant pas éternellement cloitrées et elles peuvent être envoyées en dehors du monastère. Elles doivent alors aller modestement, parler peu, éviter les « relations » et « conversations suspectes » avec les hommes, ne pas rapporter les rumeurs du monde (ni à l’inverse ce qui se dit ou fait au monastère).

 

Un point fondamental fut l’objet de quelques difficultés : la pauvreté des sœurs à titre individuel, mais aussi collectif. Sainte Claire refuse toute propriété non seulement pour les sœurs, mais aussi pour l’Ordre dans sa globalité, donc pas de terres issues de donations qui pourraient apporter un revenu. La seule propriété que Sainte Claire autorise est le bout de terrain sur lequel le monastère est construit, avec juste un potager dans l’enclos. Sainte Claire obtiendra du Pape le privilège de pauvreté en 1216, mais elle subira de fortes pressions de la part des milieux civils et religieux pour revenir sur ce point et accepter des biens fonciers. Toutefois, jamais elle ne céda et sa règle fut acceptée par le Pape Innocent IV et le cardinal Raynald en 1252. Elle reçut d’ailleurs l’approbation du Pape le 9 août 1253, deux jours avant de mourir. Elle avait 59 ans et succombait à une longue maladie qui la tourmentait depuis sa trente-et-unième année. Elle fut canonisée deux ans plus tard.

La règle impose également des sanctions pour celles qui s’en éloigneraient. Après deux ou trois avertissements de manquement une sœur peut être mise en pénitence au pain et à l’eau, sur le sol du réfectoire. Cependant Sainte Claire met en garde contre tout abus de sanction et toute décision prise sous la colère : « l’abbesse et toutes les sœurs doivent bien prendre garde de s’irriter ou de se troubler à cause du péché de l’une d’elles, car la colère et le trouble sont un obstacle à la charité en soi et dans les autres ». Ainsi invite-t-elle toute sœur qui a péché envers une autre sœur de venir directement en demander le pardon pour que l’affaire ne prenne pas plus de proportions, le pardon devant être donné à l’imitation du Christ lui-même.

Le miracle

Un épisode de la vie de Sainte Claire fut considéré comme un miracle par la tradition chrétienne. En 1240 des Sarrasins au service de l’empereur Frédéric II de Souabe en lutte contre la papauté auraient attaqué le couvent des Clarisses. Pour protéger les sœurs, Sainte Claire aurait alors saisi le ciboire pour invoquer Dieu, et elle aurait entendu une voix venir du ciboire. Et c’est en présentant le ciboire aux assaillants que ces derniers se seraient retirés d’Assise.

La diffusion des Clarisses

En 1220, Sainte Claire et les sœurs partent à Reims et fondent le premier établissement de Clarisses en France. En 1228 l’Italie compte 24 fondations et une vient d’ouvrir en Espagne.

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Sainte Claire entretint une correspondance assidue avec Agnès de Prague (qui sera également canonisée), fille du roi de Bohême Ottokar Ier et de la reine Constance de Hongrie. Agnès refusait les avances du roi d’Angleterre et de l’empereur d’Allemagne et se montrait bienveillante envers les Franciscains venus s’installer à Prague. Elle leur fait d’ailleurs construire une église en 1232, puis un hôpital et fit enfin bâtir un couvent en 1233 où elle entra elle-même l’année suivante fondant ainsi une nouvelle communauté de Clarisses. De cette correspondance il ne nous reste que quatre réponses de Sainte Claire datées respectivement de 1234 (avant l’entrée d’Agnès au monastère) ou 1235, la seconde entre 1235 et 1239, la troisième en 1238 et la dernière en 1253. Avec de nombreuses références bibliques, Sainte Claire, « inutile et indigne servante des Pauvres Dames » comme elle se désigne avec humilité, encourage Agnès dans ses choix de pauvreté et de virginité, son renoncement aux mariages royaux ou impériaux pour une vie de simple serviteur de Dieu. Une fois dans les ordres, Sainte Claire répond aussi aux questions d’Agnès à propos de la règle, notamment à propos du jeûne que Sainte Claire ne veut pas adoucir même les jours de fête, précisant que les sœurs bien portantes doivent se contenter des aliments autorisés pendant le Carême. Néanmoins, toujours modérée et nuancée, Sainte Claire met en garde son « apprentie » contre les excès de zèle : « Cependant, nous n’avons pas un corps d’acier ni une solidité de granit ; nous sommes faibles et sujettes aux infirmités de la nature. Aussi je te prie, sœur bien-aimée, de modérer avec sagesse et discernement la rigueur exagérée de ton abstinence dont j’ai eu des échos. Et je te demande dans le Seigneur de vivre pour le louer, de rendre raisonnables les hommages que tu lui rends, et de toujours assaisonner ton sacrifice du sel de la sagesse » (troisième lettre à Agnès de Prague). Toujours soucieuse du bien-être de ses sœurs, Sainte Claire dans sa règle comme dans sa correspondance ne cesse de préciser qu’il est tout logiquement autorisé à faire manquement à la règle en matière de dureté de vie quand il s’agit de protéger l’état physique de l’une d’elles. On est loin des images d’abbesses tyranniques dans un univers quasi carcéral tel que décrit aux heures de l’anticléricalisme.

Agnès de Bohème n’est pas la seule correspondante de Sainte Claire comme le montre le résumé de deux lettres adressées à Ermentrude, abbesse à Bruges qui fut le principal vecteur de la diffusion des Clarisses en Flandres.

En 1238 un monastère de Clarisse est fondé en Slovaquie, puis un en Moravie en 1242, en Pologne en 1245… En 2003 on dénombrait environ 15.700 Clarisses dans plus de 76 pays !

 

Bibliographie

- Celano Thomas (traduit par Madeleine Havard de La Montagne), Vie de Sainte Claire, Fayard, 1953

- Gréal Jacqueline, Petite vie de Sainte Claire, Editions Desclée de Brouwer, 2004.

- Père Vorreux Damien, Les écrits de Saint-François et de Sainte Claire, Les Editions Franciscaines, 1992.

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