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La légende d'Oleg le Sage

olegOleg le Sage, mort en 912, est prince de Novgorod et de Kiev. C'est un seigneur rus', un Varègue, de la dynastie des Riourikides. La chronique de Nestor, connue également sous le nom de « Récit des temps passés », rédigée au XIIe siècle par des moines orthodoxes, raconte les premières années de la construction de l'état rus' de Kiev, tout au long de la « Route des Varègues aux Grecs », route reliant la Baltique à la Mer Noire et Constantinople, en empruntant notamment les cours de la Lovat et du Dniepr.

 Oleg le Sage, cousin de Rjurik, y apparaît comme un grand seigneur, un guerrier, un conquérant que n'effraient ni l'empereur de Constantinople ni le Khan des Khazars. Dans toutes ces batailles l'accompagne son cheval... Ici naît la légende, rapportée par la chronique, relayée plus tard par un superbe poème de Pouchkine : la mort ne viendra pas ni des ennemis ni des combats... Elle viendra de son cheval ; ainsi la prédit le mage.

Les Riourikes : l'appel aux Varègues

A partir du VIIe siècle, la grande plaine d'Europe du Nord est peuplée par un ensemble de tribus slaves qui voisinent au Nord, des peuples finnois ou baltes et au Sud, le peuple nomade khazar, qui s'est fixé sur la basse Volga. Ces Slaves pratiquent l'agriculture, élèvent des animaux domestiques tels que les chevaux, les vaches, les chèvres, les moutons et puisent dans la forêt avoisinante d'autres ressources telles que des fourrures de zibeline, de martre, le produit de cueillette comme les champignons et le miel. Ils sont païens, vénèrent les forces de la nature et pratiquent le culte des ancêtres.

russieouest vikings completéeCes Slaves sont en contact avec les Varègues, c'est-à-dire des commerçants et mercenaires vikings principalement suédois qui, à partir du VIIIe siècle, fondent des comptoirs marchands sur l'axe Ladoga-Volga et mettent ainsi en place la « Route des Varègues aux Grecs » : celle-ci conduit tout d'abord de la mer Baltique au lac Ladoga par les rivières Volkhov et Lovat. Le Dniepr est ensuite rejoint par portage des bateaux. La descente de ce fleuve conduit jusqu'à la mer Noire et Constantinople. La navigation est difficile, car le cours du Dniepr comprend plusieurs rapides infranchissables qui obligent à porter les bateaux. Par ailleurs, les Petchénègues, peuple nomade d'origine turque, sont en embuscade aux environs de la mer Noire. Les navires transportent des fourrures, de la cire, du miel, éventuellement des esclaves. Le gros de ces marchandises provient de tributs que les populations slaves versent aux Varègues. L'empereur byzantin Constantin VII Porphyrogénète (905, †959) décrit cette route dans l'ouvrage « De Administrando Imperio », qu'il rédige à destination à l'éducation de son fils Romain.

«Au mois de juin, ils se mettent en route par le fleuve Dniepr, descendent à Vitetzébè qui est une place tributaire des Rôs, se rassemblent là pendant deux ou trois jours jusqu'à ce que soient réunis tous les monoxyles, puis se remettent en marche et descendent ledit fleuve Dniepr. Et tout d'abord ils arrivent au premier barrage, nommé Essoupè, ce qui veut dire, en russe et en slave, ' ne dors pas ! '. Ce rapide n'est pas plus large que le Tzykanistèrion. En son milieu se dressent de hauts rochers qui affleurent comme des îles. L'eau s'y précipite, déborde et rejaillit jusqu'à l'autre rive en faisant un bruit épouvantable. Aussi les Rôs n'osent-ils pas passer parmi ces roches, mais ils accostent au voisinage, débarquent les hommes sur la terre ferme en laissant les autres marchandises dans les monoxyles, puis, nus, ils tâtent le fond avec leurs pieds [...] afin de ne pas heurter quelque roche. Ils procèdent ainsi, les uns à la proue, les autres au milieu [du monoxyle] tandis que d'autres, à l'arrière, manœuvrent avec des perches et avec cette entière précision, ils passent le premier barrage en suivant la courbe et la rive du fleuve. Lorsqu'ils ont passé ce barrage, ils repartent après avoir rembarqué ceux de la terre ferme, et descendent jusqu'au barrage suivant, appelé en russe Oulvorsi, et en slave, Ostrovouniprach, ce qui signifie : ' l'île du rapide '.

Celui-ci, autant que le premier, est dangereux et difficile à franchir. Débarquant à nouveau leurs gens, ils font passer leurs monoxyles comme précédemment. Ils franchissent de la même façon le troisième rapide, appelé Gelandri, ce qui veut dire en slave ' le bruit du rapide ' ; puis le quatrième, le plus grand, nommé en russe Aeifor et en slave Neasit, parce que les pélicans nichent dans ses grandes roches. Là tous les monoxyles accostent, proue en avant, et les hommes désignés pour veiller en sortent et s'en vont monter une garde vigilante à cause des Petchénègues. Les autres se chargent des marchandises qui se trouvaient dans les monoxyles, tandis que les esclaves tirent ceux-ci avec des chaînes sur la terre ferme durant six milles, jusqu'à ce qu'ils aient contourné le rapide. Puis, les uns les traînant, les autres les portant sur leurs épaules, ils transbordent les monoxyles de l'autre côté du rapide. Ensuite les ayant mis à l'eau et ayant effectué leur chargement, ils rembarquent et naviguent à nouveau. Ils arrivent alors au cinquième rapide appelé Varouforos en russe et Voulniprach en slave, parce qu'il forme un grand lac, et de nouveau ils dirigent leurs monoxyles le long des courbes du fleuve, comme pour le premier et le deuxième rapide, et ils atteignent le sixième, appelé Leanti en russe, et Veroutsi en slave, ce qui signifie : ' bouillonnement de l'eau ', et ils le passent encore de la même façon. Ils naviguent ensuite jusqu'au septième rapide, nommé en russe Stroukoun et en slave Naprezi, ce qui signifie : ' le petit rapide '. Puis ils franchissent le passage dit de Krarion, que traversent les Khersonésiens venant de Russie et les Petchénègues allant à Cherson ; ce passage a la largeur de l'Hippodrome, sa longueur depuis le bas jusqu'à l'endroit où les pierres affleurent, est la portée de la flèche d'un archer. C'est pourquoi les Petchénègues descendent là pour attaquer les Rôs. (De Administrando Imperii, Des Rôs qui viennent de Rôsia avec leurs monoxyles à Constantinople, Constantin Porphyrogénète, traduction http://remacle.org)

