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Le massacre de Wounded Knee (29 décembre 1890)

Le 29 décembre 1890, l’armée américaine massacre environ trois cents Indiens à Wounded Knee. Cet épisode tragique est considéré comme la fin des guerres indiennes, mais il est aussi devenu le symbole des atrocités qui ont marqué les conflits entre les colons blancs et les peuples indigènes. Dans la mémoire des Amérindiens d’aujourd’hui, cette date est incontournable pour l’affirmation de leur identité, alors que pour les Etats-Unis elle est beaucoup plus occultée. Les débats sont encore nombreux sur les circonstances et le bilan de ce drame…

 

Le contexte : la fin des guerres indiennes

 

Grande victoire indienne, la bataille de Little Big Horn (1876) sonne paradoxalement la fin de la résistance indienne, comme un chant du cygne. La débâcle de Custer en fait un martyr pour l’opinion américaine, et le gouvernement ordonne la traque des Sioux. Sitting Bull fuit vers le Canada, Crazy Horse finit par être abattu, et à l’orée des années 1880, les Indiens sont vaincus de fait, malgré quelques résistances, comme dans l’Oregon.

 

C’est alors que se met en place le système des réserves, où les Indiens sont parqués pour être dépendants du bon vouloir des Blancs. En ce qui concerne les Sioux, une grande réserve avait été créée, mais elle est rapidement divisée en six petites parties, pour principalement diviser les peuples lakotas et attiser les dissensions entre chefs ; parmi eux, Sitting Bull et Red Cloud.

 

La Ghost Dance, révolte spirituelle

 

A la fin des années 1880, apparaît dans le Nevada un rite à tendance messianique, la Ghost Dance. Son « prophète » est un Indien paiute, Wovoka, qui a trente-cinq ans en 1888 ; il prône une religion syncrétique, en partie inspirée par le christianisme, et l’avènement d’un monde indien sans Blancs, avec l’arrivée sur terre du Grand Esprit. Selon lui, la seule façon de communiquer avec les esprits est la danse, d’où le nom de ce rite. Il défend également un retour aux traditions, aux anciennes coutumes, et une attitude pacifiste.

 

Ce mouvement spirituel fait rapidement tâche d’huile dans les réserves indiennes, où les habitants sont confinés et désespérés, assistant à la disparition de leur culture suite aux programmes de « civilisation » des Américains. Evidemment, il arrive jusque chez les Sioux, et sa popularité commence à inquiéter les autorités américaines et les colons.

 

L’assassinat de Sitting Bull

 

Le grand chef sioux, l’un des héros de Little Big Horn, est en 1890 le chef de la réserve de Standing Rock, où il continue à défendre le mode de vie traditionnel, sévèrement attaqué et menacé par la politique américaine qui a décidé de « civiliser » les Indiens en tentant de faire disparaître leur culture. Son histoire et son action, même pacifique, en font toujours quelqu’un de gênant pour les autorités américaines.

sittingbull

Le général Miles et l’agent McLaughlin, qui gère la réserve de Standing Rock, s’arrangent alors pour accuser Sitting Bull de soutenir un mouvement de protestation autour du phénomène de la Ghost Dance. Ils envoient la police indienne de la réserve pour l’arrêter : une échauffourée éclate, des coups de feu, et Sitting Bull s’écroule. Nous sommes le 15 décembre 1890, deux semaines plus tard c’est le massacre de Wounded Knee…

 

Le massacre de Wounded Knee

 

Tous les éléments sont en place. La mort de Sitting Bull a provoqué des émeutes, et surtout les problèmes spécifiques des Sioux dans leurs réserves les ont conduits à pratiquer une Ghost Dance plus « radicale », dont l’appel pacifique se transforme chez certains de ses prêtres en appel aux armes. Se propage aussi la croyance, liée à la Ghost Dance, de l’existence pour les Sioux de « chemises sacrées » : le guerrier portant une chemise « à l’indienne » serait invulnérable aux balles.

