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Accueil Histoire Universelle Amérique latine (1) : coups d’Etat et dictatures (60’s 70’s)

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Amérique latine (1) : coups d’Etat et dictatures (60’s 70’s)

Augusto_PinochetAu début des années 60, la situation de l’Amérique latine est critique. Cette dernière s’est endettée auprès des banques privées, et a détérioré sa balance agricole et industrielle. Les pays andins : comme le Pérou, l’Equateur et la Bolivie et ceux du cône sud : Brésil, Chili, Argentine et Uruguay, souffrent d’une crise économique et politique marquée notamment par des guerres civiles en Uruguay avec la guérilla des Tupamaros. Cette crise conduit à un vide politique favorable aux coups d’Etat et selon les régimes, aux dictatures.

 


Une multitude de contre-révolutions militaires

C’est au Brésil que commence la première contre-révolution antimarxiste des années 60. En 1964, le président populiste Joao Goulard, accusé de vouloir « cubaniser » le pays, se voit contraint d’être remplacé. Toutefois, il faut savoir que ce coup d’Etat se déroule sans résistance populaire car les industriels, les classes moyennes, les propriétaires terriens qui ne veulent pas d’une république syndicaliste, ont soutenu les militaires. Les populations défilent à leurs côtés, à Sao Paulo et à Recife. Le maréchal Castelo Branco est imposé par le haut commandement au congrès, comme général président.

Au Chili, le coup d’état a lieu le 11 septembre 1973. L’armé investit Santiago et bombarde le palais de Moneda. Le Président Allende voyant la menace grandir a préféré se donner la mort que de se rendre. Le soir même, les quatre corps de l’armée prennent le pouvoir et Pinochet devient Général Président. A l’instar du Brésil ; la population ne proteste pas et reste passive. En effet, face à la rapidité du Putsch, les syndicats n’ont pas eu le temps de lancer une grève.

En Uruguay, la militarisation de l’état est progressive en raison de la lutte des Tupamaros, groupe d’extrême gauche. L’ultime étape du coup d’état se déroule en janvier 1976 avec la destitution du président. Les contre-révolutions se poursuivent également en Argentine. Lors du coup d’état du 23 mars 1976, trois commandants en chef arrêtent la présidente et nomment le lendemain un nouveau président : le lieutenant général : Jorge Raphaël Videla.

Quant aux révolutions nationalistes et socialistes, elles ont lieu en Equateur en 1961 et 1972 où le dictateur Velasco Ibarra est destitué à deux reprises par Guillermo Rodríguez Lara et au Pérou en 1968 avec la junte militaire d’Alvarado. Au Pérou, il s'agit d'un coup d’état réformiste organisé par le général Juan Velasco Alvarado. Ces révolutions se justifient par la volonté de mettre en place un progrès économique et sociale. La motivation des contre-révolutions comprend aussi l'impératif de développement mais est caractéristique du contexte de la guerre froide et de l'influence américaine.

Des coups d’Etat motivés par la doctrine de la sécurité nationale

C’est la doctrine de la sécurité nationale qui pousse les militaires à vouloir reprendre le pouvoir pour imposer un nouveau régime. L'armée brésilienne fonde en 1949 l’Ecole Supérieure de Guerre du Brésil avec pour slogan Sécurité et développement. Elle instaure des cours sur la guerre contre-révolutionnaire. Cette doctrine s’est par la suite vulgarisée dans un ouvrage : Géopolitique du Brésil en 1957. Elle est pessimiste et voit dans le marxisme une menace absolue et une maladie contagieuse.

Cette idéologie est aussi un projet stratégique dans le but de préparer un état à une troisième guerre mondiale provoquée par l’expansion soviétique. Elle implique une action répressive par l’armée et une politique de développement par le biais d’un investissement international. Pour cela la société militaire domine la société civile en se voulant autoritaire et technicienne.

Les pays de l’Amérique latine ont subi l’influence de la politique des Etats-Unis qui depuis 1954 condamnent toute activité communiste en Amérique latine. Ainsi Pinochet se présente comme un protecteur suprême face à l’ennemi communiste. Avec cette doctrine, les militaires légitiment leur prise de pouvoir par la nécessité de garantir la défense de la patrie.