appelauxvareguesSelon la chronique des temps passés, aux alentours des années 860, des tribus slaves installées aux environs du lac Il'men, lasses de payer le tribut dû aux Varègues, chassent ceux-ci. Mais, rapidement, le désordre règne. Les tribus se dressent les unes contre les autres. Alors, une délégation d'hommes traverse la mer et va trouver les Varègues afin de leur demander de venir les gouverner. « Notre pays est grand et riche, mais il n'y a pas d'ordre dedans. Venez régner et nous diriger », disent-ils. Trois frères répondent à l'appel et viennent, accompagnés de leurs fidèles : Rjurik, Sineus et Truvor. Rjurik s'installe à Novgorod, Sineus à Beloozero et Truvor à Izborsk.

Rjurik dirige peu à peu tout le pays rus'. Deux de ces boyards (compagnons d'armes du prince), Askold et Dir organisent une expédition jusqu'à Constantinople. Au passage, ils investissent la ville de Kiev, spolient les Slaves qui la gouvernent et s'y installent.

Oleg le Sage

rjurikRjurik meurt en 879. Il lègue son état à Oleg, sans doute son cousin, et place sous la protection de celui-ci son fils Igor, qui est alors très jeune.Oleg est un guerrier ; il règne durant 33 années. En 882, il prend le contrôle de Smolensk, puis il élimine Askold et Dir et s'installe à Kiev dont il fait la capitale de son royaume. Il combat les peuples voisins et leur impose des tributs. Puis, il organise plusieurs expéditions contre Constantinople qui aboutissent à la conclusion de traités de commerce. Ainsi, en 907, deux mille bateaux se dirigent vers la cité grecque. L'empereur a fait fermer l'entrée de la Corne d'Or à l'aide d'une lourde chaîne de métal. Durant plusieurs jours, les guerriers d'Oleg pillent les faubourgs et massacrent la population. Puis, Oleg fait hisser les bateaux sur la terre ferme, de l'autre côté de la Corne d'or, et il les fait équiper de roues. Toutes voiles dehors, lorsque le vent est favorable, les navires dévalent la pente, pénètrent dans l'eau au-delà de la chaîne et foncent sur la cité qui se soumet. Pour marquer sa victoire, Oleg fixe son bouclier aux portes de la cité. Il meurt en 912 et Igor, fils de Rjurik, lui succède.

La légende

olegbouclierconstantinopleLa légende s'est emparée de ce guerrier, que les Slaves, impressionnés par ses succès, qualifiaient par ailleurs de sorcier. La chronique de Nestor rapporte qu'ayant un jour questionné des mages afin de connaître de quelle façon il allait mourir, Oleg apprend de ceux-ci que c'est son fidèle destrier qui le tuera. Oleg décide alors de ne plus monter l'animal. Il le mène aux écuries et ordonne à ses serviteurs de veiller sur lui, afin qu'il dispose toujours de nourriture en abondance et d'eau fraîche.

olegetsoncheval2Les années passent. Oleg remporte de nombreuses victoires. L'empereur Léon de Constantinople comble les ambassadeurs rus' de richesses, or, soie, vêtements précieux, afin d'honorer le prince rus'. Alors, Oleg se souvient de son cheval et demande à son écuyer en chef des nouvelles de celui-ci. « Hélas, répond ce dernier, ton cheval est mort pendant que tu combattais les Grecs ». Oleg rit et se moque des magiciens, puis il demande à voir la dépouille de son fidèle destrier. Il va jusqu'à l'endroit où gisent les os de celui-ci. Il raille encore, pose son pied sur le crâne du cheval en signe de défi. Une vipère, cachée dans la tête, sort et mord le prince. Oleg tombe malade et meurt.

Cette légende a été reprise dans un poème d'Alexandre Pouchkine (1799, †1837) et elle apparaît également dans une cantate profane de Rimsky-Korsakov (1844, †1908).

Bibliographie

• Chronique de Nestor, Naissance des mondes russes, traduite du vieux-russe par Jean-Pierre Arrignon, éditions Anacharsis.
Oleg le Varègue, nouvelle, Joëlle Delacroix, éditions Edilivre
• Chanson d'Oleg le très sage, poème d'Alexandre Pouchkine, 1822.
• « De Administrando Imperii, Des Rôs qui viennent de Rôsia avec leurs monoxyles à Constantinople », Constantin Porphyrogénète, http://remacle.org/bloodwolf/historiens/constantin/table.htm
• « La Russie médiévale », Jean-Pierre Arrignon, Guide Belles Lettres des Civilisations.
• « Voyage chez les Bulgares de la Volga », Ibn Fadlan, Editions Actes Sud.
• « Catalogue de l'exposition Russie viking », Editions Errance.

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