 

Après l’assassinat de Sitting Bull, des membres de sa tribu ont rejoint le chef des Minneconjous, Big Foot. Ce dernier, bien que pacifique et ne pratiquant plus la Ghost Dance, inquiète les autorités des réserves, en particulier le général Miles. Les tensions ont augmenté dans toute la région suite à la popularité de la Ghost Dance, et il veut éviter que cette partie soit aussi touchée. Les Minneconjous sont en plein mouvement au moment où ils sont rejoints par les Hunkpapas de Sitting Bull ; le but de Big Foot est sans doute de rejoindre Pine Ridge pour plus facilement résister aux difficultés de l’hiver.

 

La migration de la tribu indienne est stoppée par l’armée américaine, le 7e régiment de cavalerie du colonel Forsyth, près du ruisseau de Wounded Knee. L’ordre est de désarmer les Indiens, et tout se met en place au matin du 29 décembre 1890. Les Indiens ont été regroupés dans un vallon, surplombé de collines où est installée une batterie de Hotchkiss. C’est au moment où les soldats américains commencent à prendre les fusils aux Sioux que les versions divergent. Il semblerait qu’un chaman ait commencé une Ghost Dance, encourageant les guerriers protégés par les fameuses « chemises sacrées » ; la tension serait alors montée d’un cran, certains Sioux résistant, et un coup de feu aurait retenti. La suite ne laisse en revanche aucun doute : un déluge de feu s’abat sur le camp indien, en particulier depuis les Hotchkiss. Des Indiens s’emparent de leurs fusils, des soldats américains sont tués, mais le reste est un massacre : tant les hommes que les femmes et les enfants sioux sont fauchés par les tirs, Big Foot étant l’un des premiers tués.

 

Le carnage dure une quinzaine de minutes. Le bilan fait débat, mais il se situe autour de trois cents morts côté indien, dont une bonne part de femmes et d’enfants, contre une vingtaine côté américain. Officiellement, le massacre de Wounded Knee signe la fin des guerres indiennes.

 

Une plaie toujours ouverte

 

Les débats sont nombreux les semaines, les mois et mêmes les années qui suivent ce 29 décembre 1890, jusqu’à aujourd’hui. Quels responsables ? Quel bilan définitif ? Ce qui est certain, c’est que Wounded Knee est une date fondamentale, symbolique, pour les Amérindiens, et les Sioux en particulier.

 

Le meilleur exemple de cette importance dans l’histoire des Indiens, dans leur mémoire collective, est l’occupation de Wounded Knee en 1973 par des activistes Sioux Oglala, pour revendiquer leurs droits dans le contexte de la montée en puissance de l’American Indian Movement (AIM) depuis la fin des années 1960. Les activistes sont assiégés pendant plus de soixante-dix jours par le FBI, et un accord est finalement trouvé ; il y a eu tout de même deux morts. Pendant cette période, les Sioux ont vécu en communauté solidaire, en s’inspirant de leurs ancêtres, ce qui fait de ce « deuxième » Wounded Knee une autre date importante de leur histoire.

 

Enfin, en 1990, une chevauchée a lieu pour commémorer le centenaire du massacre. Aujourd’hui encore, les Sioux réclament la reconnaissance officielle de la tuerie, et continuent de se battre pour faire vivre leur culture.

 

 

 

Bibliographie

 

-          R.M. Utley, W.E. Washburn, Guerres indiennes, du Mayflower à Wounded Knee, Albin Michel (Terre indienne), 1993.

 

-          E. Marientas, Wounded Knee ou l’Amérique fin de siècle, editions Complexe, 1992.

 

-          P. Jacquin, La Terre des Peaux-Rouges, Gallimard, 1987.

 

-          E. Marientas (dir), La résistance indienne aux Etats-Unis du XVIe au XXe siècle, collection Archives (Gallimard), 1980.

 

-          J. Pictet, L’épopée des Peaux-Rouges, éditions du Rocher, 1999.

Pour aller plus loin

- Enterre mon coeur à Wounded Knee - Une histoire américaine (1860-1890) de Dee Brown. Albin Michel, 2009.

- Terres Indiennes - Quatre siècles d'histoire des États-Unis racontés par les Indiens. Documentaire DVD, Arte Editions, 2010.

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