Entre régimes progressistes dans les pays andins…

Carte__Amrique_latineCertains pays ont mis l’accent sur le développement et les coups d’état ont conduit à des politiques réformistes. Au Pérou, les militaires décident de moderniser le pays et de mettre en place une démocratie sociale. Le président Alvarado insiste sur le nécessaire développement de la solidarité. Ainsi, en 1969 la mise en place d’une réforme agraire permet de transformer de grands domaines en sociétés d’intérêt social. Le Pérou recherche la sécurité et la paix à travers le non alignement et est hostile à toute forme d’impérialisme.

En Equateur, le général Guillermo Rodriguez qui se définit comme social-humaniste améliore les infrastructures routières et entreprend une réforme agraire en introduisant le salariat dans les campagnes. Il intègre l’Equateur dans l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) en 1973 et bénéficie ainsi de la richesse pétrolière. Ce pays qui avait la chance de posséder le pétrole, s’est efforcé de développer sa production. Parmi les pays d'Amérique latine, il devient même le deuxième plus grand exporateur après le Vénézuela.

Malgré certains progrès en Bolivie, les mécontentements se font sentir. L’armée fait construire des écoles, des pistes d’atterrissage et des postes sanitaires mais la situation s'aggrave au milieu des années 70. L'inflation devient excessive, les réformes impopulaires et les grèves se multiplient. Ce pays a instauré une dictature avec le Général Banzer de 1971 à 1978. Ce dernier à l'image du Cône Sud appliqua la doctrine de la sécurité nationale. Par la suite, il est important de noter qu'en 1979,  pour la première fois dans le pays, une femme : Lidia Gueiler Tejada est élue à la présidence de la république.

… et dictatures anticommunistes dans le Cône Sud

Apres le coup d’état au Brésil, l’armée supprime les garanties constitutionnelles et remplace les partis politiques par deux partis officiels : l’ARENA (Alliance Rénovatrice Nationale) parti au service du pouvoir et le MDB (Mouvement Démocratique Brésilien). Le régime particulièrement liberticide, suspend l’Habeas Corpus qui offrait aux citoyens le droit d’être jugé en cas d’arrestation, supprime les réunions publiques et exerce une censure au niveau de la presse. En outre, une nouvelle constitution voit le jour et allonge le mandat présidentiel à six ans.

En Uruguay, les militaires suspendent toute activité politique, interdisent la formation de partis de gauche et musellent la presse ainsi que l’université. Une tentative de résistance de la gauche révolutionnaire se concrétise par la création du JCR Junta coordinadora revolucionaria. Elle est formée au Chili en 1973 par certains militants Tupamaros, et le reste de la guérilla fondée par Ernesto Guevara. Ce mouvement est stoppé par le coup d’état chilien.

Des dictatures anti-communistes se mettent également en place au Chili et en Argentine. Pinochet installe une politique de terreur en créant la DINA (direction de l’Intelligence Nationale) et en 1977 la CNI Centrale Nationale d’Information. La DINA est la police chilienne chargée d'arrêter les opposants au pouvoir. En Argentine, un groupe para militaire est crée dans le but de repérer et d’éliminer les communistes. Il s’agit de l’Alliance Anticommuniste Argentine, escadron de la mort fondé par José López Rega. Cette alliance s’est notamment attaquée aux Montonéros Péronistes, groupe armé d’extrême gauche.

En pleine guerre froide, la menace d’une instabilité mondiale est pesante. Les coups d ‘Etat qui s’inscrivent dans une politique de sécurité et de développement ont conduit à deux scénarios différents. Il y a d’un coté les régimes progressistes anti-impérialistes et de l’autre les dictatures répressives et anticommunistes. L’armée représente une source de pouvoir en raison de son organisation institutionnelle. Elle est autonome financièrement et son contrôle de l’armement constitue un moyen de dissuasion efficace. Cet anticommunisme qui ne s’est pas uniquement manifesté au niveau étatique, agira également à l’échelle internationale à travers la collaboration américaine et l’union du Cône Sud (à suivre dans la partie 2).

Bibliographie non exhaustive

DABENE Olivier, L’Amérique latine au XXe siècle, Armand Colin, Paris, 1997

LANCHA  Charles, Histoire de l'Amérique hispanique de Bolívar à nos jours, l'Harmattan, Paris, 2003

VAYSSIERE Pierre, L'Amérique latine de 1890 à nos jours, Hachette, Paris, 2006

VAYSSIERE Pierre, Les révolutions d’Amérique latine, Ed. du Seuil, Paris, 1991

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