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Pizarro, Atahualpa et la chute de l'empire inca (1532)

captura_atahualpa66Le 16 novembre 1532, l’empereur Inca Atahualpa fut capturé au milieu de sa suite par un petit groupe d’Espagnols dirigé par Francisco Pizarro. Cette attaque audacieuse, doublée d’un effroyable massacre, allait sonner le glas de l’empire inca et amorcer sa conquête par les Espagnols. Pourtant, rien ne laissait présager qu'une poignée d'aventuriers espagnols allaient, en un seul jour, porter un coup fatal au plus vaste empire de l'Amérique précolombienne.

À la recherche du Pérou

Castillan émigré aux Amériques en 1502, Francisco Pizarro s’installe à Panama en 1513. C’est là qu’il entendra parler pour la première fois, suite au voyage d’exploration de son compatriote Pascual de Andagoya, d’un pays fabuleux qui regorgerait d’or : le Pérou. Encouragé par l’incroyable réussite d’Hernan Cortès, qui avec une poignée de conquistadores parvient à soumettre l’empire aztèque, il décide de s’associer avec deux autres hommes, le prêtre Hernando de Luque, et le militaire Diego de Almagro, pour partir à la conquête de ce légendaire Pérou.

Leur première expédition, en 1524-25, est un fiasco : leur navire endommagé, en butte aux privations et à l’hostilité des tribus qui peuplent l’actuel Équateur, les Espagnols renoncent. Mais en 1526-28, une deuxième expédition porte ses fruits : Pizarro et ses compagnons établissent le contact avec une population récemment soumise par les Incas et surtout, ils trouvent or, argent et pierres précieuses : le Pérou existe bel et bien. Soucieux de s’assurer la meilleure part de la conquête à venir, il repart en Espagne et parvient à s’y faire nommer, par avance, gouverneur de la « Nouvelle-Castille » par Charles Quint. Il retourne à Panama en 1530, emmenant avec lui plusieurs de ses frères.

La troisième expédition de Pizarro appareille finalement en décembre 1530. Au printemps suivant, elle atteint l’île de Puna, dont les habitants livrent aux Incas, sur le continent, une guerre sans merci. Initialement la cohabitation se déroule sans heurts, mais une incompréhension causée par les traducteurs de Pizarro déclenche un conflit armé en avril 1531 : bien qu’étant moins de 200, les Espagnols infligent aux autochtones une défaite cinglante, grâce à la combinaison piques/arquebuses de l’infanterie, et à leur cavalerie. Impressionnés par ce succès qui confère aux conquistadores une aura d’invincibilité quasi surnaturelle, les Incas accueillent les Espagnols avec déférence, tandis que Pizarro et les siens, sans rencontrer de résistance, s’enfoncent à l’intérieur des terres.

À la rencontre d'Atahualpa

atahualpaAu même moment, l’empereur inca Atahualpa se trouve à Cajamarca avec une armée de 80.000 hommes, où il vient d’apprendre la défaite et la capture de son demi-frère Huascar, son rival dans une guerre civile pour la succession impériale qui dure depuis 1527. Il est informé quasi simultanément de l’arrivée de ces Espagnols aux armes et à l’accoutrement exotiques, desquels son peuple se tient respectueusement à l’écart. Mais Atahualpa n’est pas dupe : ses espions lui apprennent bientôt que les nouveaux venus ne sont pas d’essence divine. L’empereur y voit une occasion unique de renforcer son pouvoir, encore ténu au sortir de la guerre civile : il capturera les Espagnols pour les incorporer dans sa propre armée et bénéficier de leur savoir-faire militaire - ou les fera mettre à mort s'ils refusent.

Dans cette optique, et estimant n’avoir rien à craindre de la poignée de conquistadores étant donnée la présence de son armée, il envoie à Pizarro un messager l’invitant à venir à sa rencontre à Cajamarca. Après une marche épuisante, les 168 Espagnols, emmenant avec eux 62 chevaux, 12 arquebuses et 4 canons, arrivent dans la ville, que ses habitants ont quasiment désertée au cours de la guerre civile, le 15 novembre 1532. Ils sont aussitôt confrontés à un épineux dilemme. En effet, attaquer de front l’armée de l’Inca qui campe sur les hauteurs qui surplombent la ville, serait suicidaire. Battre en retraite ne saurait être envisageable : les nombreuses forteresses que les Espagnols ont croisé en chemin auraient tôt fait de leur barrer la route, dans ces régions montagneuses. Enfin, rester passifs au contact des Incas ne ferait que contribuer à dissiper l’aura de mystère que les conquistadores s’imaginent encore avoir.

Pizarro, qui a bien compris le statut divin du souverain et la nature centralisée de son empire, se décide donc à agir, avec un culot stupéfiant : il capturera Atahualpa au milieu de ses propres soldats, en lui tendant un piège. Le chef espagnol invite donc l’empereur à venir le rencontrer, le lendemain, à l’intérieur de Cajamarca. Sûr de sa force, Atahualpa accepte. L’exiguïté des lieux l’obligera à n’amener avec lui que les quelques milliers de soldats et de courtisans qui constituent sa suite immédiate. En signe de bonne volonté, il précise en outre que ses gens n’amèneront pas leurs armes.

La "bataille" de Cajamarca

 

Le 16 novembre 1532, pendant qu’Atahualpa et sa suite pénètrent dans la ville, les Espagnols demeurent cachés dans les bâtiments qui entourent la place centrale. Seul, le moine dominicain Vincente de Valverde s’avance à la rencontre du souverain, une bible à la main. La suite n’est pas connue avec précision, aucun autre Espagnol n’ayant entendu la conversation entre les deux hommes : les récits ultérieurs des chroniqueurs (notamment ceux de Pedro Cieza de Léon et Garcilaso de la Vega) se contredisent sur son contenu. Selon certains, le moine aurait d’abord invité Atahualpa à descendre de son palanquin pour venir festoyer à l’intérieur d’une des maisons, ce que l’Inca aurait refusé. Pour d’autres, il l’aurait simplement sommé d’accepter Jésus-Christ pour dieu et Charles Quint pour suzerain.
L’issue de la rencontre diffère également selon les sources. Il semble y avoir eu une altercation entre Atahualpa et Valverde, au sujet de la bible que ce dernier tendait au souverain. Atahualpa, ne sachant que faire du livre – un objet totalement inconnu de son peuple – aurait alors, d’impatience, frappé le religieux qui voulait l’aider à l’ouvrir ; après quoi l’empereur, nullement impressionné par l’ouvrage, l’aurait tout simplement jeté à terre. On ignore ensuite si Valverde en aurait profité pour exhorter ses compagnons à passer à l’attaque, ou s’il serait simplement rentré pour rapporter l’incident à Pizarro, qui aurait alors ordonné l’assaut.
Une chose est sûre : la violence, alors, se déchaîne. Les Espagnols se ruent à l’attaque, avec leurs épées d’acier, leurs armures métalliques et leurs arbalètes. Les Incas, qui sont pour les plus chanceux d’entre eux protégés seulement d’armures de cuir, et sans armes, découvrent en outre pour la première fois arquebuses, canons et chevaux, qui fauchent, renversent et piétinent leurs rangs serrés avec une terrifiante efficacité. La « bataille » tourne au bain de sang.
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Pourtant, les Espagnols ne parviennent pas à s’emparer d’Atahualpa, toujours hors d’atteinte sur son palanquin. Ils commencent alors à couper méthodiquement les bras des porteurs mais, comme certains d’entre eux le rapporteront plus tard à Pedro Cieza de Léon, ils voient avec stupeur les blessés se relever pour porter la litière du souverain avec leur autre bras. Finalement, les derniers défenseurs de l’empereur sont massacrés et Atahualpa capturé, pendant que les cavaliers espagnols poursuivent les fuyards dans les rues de la ville, en tuant probablement plusieurs centaines, voire milliers. Côté espagnol, on ne compte vraisemblablement que quelques blessés dont Pizarro lui-même, légèrement touché à la main en parant le coup de lame qu’un de ses hommes, dans le feu de l’action, destinait à Atahualpa.

 

La conquête de l'empire inca

Vivant, l’empereur-dieu des Incas était en effet la plus puissante monnaie d’échange dont Pizarro pouvait rêver. Le conquistador avait du même coup décapité l’empire. Véritable pantin entre les mains des Espagnols, Atahualpa dut ordonner, sous la menace, à ses armées de se retirer. Il proposa de payer une rançon pour sa propre liberté : l’équivalent en or du volume de la pièce où il était emprisonné, et une quantité double d’argent. Pizarro accepta l’accord, sans pour autant avoir l’intention de tenir sa parole. Une fois la rançon payée, lorsqu’il devint clair que les généraux d’Atahualpa ne lui obéissaient plus, Pizarro le fit mettre à mort. Ayant accepté d’être baptisé pour ne pas mourir brûlé vif (dans la religion inca, l’âme d’un mort ne peut rejoindre l’au-delà si son corps est brûlé), Atahualpa fut garroté le 29 août 1533.

Pizarro, pour sa part, poursuivit la conquête du Pérou, entrant à Cuzco, la capitale inca, le 20 décembre 1533. L’histoire, toutefois, n’était pas terminée : le fantoche de 17 ans qu’il avait placé sur le trône, Manco Capac II, allait bientôt rejoindre les généraux renégats qui poursuivaient, dans les montagnes, la lutte contre les Espagnols. De surcroît, Pizarro allait attiser contre lui les jalousies de ses compagnons d’armes, et des luttes intestines allaient bientôt déchirer les conquistadores. Pizarro parvint à faire exécuter son plus dangereux rival, son ancien associé Diego de Almagro, en 1538 ; mais il allait périr à son tour, assassiné par les partisans du fils d’Almagro, en 1541. Ce dernier sera finalement vaincu et mis à mort l’année suivante. Il faudra attendre 1572 pour que le dernier vestige de l’empire inca soit vaincu avec l’exécution du dernier empereur, Tupac Amaru.

Bibliographie

- De William H. Prescott, Histoire de la conquête du Pérou, tome 2 : La chute de l'Empire Inca. Pygmalion, 1997.

- De Henri Favre, Les Incas. PUF, 2003.

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